Car 20.000 dirhams ne représentent pas le même effort pour tout le monde. Pour un salarié qui touche 4.000 dirhams par mois, cela représente une somme considérable à l’échelle d’une année entière. Pour celui qui gagne 10.000 dirhams, l’effort reste important. Pour un revenu beaucoup plus élevé, la même somme peut être absorbée beaucoup plus facilement. Le montant est identique, mais l’effort demandé ne l’est pas.
C’est là que le débat devrait véritablement commencer. L’égalité consiste-t-elle à demander la même somme à tout le monde, ou à faire en sorte que chacun puisse réellement accéder au même droit ?
Un salarié qui reprend ses études n’est d’ailleurs pas nécessairement un étudiant qui vient simplement consommer un service universitaire supplémentaire. Il travaille déjà. Il cotise, participe à l’activité économique et, souvent, cherche à améliorer ses compétences dans un domaine qui peut être directement lié à son emploi. Un fonctionnaire qui prépare un doctorat en politiques publiques, un ingénieur qui approfondit une spécialisation technique, un enseignant qui poursuit ses recherches ou encore un professionnel des médias qui travaille sur les transformations numériques ne poursuivent pas nécessairement leurs études dans une logique purement personnelle. Les compétences acquises peuvent aussi bénéficier à leur administration, à leur entreprise et, plus largement, au pays.
Dès lors, pourquoi faire peser l’intégralité de cet effort financier sur l'individu ?
La question est d’autant plus importante que le Maroc parle aujourd’hui de capital humain,
d’innovation, de souveraineté scientifique et technologique, de montée en compétences et de formation tout au long de la vie. On ne peut pas, d’un côté, encourager les actifs à développer leurs compétences et, de l’autre, faire de la poursuite des études une dépense difficilement accessible pour une partie d’entre eux.
Cela ne signifie pas que l’université doit être entièrement gratuite dans toutes les situations, ni que toute formation doit être financée sans condition par l’argent public. La question est
plutôt celle du juste modèle de contribution.
Pourquoi ne pas réfléchir à une tarification progressive, prenant en compte les revenus ? Pourquoi ne pas prévoir des exonérations ou des réductions pour les salariés aux revenus modestes ? Pourquoi ne pas instaurer un véritable crédit-formation permettant de répartir la dépense dans le temps ? Pourquoi ne pas davantage solliciter l’employeur lorsque la formation suivie est directement liée au poste occupé et peut améliorer les compétences du salarié ?
D’autres mécanismes pourraient également être imaginés : une participation partagée entre le salarié, l’employeur et l’État ; des bourses destinées aux actifs à revenus modestes ; ou encore des dispositifs de financement conditionnés au projet professionnel et à son utilité pour le secteur concerné.
Car derrière le débat sur les frais universitaires se cache une question plus profonde : quelle place voulons-nous accorder à la formation continue dans notre modèle social ?
Pendant longtemps, les études étaient pensées comme une étape de la jeunesse : école, université, diplôme, puis entrée dans la vie professionnelle. Mais cette trajectoire appartient de moins en moins au monde actuel. Les métiers évoluent, les technologies transforment les compétences, certains secteurs disparaissent tandis que d’autres émergent. Dans ce contexte, apprendre ne devrait pas s’arrêter au moment où l’on signe son premier contrat de travail.
Au contraire, celui qui travaille et décide de retourner à l’université fait quelque chose que les politiques publiques devraient probablement encourager : il investit dans ses propres compétences.
Alors, le débat ne devrait peut-être pas être réduit à la question : « Faut-il faire payer les salariés ? »
La vraie question est plutôt : « Comment faire en sorte que le prix des études ne devienne pas un filtre social ? »
Parce qu’un tarif unique peut donner l’apparence de l’égalité tout en produisant, dans les faits, des effets très différents. Demander 20.000 dirhams à celui qui gagne 4.000 dirhams par mois et 20.000 dirhams à celui qui en gagne 20.000, c’est appliquer la même règle. Mais est-ce réellement appliquer la même justice ?
À l’approche des élections, les partis politiques parlent de jeunesse, de capital humain, de recherche, d'innovation et de souveraineté. Il serait peut-être temps d’aller au-delà des slogans et de poser une question très concrète : quel Maroc voulons-nous construire pour ceux qui travaillent aujourd’hui mais veulent encore apprendre demain ?
Car si la compétence est une richesse nationale, son acquisition ne devrait pas devenir un luxe réservé à ceux qui ont les moyens de la financer.












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