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Existe-t-il encore une majorité gouvernementale ?


Par Aziz Boucetta.

Personne ne sait la vraie raison qui conduit les partis de la majorité à présenter les choses comme si tout allait bien entre eux ! En réalité, rien ne va entre RNI, PAM et Istiqlal depuis ce jour de septembre 2021, quand ils avaient annoncé leur alliance tripartite ou leur Triple Alliance :

Le RNI est sûr de lui et de sa domination, le PAM est convaincu de sa force immanente et imminente et de son avenir prometteur, et l’Istiqlal est confortablement installé sur sa longue légitimité historique qu’il consent, à contrecœur, à partager avec les deux « jeunots ». Et quatre ans et demi sont passés.



Aujourd’hui, l’alliance de la majorité s’effondre, tombe en miettes, achevant un processus qui a commencé le jour même de l’annonce de sa formation ; sauf que là, c’est plus clair.

 Un parti comme le PAM n’a que mépris pour le RNI qui lui témoigne en retour le même sentiment, tous deux n’ayant pas d’idéologie propre à défendre autre qu’affronter les autres ; et l’Istiqlal toise ses alliés et essaie depuis 2021 de se distinguer d’eux, de se démarquer de leurs comportements.

A quelques mois de la fin de ce mandat, on peut comprendre l’Istiqlal d’avoir toujours montré, tout au long de ces quatre ans et demi, beaucoup de retenue ; on avait le sentiment que ses ministres venaient le matin à leurs bureaux, faisaient leur travail et repartaient chez eux, avec le détour obligé par le siège du parti.

L’alliance gouvernementale n’en fut pas une, au sens du terme alliance, c’est-à-dire des partis alliés, solidaires, complémentaires, ayant globalement le même passé et disposant généralement de la même perspective.

Chacun d’eux fonctionnait à sa manière propre :

Le RNI en mode clanique, la forte présence d’Akwa group – l’entreprise d’Aziz Akhannouch – au gouvernement en faisant foi, le PAM en mode guerre des chefs, les jeunes voyant se dessiner devant eux un boulevard leur permettant leurs rêves les plus fous, et l’Istiqlal en mode sioux, avançant avec prudence, à pas feutrés, décochant ses flèches avec précision et hardiesse, et parfois même un petit chouiya de sournoiserie.

Et puis, vint le jour où Aziz Akhannouch jeta l’éponge… et Mohamed Chaouki vint, survint, advint !...

Tous les calculs de tous les protagonistes pour tous les scénarios allaient devoir être, tous, corrigés, pour répondre à cette question :

Comment tenir sans soutenir ? Comment arriver à l’élection en s’étant débarrassé de ses Bleus ? Comment ne pas passer sous un Tracteur en folie, tellement bicéphale (parfois même tricéphale) qu’il en devient souvent acéphale ?

Comment faire oublier, une fois face aux électeurs, les turpitudes qui ont rythmé ces quatre ans et demi ?

Et donc, alors que le pays sort d’une période et s’apprête à entrer dans une autre, bien plus emplie de défis et de dangers, bien plus incertaine, et que la classe politique doit se poser les bonnes questions pour espérer y apporter les bonnes réponses, voilà à quoi pensent nos partis de la majorité :

Le RNI ne pense plus, il râle… Le chef est parti, et avec lui sa manne et ses vannes. A sa place, un illustre inconnu qui tient, sans le savoir encore, le rôle de président de transition, très certainement une courte transition.

Sans Ssi Aziz et l’argent de Ssi Aziz, le RNI fera un score moyen et, après une quinquennat de gestion erratique, regagnera ses vestiaires pour une longue période.

Ses autres chefs fourbissent leurs armes, sensibilisent leurs fidèles et s’apprêtent à se jeter dans la bataille de la vraie succession d’Aziz Akhannouch, qui devrait se disputer après les élections, probablement en 2027.

