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Elections locales, la maire des batailles


Par Aziz Boucetta.

Elles savent y faire, les grandes démocraties, les vieilles, celles où la pratique électorale est consommée et où les territoires signifient vraiment quelque chose.

Oui, elles savent y faire, et nous devrions en prendre de la graine, nous autres au Maroc, dans notre démocratie qui n’en finit plus de sa transition vers des lendemains chantants. Aujourd’hui, chez nous, on ne parle plus que d’élections et spécialement des élections législatives à venir. Et les scrutins locaux, territoriaux ? On verra plus tard, c’est secondaire…



Et pourtant, la démocratie locale est la base de tout système démocratique qui se respecte, car c’est avec les villes et les régions que se forme le socle populaire d’un parti, et c’est dans la ville et la région que prennent naissance les politiques centrales, ou du moins le devraient-elles.

Nous avons vu à ce propos l'engouement des partis politiques en France pour les municipales et leur projection vers la présidentielle de 2027.

Or, sous nos cieux, l’erreur que commettent généralement nos partis est d’aller vers les territoires, par le haut, alors qu’ils devraient en émaner, en montant du bas ; chez nous, en effet, au sein des partis politiques, de tous les partis politiques, rares sont les cadres et dirigeants qui viennent directement des régions, des provinces, des villes, des douars, qui démarrent au local, s’y imposent puis nouent avec leur destin national.

Contrairement à ce qui pourrait se passer ailleurs, les dirigeants de partis les plus connus viennent du haut, soit de la technostructure supérieure du parti considéré, soit du parlement.

Mais combien sont-ils, ceux qui ont fait leur nom, assis leur réputation et bâti leur influence directement de la ville ?

Peu, très peu, tellement peu qu’on n’en voit pas vraiment, sauf erreur ou omission…


La ville, la région, sont des territoires et si ces territoires sont bien dirigés par leurs présidents, ces derniers disposent alors de ce qu’on appelle dans une démocratie aboutie un fief électoral.

Elections locales, la maire des batailles
Un fief à partir duquel le président concerné peut se transposer et même s’imposer dans la capitale. Un président de conseil de ville, de région, est alors à même d’assurer des sièges parlementaires à son parti.

Plus encore… un président de ville qui connaît ses administrés, qui  entretient les meilleures relations avec ses électeurs, représente également une source de sécurité et de stabilité.

Il « sent » sa ville et ressent les besoins de sa population, pressent ses soubresauts et consent les efforts là où ils doivent se déployer.

Un maire (même si le titre n’existe pas officiellement au Maroc) reçoit sur son territoire les « pontes » de la capitale ; il est chez lui, ils sont en visite.

A l’inverse, un président de conseil de ville avachi, écrasé par la personne de son chef de parti, soumis à un wali ou aplati face à un ministre s’expose à desservir sa ville sans pour autant – tel qu’il le pense – servir ses ambitions.


Regardons Recep Tayyip Erdoğan en Turquie, Xi Jinping dans sa province du Fujian (il en était gouverneur), ou encore Jacques Chirac à Paris, Boris Johnson à Londres, et aujourd’hui Zohran Mamdani à New York.

On relèvera que pour tous ces responsables, leurs trajectoires sont connues dans le monde et leur ont permises des destins nationaux sur leurs terres.

Regardons maintenant nos édiles…

Fatima Zohra Mansouri à Marrakech, Nabila Rmili à Casablanca, Abdellatif Ouahbi à Taroudant ou Aziz Akhannouch lui-même à Agadir… sont-ils davantage liés à leurs villes que reliés à la capitale ?

Dans cette liste, et à l’exception de M. Akhannouch qui prend soin de sa ville même s’il en est souvent absent, à quel événement peut-on relier ces maires à leur ville ?

Quelle présence ont ces responsables dans leurs territoires ? La réponse est simple : les édiles sont, dans leur écrasante majorité, tributaires et inféodés aux walis et gouverneurs qui comblent l’absence des maires par leur omniprésence et, forcément, l’omnipotence qui va avec !

Les territoires, comme Dame Nature, a horreur du vide, et les cadres territoriaux emplissent ce vide.


Cette désaffection des édiles de leurs villes est l’une des sources de l’indifférence populaire à l’égard de sa classe politique

Elle est responsable de la tendance abstentionniste des populations lors des différentes consultations électorales.

Mais on notera pourtant que les scrutins locaux et régionaux attirent plus d’électeurs que les législatives, et nous en avons pour preuve l’organisation des trois élections (locale, régionale et parlementaire) le même jour en 2021, permettant ainsi une participation moins pâle que d’habitude (à peine 50% et un chouiya).

Lors de la dernière CAN au Maroc, nous avons vu l’importance de la dimension locale : la sécurité et l’administration territoriale étaient cruciales et omniprésentes.

Organiser les événements en marge des matchs, fluidifier la circulation, assurer la sécurité, mettre en ordre les structures d’accueil (hôpitaux, hôtels,…), assurer la qualité des transports publics intra-urbains…


Or, le Maroc est à l’approche de grands événements ou bouleversements…

De l’organisation du Mondial 2030 à la future entrée en application du plan d’autonomie, de la gestion de la nouvelle démographie GenZ à celle de la future population urbanisée dans les périphéries citadines, de l’accueil d’un effectif croissant de migrants à la gestion d’une population âgée de plus en plus nombreuse…

Il est donc nécessaire, pour parfaire notre démocratie et la rendre plus proche de sa base populaire, que les formations politiques, au-delà du parlement, pensent sérieusement à bien sélectionner leurs futurs candidats maires ou édiles.

Mais les partis n’en parlent pas, ou très peu, et ils devraient…

Les jeunes sont là, leurs jeunes sont là, et ils demandent à être plus écoutés, mieux formés, davantage responsabilisés, pour se mobiliser sans se radicaliser.
 

PAR AZIZ BOUCETTA/ PANORAPOST.MA




Jeudi 26 Mars 2026

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