Un regard sur les violences invisibles
Dans les textes accompagnant ses œuvres, Benhajjou explique que «Chaftni Cheftha» est née d'un long silence. Selon lui, cette série représente un moment de confrontation avec une réalité qu'il estime impossible à ignorer: les injustices systémiques auxquelles les femmes sont confrontées dans la société marocaine.
À travers chacune de ses publications, il aborde différentes formes de violences, qu'elles soient physiques, psychologiques, symboliques ou numériques. Son travail s'intéresse notamment aux discours misogynes, au harcèlement en ligne, à la culture du silence ainsi qu'aux réactions hostiles auxquelles les femmes font face lorsqu'elles revendiquent leurs droits ou prennent la parole dans l'espace public.
L'artiste affirme vouloir inviter son public à reconnaître ces réalités, à regarder les injustices en face et à ne plus rester silencieux.
Le cubisme comme outil de contestation
L'une des particularités de cette série réside dans son esthétique, largement inspirée du cubisme.
Benhajjou reconnaît s'être inspiré du langage visuel développé par Pablo Picasso, mais précise que ce choix dépasse largement la dimension artistique. Dans son manifeste, il rappelle que le peintre espagnol est souvent présenté comme un génie de l'histoire de l'art, tout en soulignant les accusations récurrentes de misogynie qui entourent sa vie personnelle.
L'artiste marocain explique ainsi vouloir se réapproprier ce style pour lui donner une signification nouvelle. Selon lui, la fragmentation propre au cubisme illustre parfaitement la nécessité de déconstruire les normes patriarcales, les stéréotypes de genre et les rapports de domination afin de reconstruire une société plus égalitaire.
«Machi 7orriya»: dénoncer la haine en ligne
Parmi les œuvres les plus marquantes figure «Machi 7orriya» («Ce n'est pas la liberté»).
À travers cette création, Benhajjou s'attaque au phénomène des violences numériques dont sont victimes de nombreuses femmes marocaines sur les réseaux sociaux.
Selon lui, les commentaires publiés sous les contenus de femmes engagées, féministes ou simplement visibles dans l'espace public sont souvent marqués par des insultes, des menaces, du harcèlement ou encore des discours haineux. Il critique également le recours à l'argument de la «liberté d'expression» pour justifier ces comportements.
Dans cette œuvre, l'artiste représente une bouche ouverte dans un style cubiste, symbole d'une colère assumée face au silence imposé aux femmes. Il y intègre également le symbole amazigh ⵣ (Yaz), qu'il présente comme un rappel de la liberté, de la dignité et de la résistance.
Instagram comme galerie engagée
Contrairement aux expositions traditionnelles, Benhajjou a choisi Instagram comme principal espace de diffusion de son travail.
Chaque publication est accompagnée d'un texte détaillé dans lequel il explique les références artistiques, les symboles utilisés et les messages qu'il souhaite transmettre. Ses œuvres ne cherchent pas uniquement à être contemplées; elles invitent également les internautes à réfléchir, à débattre et à questionner certaines normes profondément ancrées dans la société.
Les réactions sous ses publications témoignent d'un intérêt grandissant pour cette démarche, même si certains sujets abordés restent sensibles et suscitent parfois des débats.












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