Le Tracteur du PAM accélère et chacun de ses deux conducteurs donne de violents coups de volant pour éjecter l’autre de l’appareil (dans les deux sens du mot).

Et chacun de ces deux chefs a sa manière de procéder : Mehdi Bensaïd prend des risques, s’expose au danger, impose ses idées, ne se repose pas sur ses acquis, mais il prend des coups ; à l’inverse, Fatima Zahra Mansouri est prudente, trop prudente, et ne s’emballe et s’enflamme que devant des micros amis, sur des sujets consensuels et/ou secondaires.

Quant à l’Istiqlal, sa position devient de plus en plus intenable, et le rose de la Balance ne s’accommode plus de la zone grise où le parti se trouve.

A force d’être conciliant, il s’expose à devenir complice, et en n’osant pas partir, il allume un feu de paille qu’il appelle « responsabilité ».

La posture est tellement inconfortable et potentiellement si dangereuse pour le scrutin que l’Istiqlal commence juste à en prendre la mesure ; et c’est Adnane Benchekroun qui est monté au créneau, expliquant cette position acrobatique périlleuse des siens dans une vidéo parfaite sur le plan littéraire et syntaxique, mais poussive dans sa vaine tentative de justifier ce qui ne l’est pas. (Le prix du compromis politique : Coalitions, silences et responsabilité nationale)

Chacun des trois partis a donc sa logique préélectorale et chacun d’eux a plongé dans ses méandres internes.

L’heure n’est plus à une solidarité gouvernementale qui ne s’est d’ailleurs que modérément exprimée ces cinq dernières années.

Et les indélicatesses se multiplient ! Ainsi, Aziz Akhannouch a-t-il publiquement désavoué son ministre de la Justice, le livrant en quelque sorte à la féroce vindicte de ses anciens – et futurs – confrères avocats, et il a lâché son ministre de la Culture et de la Communication dans ses efforts de dernière minute pour sauver une loi extrêmement controversée et très mal engagée sur le Conseil national de la Presse.

Le ministre Bensaïd, qui doit donc naturellement l’avoir mauvaise, a même organisé une conférence de presse post-conseil de gouvernement, à la même heure que la traditionnelle conférence de presse du porte-parole du gouvernement, ce qui ne se fait habituellement pas entre ministres en bonne intelligence…

Et sur le plan des appareils, le nouveau président du RNI, qui vient du PAM, devra composer avec un PAM dont le Conseil national est présidé par une de ses anciennes compétitrices au PAM, et avec dit-on il n’entretient pas les meilleures relations.

Quant à l’Istiqlal, il ne prend parti pour rien, ne défend rien, ne dit rien, et maintenant qu’il y a de l’Eau, Nizar Baraka et ses amis se contentent de cultiver leur jardin et d’œuvrer à l’embellir en prévision de l’affluence électorale estivale.

C’est dans cette ambiance délétère où un vent de changement et de moralisation souffle de plus en plus fort et emporte de plus en plus de gens sur son passage que le gouvernement et sa majorité vont vers les élections législatives.

Combien de temps tiendra encore leur attelage, déjà passablement dépareillé ? En dehors de Nizar Baraka, chef incontesté sur ses terres, au PAM le duo se bat et combat et au RNI, l’ancien chef ne l’est plus et le nouveau ne l’est pas.

Dans le même temps, les relations historiques entre anciens partis se sont singulièrement détériorées :

L’USFP s’est isolée derrière Ssi Driss que plus personne n’écoute, le PPS ne se voit plus comme petit parti et l’Istiqlal craint de le voir ainsi grandir, le MP en veut et son patron met les bouchées doubles, au risque de s’étouffer, et le PJD continue de faire cavalier seul.

Face à tout cela, on ne peut que se féliciter de l’existence de l’administration… l’Administration. Elle nous fera arriver à bon port, au jour d’ouverture de la session parlementaire, là où tout commencera…

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA



Mercredi 25 Février 2026

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