Le constat de BCG, intitulé Trade in Transition: How to Prepare for a Patchwork World Order, est clair : malgré une fragmentation croissante autour de stratégies nationales et régionales, le volume des échanges continuera de progresser de manière soutenue. Cette croissance, projetée à partir d’un total mondial d’environ 23 000 milliards de dollars en 2024 à près de 30 000 milliards en 2034, repose sur une série de scénarios d’adaptation, plutôt que sur un retour à une mondialisation linéaire.
Dans cette nouvelle cartographie des échanges internationaux, quatre « nœuds » structurent les flux : les États-Unis, la Chine, les « Plurilatéralistes » et les BRICS+ hors Chine. Chacun de ces pôles défend des approches distinctes qui influencent directement les circuits économiques mondiaux.
Aux États-Unis, l’accent mis sur la production domestique se traduit par une diminution de la part de marché dans le commerce de biens. Sous l’effet de mesures protectionnistes telles que l’augmentation des tarifs – qui ont grimpé de 13 % à 61 % depuis janvier 2025 – Washington privilégie « America First » au détriment d’une intégration plus profonde dans les chaînes mondiales. Pourtant, comme le note BCG, cela ne signifie pas nécessairement une croissance plus faible du PIB si la production intérieure et la consommation se renforcent.
À l’inverse, la Chine demeure un acteur central des échanges, surtout avec le Global South (pays du Sud global). La nation continue d’être le principal partenaire commercial pour de nombreux pays en développement, tirant profit de besoins croissants en énergie, produits alimentaires et intrants industriels. Cette dynamique devrait soutenir une croissance de ses échanges bien supérieure à celle des États-Unis au cours de la prochaine décennie.
Le groupe des Plurilatéralistes, qui regroupe un ensemble d’économies engagées dans des accords commerciaux multilatéraux – de l’Union européenne au Japon en passant par le Canada, le Royaume-Uni et le Maroc – se distingue par une croissance des échanges supérieure à la moyenne. Ces pays partagent une adhésion aux règles du commerce international et cherchent à diversifier leurs partenaires, ce qui pourrait renforcer leurs liens avec l’Afrique et d’autres régions en développement.
Quant aux BRICS+ hors Chine – comprenant notamment le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Indonésie, l’Iran et les Émirats arabes unis –, ils sont en train de tisser des relations commerciales plus solides entre eux et avec le reste du monde. Leur rôle croissant illustre une multipolarité accrue du commerce.
Au-delà de ces grands blocs, le « reste du monde » – de nombreux pays d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique latine – joue un rôle de plus en plus indépendant et stratégique, tant en tant que marchés qu’en tant que fournisseurs de biens et de services. Pour des économies comme le Maroc, déjà considérée comme une plateforme économique avancée pour les flux africains, cette recomposition est une fenêtre d’opportunité. Elle permet de capter de nouveaux circuits d’échanges, de valoriser les infrastructures logistiques locales et d’accroître l’attractivité des corridors reliant l’Europe à l’Afrique et au-delà.
Ce tissage complexe de relations commerciales montre que le commerce mondial ne régresse pas, il se réorganise – pour reprendre les termes mêmes des auteurs du rapport. Il s’agit d’un tournant stratégique, où les acteurs qui anticipent les tendances et adaptent leurs modèles seront les mieux placés pour tirer parti des transformations à venir.
En définitive, cette nouvelle décennie commerce mondial est moins une trajectoire linéaire qu’un chemin sinueux, façonné par des intérêts nationaux, des alliances régionales et des marchés émergents. Pour le Maroc comme pour d’autres économies africaines, comprendre ces mutations – et s’y positionner avec audace – pourrait bien être la clé d’une nouvelle ère de prospérité partagée.












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