Une publication de Gartner, datée du 9 septembre 2026, devrait alerter les candidats et les futurs décideurs.
Cette prévision révèle une erreur déjà commise dans plusieurs organisations : confondre l’automatisation de certaines tâches avec le remplacement d’une personne et de l’ensemble de ses compétences.
Une entreprise peut automatiser la recherche d’informations, la restitution de textes, la production de documents standardisés ou certaines opérations administratives.
Elle ne remplace pas pour autant l’expérience professionnelle, la compréhension du terrain, la connaissance des citoyens, le jugement et la responsabilité.
Les systèmes actuels d’intelligence artificielle produisent leurs résultats à partir de données, de modèles mathématiques et de calculs statistiques.
Lorsqu’une organisation licencie trop rapidement, elle ne supprime donc pas seulement des postes budgétaires.
Elle perd aussi une partie de sa mémoire, de ses savoir-faire et de ses connaissances tacites. Ces compétences ne sont pas toujours écrites dans les procédures et ne peuvent pas être intégralement transférées à une plateforme informatique.
Lorsque les limites du système apparaissent, il faut alors recruter de nouveau, former de nouvelles personnes et reconstruire les compétences perdues.
Les économies annoncées se transforment en dépenses supplémentaires, tandis que les salariés licenciés supportent personnellement les conséquences d’une décision prise sur la base de promesses technologiques exagérées.
Le message de Gartner est particulièrement important pour le Maroc. Notre pays doit créer des emplois, intégrer de nouvelles générations dans la vie professionnelle et réduire les inégalités territoriales et sociales.
Il ne peut pas copier mécaniquement des politiques de réduction des effectifs conçues dans d’autres contextes économiques et démographiques.
La véritable question à poser pendant cette campagne électorale est donc simple :
Il ne suffit pas de promettre la formation de milliers ou de millions de personnes à l’intelligence artificielle.
Il faut préciser quelles compétences seront enseignées, pour quels métiers, dans quels territoires et avec quelles perspectives professionnelles.
Une initiation générale à quelques outils ne constitue ni une politique de formation ni une politique de l’emploi. Il faut également distinguer les tâches des métiers.
Certaines tâches peuvent être automatisées sans que le métier disparaisse. Un enseignant peut être aidé dans la préparation de supports, mais l’outil ne remplace pas sa relation avec les étudiants.
Un médecin peut obtenir une assistance dans l’analyse de données, mais la décision médicale et la responsabilité restent humaines.
Un artisan peut utiliser des outils numériques pour concevoir, présenter et commercialiser ses créations, sans que son savoir-faire soit remplacé.
Un fonctionnaire peut être assisté dans le traitement d’un dossier, mais la décision concernant les droits d’un citoyen ne doit pas être abandonnée à un score.
La publication de Gartner invite ainsi à passer d’une logique de substitution à une logique de développement des capacités humaines.
Elle recommande également de réinvestir les gains de productivité dans l’innovation, la modernisation et la formation. Gartner prévoit même que les organisations qui transformeront ces gains en simples économies risquent d’être dépassées par celles qui les utiliseront pour préparer l’avenir.
Cette orientation devrait inspirer les engagements électoraux au Maroc.
Les futurs parlementaires devront aussi demander des comptes.
Avant toute suppression d’emploi justifiée par l’intelligence artificielle, une organisation publique ou privée devrait pouvoir démontrer quelles tâches sont réellement automatisées, avec quels résultats, quels risques et quelles possibilités de recours.
Elle devrait également préciser qui reste responsable lorsque le système se trompe.
Les dirigeants ne peuvent pas présenter l’IA comme un simple outil lorsqu’une erreur survient, puis comme un travailleur autonome lorsqu’ils veulent supprimer des emplois.
Cette contradiction doit désormais entrer dans le débat démocratique.
À l’approche du scrutin du 23 septembre, les électeurs sont en droit d’attendre autre chose que des slogans sur la transformation digitale.
L’intelligence artificielle peut contribuer au développement du Maroc.
Mais elle ne le fera pas en remplaçant les Marocains. Elle le fera si elle renforce leurs compétences, améliore leurs conditions de travail et leur permet de créer davantage de valeur.
La question que cette campagne doit poser n’est donc pas : combien d’emplois l’IA permettra-t-elle de supprimer ? Elle est plutôt : combien de capacités humaines, d’activités et d’emplois durables le Maroc saura-t-il développer grâce à elle ?












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