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Déclaration gouvernementale : les promesses à l’épreuve du réel


Rédigé par La Rédaction le Mardi 20 Octobre 2026

Le pouvoir se juge à ses choix, l’économie à ses résultats, le progrès social à ce qu’il change dans une vie. La déclaration gouvernementale pour 2026–2031 propose de réconcilier ces trois exigences. Son ambition mérite d’être prise au sérieux. Ses contradictions aussi.



Il y a le Maroc des investissements, des infrastructures et des ambitions internationales. Et il y a celui du rendez-vous médical introuvable, du diplôme sans débouché, du panier alimentaire qui rétrécit. Ces deux réalités appartiennent au même pays. Toute la question est de savoir comment les faire avancer ensemble.

La déclaration gouvernementale touche ce point sensible lorsqu’elle propose de passer du volume de l’investissement à son rendement, de la couverture sociale à la qualité du service, de la multiplication des programmes à leur impact. Elle reconnaît ainsi une évidence longtemps noyée dans les bilans : une politique publique ne vaut pleinement que par ses effets sur la vie quotidienne.

Premier volet — Politique : la confiance ne se décrète plus

La déclaration gouvernementale choisit la continuité, assortie d’une promesse de correction. Il préserve les grandes orientations nationales, revendique les acquis et reconnaît que leurs bénéfices restent inégalement répartis. L’exercice est habile : poursuivre sans se contenter de reconduire, corriger sans désavouer.

Cette position peut servir une action cohérente. Elle comporte aussi un risque : expliquer chaque réussite par la pertinence des orientations et chaque échec par de simples difficultés d’exécution. Or certaines difficultés résultent de choix, d’intérêts protégés et d’arbitrages différés. Gouverner suppose de les nommer, puis de les trancher.

La place accordée à l’État de droit et à la lutte contre la corruption constitue donc un engagement majeur. Incriminer l’enrichissement illicite, sanctionner les conflits d’intérêts, contrôler les marchés publics : ces mesures touchent au fonctionnement réel du pouvoir économique et administratif.

Leur portée dépendra des textes adoptés, de l’indépendance du contrôle et de l’égalité devant la sanction. La confiance reviendra lorsque la règle deviendra prévisible pour tous, y compris pour les mieux introduits.

Même exigence pour la régionalisation. Davantage de transferts financiers et des compétences clarifiées peuvent rapprocher l’action publique des besoins. Encore faut-il que les territoires disposent d’une capacité effective de décision. Une région ne devient pas autonome parce qu’elle reçoit une enveloppe ; elle le devient lorsqu’elle peut choisir, exécuter et rendre des comptes.

Le véritable test politique sera là : accepter que l’efficacité exige parfois de desserrer le contrôle central et que la transparence expose aussi ceux qui gouvernent.

Deuxième volet — Économie : qui financera l’ambition ?

La logique économique du programme est identifiable : produire davantage, renforcer l’investissement privé, développer les exportations et réduire les dépendances stratégiques. L’eau, l’énergie, l’alimentation, l’industrie et le numérique composent une même recherche de sécurité économique.

Cette orientation répond à une vulnérabilité fondamentale : un pays peut gagner en attractivité tout en restant exposé aux chocs extérieurs. Développer ses capacités productives permet de mieux maîtriser cette exposition, à condition que la valeur créée irrigue les entreprises nationales et les territoires.

La déclaration pose justement la question du rendement de l’investissement. Combien d’emplois durables ? Quels salaires ? Quelle place pour les PME ? Quelles recettes publiques supplémentaires ? Ce sont ces résultats qui doivent désormais accompagner les annonces de projets.

Mais le programme réunit des ambitions dont la compatibilité reste à démontrer : une croissance moyenne de 5 %, une inflation autour de 2 %, un déficit proche de 3 % du PIB et une dette ramenée à environ 62 % en 2031. Simultanément, il promet davantage de protection sociale, de meilleures pensions et des investissements considérables.

L’équation exige un financement détaillé. L’élargissement de l’assiette fiscale et l’amélioration de la dépense sont des leviers sérieux ; ils ne constituent pas encore un budget. Le gouvernement devra dire quelles dépenses sont prioritaires, quelles recettes sont sécurisées et quels engagements seront maintenus si la croissance déçoit.

Sur le pouvoir d’achat, la volonté de réformer les circuits de commercialisation mérite attention. Rapprocher producteurs et consommateurs, limiter les pratiques anticoncurrentielles et mieux organiser l’approvisionnement peuvent agir sur les causes de la vie chère.

Une inflation ralentie laissera cependant les ménages face aux hausses déjà accumulées. Leur situation s’améliorera lorsque leurs revenus progresseront et que le logement, le transport, la santé ou l’éducation pèseront moins lourd.

L’économie devra donc financer l’ambition sociale tout en bénéficiant de ses effets : une population mieux soignée, mieux formée et moins précaire participe davantage à la production.

Troisième volet — Social et solidaire : la dignité au guichet du réel

Le passage le plus convaincant concerne l’accès effectif aux services publics. La couverture médicale constitue un droit essentiel. Son utilité se mesure au médecin disponible, au délai du rendez-vous, au médicament accessible et à la dépense restant à la charge du patient.

Cette distinction vaut pour toute la politique sociale. Une inscription scolaire ne garantit pas un apprentissage. Une formation ne garantit pas un emploi. Une aide au logement ne garantit pas un quartier relié aux services.

Les engagements monétaires sont néanmoins substantiels : relèvement de l’aide sociale mentionnée jusqu’à 1 000 dirhams, progression du minimum des pensions principales vers 3 000 dirhams, amélioration de la réversion pour les veuves. Ils peuvent desserrer des contraintes immédiates, sous réserve de préciser les bénéficiaires, les étapes et les financements.

La jeunesse réclame une exigence comparable. Former et offrir une première expérience professionnelle sont des moyens. Le résultat attendu reste l’accès à une activité rémunérée, déclarée et suffisamment stable pour construire une vie.

L’autonomie des femmes dépend, elle aussi, de conditions concrètes : garde d’enfants, mobilité, sécurité, accès à l’emploi et partage des responsabilités familiales. Les proclamations d’égalité doivent trouver leur traduction dans ces services.

Enfin, l’économie sociale et solidaire mérite davantage qu’une mention parmi les secteurs à soutenir. Coopératives et initiatives locales peuvent organiser la production, mieux répartir la valeur et maintenir une activité dans des territoires délaissés. Leur développement suppose un accès réel au financement, aux compétences et aux marchés.

Le citoyen attend de pouvoir constater le progrès : dans son travail, son quartier, son école et son hôpital.

Cette déclaration ouvre ainsi une perspective utile : rapprocher la puissance du pays de la sécurité de ses habitants. Pour y parvenir, chaque promesse devra recevoir un calendrier, des moyens et un indicateur public. 





Mardi 20 Octobre 2026

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