L'ODJ Média

lodj





En 2035, nous serons 8,9 milliards d’humains… et 900 milliards d’agents IA


Rédigé par le Jeudi 17 Septembre 2026

En 2035, la planète devrait compter près de 8,9 milliards d’êtres humains. Huawei imagine, au même horizon, jusqu’à 900 milliards d’agents d’intelligence artificielle. Faites la division : une centaine d’agents logiciels pour chacun de nous. Nous continuons pourtant à réfléchir à l’IA comme à une machine placée face à un humain. Et si cette image était déjà dépassée ? Le véritable basculement pourrait commencer lorsque nous deviendrons très minoritaires dans la population des acteurs numériques.



Il y a des chiffres que l’on lit. Et d’autres qu’il faut diviser.

8,9 milliards d’humains en 2035.

900 milliards d’agents d’intelligence artificielle, selon le scénario prospectif présenté par Huawei dans son rapport Intelligent World 2035.

900 divisés par 8,9 : environ 101.

Cent intelligences artificielles pour un humain.

Évidemment, prenons immédiatement la précaution nécessaire : Huawei ne nous livre pas ici le résultat d’un recensement effectué dans le futur. Il propose un scénario industriel. Les 900 milliards ne sont donc ni une certitude ni même une promesse.

Mais la prospective ne consiste précisément pas à deviner l’avenir. Elle consiste à examiner sérieusement ce qui se passerait si certaines ruptures aujourd’hui visibles changeaient d’échelle.

Et celle-ci mérite que l’on s’y arrête.

Nous pensons encore l'IA au singulier

Notre imaginaire de l’intelligence artificielle reste étrangement simple.

- Un humain ouvre ChatGPT.

- Il pose une question.

- Une intelligence artificielle répond.

- Un contre un.

Même lorsque nous imaginons l’IA dans l’entreprise, nous conservons souvent cette représentation : un salarié assisté par un copilote numérique.

Mais les agents changent complètement cette équation.

Un agent n’attend pas nécessairement devant une fenêtre de conversation que nous lui posions une question. On peut lui confier un objectif, lui donner accès à des outils et lui demander d’exécuter une succession de tâches.
  • Chercher.
  • Comparer.
  • Réserver.
  • Contrôler.
  • Acheter.
  • Négocier.
  • Programmer.
  • Surveiller.
  • Rendre compte.

Et demain, pourquoi pas, déléguer lui-même certaines opérations à d’autres agents.

Nous passerions alors progressivement de l’IA que nous interrogeons à des IA qui travaillent pour nous.

C’est beaucoup plus qu’une nuance.

Cent agents autour de chacun de nous ?

Essayons de rendre l’hypothèse concrète.

Pourquoi aurais-je demain un seul assistant numérique ?

Je pourrais disposer d’un agent financier qui surveille mes dépenses, d’un agent santé qui organise mes données médicales, d’un agent voyage qui négocie mes billets, d’un agent administratif qui remplit mes formalités, d’un agent information qui trie l’actualité, d’un agent formation qui construit mes apprentissages et d’un autre qui surveille la sécurité de mes comptes.

Une entreprise fonctionnerait à une autre échelle.

Un agent pour les achats.

Des centaines pour la relation client.

D’autres pour le contrôle qualité, la cybersécurité, la veille concurrentielle, la programmation, la logistique, le recrutement ou la maintenance.


Et ces agents ne dialogueraient pas seulement avec des humains.

Ils parleraient entre eux.

Votre agent voyage discuterait avec celui de Royal Air Maroc, qui négocierait avec celui de l’hôtel, lequel interrogerait celui du système de paiement.

Pendant ce temps, vous pourriez dormir.

Et si internet n'était plus principalement utilisé par les humains ?

C’est peut-être le véritable vertige derrière les 900 milliards.

Internet a été construit par des machines pour connecter des humains.

Nous pourrions entrer dans un Internet où les machines communiquent principalement avec d’autres machines pour accomplir des missions confiées, directement ou indirectement, par des humains.

Huawei estime d’ailleurs que les agents pourraient représenter plus de 90 % du trafic mondial de tokens IA à l’horizon 2035.

L’humain ne disparaîtrait pas.

Il pourrait simplement devenir minoritaire dans le volume des conversations numériques.

Un peu comme le propriétaire d’une immense entreprise qui donne quelques instructions le matin sans assister aux millions de conversations nécessaires pour les exécuter.

Voilà qui change profondément notre manière de poser la question de l’IA.

Nous demandons encore :

« L’IA va-t-elle remplacer mon emploi ? »

Il faudra peut-être bientôt demander :

« Combien d’agents travailleront autour de mon emploi ? »

La prochaine inégalité pourrait être l'intelligence disponible

Et c’est ici que le sujet devient politique, économique et social.

Imaginons deux entrepreneurs possédant exactement les mêmes compétences.

Le premier dispose de trois agents rudimentaires.

