Le football avait autrefois une ambition simple : deux équipes, un ballon, quatre-vingt-dix minutes, quelques cris, beaucoup de mauvaise foi et, parfois, un peu de génie.
Il ne faut évidemment pas plaisanter avec la santé des joueurs. Courir sous la chaleur nord-américaine n’a rien d’une promenade digestive. La pause fraîcheur peut donc se défendre. Mais le problème est ailleurs : à force d’ajouter des dispositifs au nom du confort, de l’équité, du spectacle, de la sécurité et de la télévision, le football ressemble de moins en moins à un jeu continu et de plus en plus à un produit découpé en tranches.
Le VAR devait sauver la justice sportive. Il a parfois surtout inventé une nouvelle dramaturgie : celle du but célébré, congelé, disséqué, puis annulé pour un orteil trop enthousiaste. La Coupe du monde élargie devait démocratiser la fête. Elle risque aussi de transformer le tournoi en marathon industriel où l’on jouera beaucoup, partout, longtemps, jusqu’à ce que même les supporters aient besoin d’un GPS émotionnel pour suivre le calendrier.
Voici donc la pause fraîcheur obligatoire. Trois minutes pour boire, souffler, écouter l’entraîneur, revoir deux occasions et, soyons lucides, permettre aux diffuseurs de rêver à de nouveaux espaces publicitaires. On attend déjà la prochaine innovation : pause concentration, pause stratégie, pause selfie, pause influenceur, pause réclamation, pause digestion après prolongation.
Et la pause pipi, dans tout cela ? Elle aurait au moins le mérite de dire franchement ce que le football moderne devient : une mécanique si encadrée qu’elle finit par oublier son essence. Le jeu a besoin de règles, pas d’une administration permanente. Il a besoin de protéger les joueurs, pas de transformer chaque match en émission découpée.
Le football n’est beau que lorsqu’il respire. Mais s’il respire trop souvent sur ordre, il ne joue plus : il obéit.












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