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Élections législatives en Algérie : 80 % d’abstention, le silence comme verdict


Rédigé par La rédaction le Jeudi 2 Juillet 2026



Algérie : l’abstention devient le premier parti du pays

Avec 20,79 % de participation aux législatives, le pouvoir ne fait pas face à une vague de contestation visible, mais à quelque chose de plus silencieux : le retrait massif des citoyens du jeu électoral.

Il y a des défaites qui ne se lisent pas dans les résultats, mais dans les silences. Jeudi 2 juillet, l’Algérie n’a pas seulement renouvelé les 407 sièges de son Assemblée populaire nationale. Elle a surtout confirmé une réalité politique embarrassante : dans un pays où près de vingt-cinq millions d’électeurs étaient appelés aux urnes, la grande majorité a choisi de rester à distance du scrutin.

Le taux de participation provisoire annoncé par l’Autorité nationale indépendante des élections s’est établi à 20,79 %. Un niveau qui, s’il est confirmé au terme du décompte, serait inférieur au déjà très faible score de 23 % enregistré lors des législatives de 2021. À dix heures du matin, à peine 3,05 % des inscrits avaient voté. Le scrutin a même été prolongé d’une heure, officiellement pour permettre aux retardataires d’exercer leur droit.

Ce chiffre ne traduit pas une simple fatigue électorale. Il raconte une fracture plus profonde entre une partie considérable de la société algérienne et les institutions censées la représenter. Car l’abstention, dans ce contexte, ne relève pas seulement de l’indifférence. Elle peut aussi être une forme de langage politique. Un bulletin non déposé. Une manière de dire : « Nous ne croyons plus que cette élection puisse changer quoi que ce soit. »

Dans les démocraties fragiles, l’absence de vote est souvent interprétée comme un désintérêt. C’est parfois vrai. Mais en Algérie, il serait trop commode de s’en tenir à cette explication. Les électeurs ne vivent pas hors du monde. Ils regardent les prix, les salaires, l’état des services publics, les difficultés de logement, la place réduite du débat contradictoire et la faiblesse des partis dans leur capacité à incarner une alternative crédible. L’Associated Press relevait d’ailleurs que les préoccupations liées au coût de la vie et au recul des libertés politiques, médiatiques et syndicales avaient largement éclipsé la campagne.

La campagne elle-même n’a pas suscité d’élan. Peu de grands meetings, peu de débats, peu de moments capables de convaincre qu’un choix réel était proposé aux citoyens. À Alger, l’AFP a décrit des bureaux de vote presque vides dans l’après-midi, avec des agents électoraux et quelques électeurs isolés. Cela ne suffit pas à résumer un pays entier, évidemment. Mais l’image est devenue le symbole d’un scrutin auquel beaucoup semblaient assister de loin, sans enthousiasme et sans illusion.

Le pouvoir algérien peut rappeler, à juste titre, que les élections se sont déroulées dans le cadre légal prévu et que les résultats seront proclamés selon les procédures institutionnelles. Une Assemblée élue reste une Assemblée élue. Mais la légalité ne règle pas tout. Elle ne remplace pas l’adhésion. Elle ne produit pas automatiquement la confiance.

C’est précisément là que le problème devient politique. Une institution peut être conforme au droit et pourtant souffrir d’un déficit de représentation. Une majorité parlementaire peut être construite selon les règles, tout en donnant l’impression de ne pas reposer sur une participation populaire suffisamment large pour convaincre au-delà de son propre périmètre.

La controverse sur les candidatures rejetées a encore alimenté cette perception. Plusieurs candidats et formations ont dénoncé des exclusions jugées arbitraires ou politiquement orientées. L’autorité électorale, elle, invoque la lutte contre l’argent sale, les réseaux financiers illicites et certaines activités considérées comme suspectes. Au final, 269 candidats ont été écartés selon l’Associated Press, tandis que d’autres sources évoquent plus de 1 700 exclusions à différents stades de la procédure. Ce décalage entre les chiffres reflète aussi la complexité des recours et des invalidations successives, mais il nourrit forcément les soupçons.

Le Hirak reste en arrière-plan de cette élection. Ce mouvement populaire de 2019 avait porté une aspiration claire : davantage d’État de droit, moins de corruption, plus de souveraineté citoyenne, et surtout une rupture avec l’idée que le jeu politique se décide ailleurs que dans les urnes. Il a obtenu le départ d’Abdelaziz Bouteflika, mais son élan a été interrompu par la pandémie puis par le rétrécissement progressif de l’espace de protestation. Depuis, une partie de la société semble avoir choisi une autre stratégie : ne plus descendre massivement dans la rue, mais ne plus accorder non plus une confiance automatique aux rendez-vous électoraux.

C’est cela qui devrait inquiéter le plus les dirigeants algériens. L’absence de mobilisation n’est pas nécessairement la preuve d’une stabilité durable. Elle peut aussi être le signe d’un décrochage. Une société ne se résume pas à ses manifestations ni à ses élections. Elle s’exprime aussi par ses absences, ses retraits, ses refus discrets.

L’abstention est devenue, en Algérie, le premier parti du pays. Elle n’a pas de siège, pas de chef, pas de programme et pas de porte-parole. Mais elle rassemble davantage que toutes les formations concurrentes. Elle dit moins un désir de chaos qu’une attente déçue : celle de voir émerger un système où le vote aurait une conséquence visible, où l’alternance semblerait possible et où le citoyen ne se sentirait pas réduit au rôle de spectateur.

Le vrai défi ne sera donc pas seulement de compter les députés élus. Il sera de reconstruire le lien entre institutions et citoyens. Car une Assemblée peut fonctionner avec une faible participation. Un régime aussi. Mais aucune démocratie ne peut durablement prospérer lorsque la majorité de ses électeurs considère que son bulletin n’a plus le pouvoir de modifier le cours des choses.

Une opposition majoritaire… qui ne s’oppose à rien, cherchez l’erreur !

Et il reste ce paradoxe presque exotique : sur le papier, l’Assemblée sortante comptait davantage de députés classés dans l’opposition que de sièges directement acquis aux partis du pouvoir. Pourtant, le gouvernement n’a jamais été véritablement mis en difficulté. Aucune censure, aucun blocage majeur, aucune loi gouvernementale sérieusement compromise.

Une opposition majoritaire dans les chiffres, un pouvoir majoritaire dans les faits : voilà peut-être le meilleur résumé de ce Parlement. Cherchez l’erreur.





Jeudi 2 Juillet 2026

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