Le second peut mobiliser cinq cents agents capables de prospecter, traduire, programmer, analyser les marchés, préparer des contrats et suivre ses clients vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Sont-ils encore réellement égaux ?

Demain, la richesse ne se mesurera peut-être plus seulement en capital financier, immobilier ou industriel.

Nous pourrions voir apparaître une nouvelle forme de capital :

Le capital d’intelligence disponible.

- Combien d’intelligences pouvez-vous mobiliser ?

- De quelle qualité ?

- Avec quel accès aux données ?

- Avec quelle puissance de calcul ?

- À quel prix ?

- Et surtout : qui les contrôle ?

Nous pourrions ainsi découvrir une fracture beaucoup plus profonde que la simple fracture numérique.

Il y aurait ceux qui utilisent l’IA.

Et ceux qui possèdent une véritable armée d’intelligences numériques à leur service.

Ces 900 milliards d'agents devront bien "manger"

- Pas du pain.

- Pas de l’eau.

Mais du calcul.

- Des processeurs.

- Des data centers.

- Des réseaux.

- De la mémoire.

- Et surtout de l’électricité.

La démographie numérique possède donc elle aussi sa question alimentaire.

Si des centaines de milliards d’agents travaillent continuellement, le problème stratégique ne sera plus seulement de fabriquer le meilleur modèle d’intelligence artificielle.

Il faudra disposer de l’infrastructure permettant de le faire fonctionner à grande échelle.

Nous avons longtemps répété que « la donnée est le nouveau pétrole ».

Je me demande si cette formule ne commence pas déjà à vieillir.

Le pétrole de l’économie IA pourrait devenir la puissance de calcul disponible au bon endroit, au bon moment et au bon prix.

Et le Maroc dans tout cela ?

Voilà pourquoi les 900 milliards d’agents de Huawei devraient nous intéresser à Rabat, Casablanca, Tanger ou Benguerir.

Nous raisonnons encore sur le Maroc de 2035 en nombre d’habitants, d’emplois, de médecins, d’ingénieurs, d’entreprises, d’universités, de kilomètres d’autoroutes ou de gigawatts électriques.

Tous ces indicateurs resteront essentiels.

Mais peut-être faudra-t-il bientôt en ajouter un beaucoup plus étrange :

combien d’intelligences artificielles travailleront pour chaque Marocain ?

La question paraît aujourd’hui presque absurde.

Elle pourrait devenir demain un indicateur de compétitivité.

Car si une PME marocaine dispose de cinquante agents pendant que sa concurrente étrangère en mobilise cinq mille, la différence ne sera pas simplement technologique.

Elle sera économique.

Même raisonnement pour l’administration, l'université, l'hôpital, la banque, l'agriculture ou l'industrie.

Le défi marocain ne sera donc probablement pas de construire 100 IA pour chacun de ses habitants.

Ce serait prendre trop littéralement une projection qui ne le mérite pas.

Le défi sera de garantir que les Marocains, leurs entreprises et leurs institutions puissent accéder à une capacité d’intelligence numérique compétitive.

Cela suppose des compétences.

Des données.

Des réseaux.

Des data centers.

De l’énergie.

Du calcul.


Et probablement une certaine souveraineté sur l’orchestration de tout cela.

Nous ne serons peut-être pas remplacés. Nous serons entourés

C’est finalement ce que les deux chiffres racontent lorsqu’on les rapproche.

8,9 milliards.

900 milliards.

Nous avons passé les premières années de la révolution de l’intelligence artificielle à nous demander si une machine allait remplacer un humain.

Peut-être avons-nous mal posé la question.

Le monde qui se prépare pourrait être moins celui d’une intelligence artificielle remplaçant chacun de nous que celui d’un humain entouré de dizaines ou de centaines d’intelligences spécialisées, pendant que des milliards d’autres machines conversent entre elles sans que nous assistions à leurs échanges.

Le véritable enjeu devient alors celui de la répartition de cette puissance.

Pendant deux siècles, la richesse des nations s’est aussi mesurée au nombre et à la puissance des machines qu’elles pouvaient mettre au travail.

Demain, elle pourrait se mesurer au nombre et à la qualité des intelligences qu’elles peuvent mobiliser.

En 2035, nous serons peut-être 8,9 milliards d’humains face à 900 milliards d’agents IA. La question ne sera alors plus seulement de savoir si l’intelligence artificielle remplacera l’homme. Elle sera de savoir quels hommes, quelles entreprises et quels pays auront cent intelligences à leur service… et lesquels n’en auront presque aucune.





Jeudi 17 Septembre 2026

Breaking news | Info en affiche | Gaming | Communiqué de presse | Eco Business | Digital & Tech | Santé & Bien être | Lifestyle | Culture & Musique & Loisir | Sport Maroc | Auto-moto | Room | Podcasts R212 | Les dernières émissions de L'ODJ TV | Last Conférences & Reportages | Bookcase | LODJ Média


Bannière Lodj DJ






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html



Agenda Culturel






Vos contributions
LODJ Vidéo