La Coupe du monde 2026 a marqué un tournant pour le football africain.
L'Afrique dispose désormais d'un réservoir de talents comparable aux meilleures régions du monde, avec des joueurs évoluant dans les plus grands clubs européens ; les sélections sont devenues plus solides tactiquement et physiquement, mais le principal défi reste la gestion des matchs à élimination directe, où l'expérience et la profondeur d'effectif font souvent la différence.
Le Maroc a confirmé son statut de locomotive du football africain. Les Lions de l'Atlas ont atteint les quarts de finale après avoir éliminé le Canada puis avant de s'incliner face à la France.
Désormais 6e au classement FIFA, il poursuit son ascension irrésistible avec une ambition renouvelée, vers l’objectif 2030 ; l’écart avec les grandes nations sud-américaines et européennes se réduit et nul doute que tous les enseignements de ce tournoi seront tirés, afin de consolider les acquis et améliorer ce qui peut l’être.
Il s’agit de transformer l’exploit de 2022 en modèle durable, avec des progrès structurels, en professionnalisant les championnats domestiques et en améliorant la gouvernance des clubs.
Le projet football du Maroc est aujourd'hui considéré comme l'un des plus structurés d'Afrique. Il ne repose pas uniquement sur les résultats de l'équipe nationale, mais sur une stratégie de long terme associant infrastructures, formation, gouvernance et diplomatie sportive.
Le football est un levier de développement, qui permet de renforcer la diplomatie, d’attirer les investissements et de booster le tourisme en accueillant de grandes compétitions internationales.
FIFA 2026, une industrie mondiale L’élargissement à 48 équipes est présenté comme une démocratisation de la Coupe du monde.
C’est la connexion pendant plusieurs semaines de milliards de spectateurs, de diffuseurs, de sponsors et des consommateurs. Le football est aujourd’hui au cœur de l’économie mondiale du divertissement.
La Coupe du monde en représente l’un des produits les plus puissants. Pour son cycle financier incluant le Mondial 2026, la FIFA devrait générer environ 13 milliards de dollars, selon des estimations rapportées pendant le tournoi. Cette puissance financière repose notamment sur l’accès au marché nord-américain.
Le Mondial permet donc au football de poursuivre son développement dans un pays dominé historiquement par le football américain, le basketball et le baseball. Les grands équipementiers cherchent, de leur côté, à utiliser la Coupe du monde pour toucher une audience planétaire.
La marque aux trois bandes, 𝗔𝗱𝗶𝗱𝗮𝘀, roi historique de la Coupe du monde équipe la FIFA depuis 1970 fournit le ballon officiel de chaque édition et en 2026, le ballon Trionda est encore signé 𝗔𝗱𝗶𝗱𝗮𝘀.
Avec 14 sélections habillées, la marque allemande conserve son leadership avec comme ambassadrice prestigieuse, l’équipe Argentine.
Arrivée dans le football seulement en 1994, la marque américaine Nike a rattrapé son retard à une vitesse impressionnante avec le Brésil en 1996, un contrat qui a changé l'histoire du sponsoring.
Aujourd'hui, elle habille 12 sélections, dont trois anciennes championnes du monde : Brésil, France et Angleterre ; avec un chiffre d’affaires qui dépasse 50 Mds $, sa conquête du ballon rond est loin d’être terminée.
La FIFA ne se contente pas d’imposer son règlement et n’hésite pas d’imposer aux États hôtes l’adaptation de leur législation nationale.
En 2026, elle a engagé un rapport de force avec les États-Unis pour l’exonération des primes obtenues par les fédérations, en fonction des résultats ; les contrats qui encadrent les règles en matière de billetterie, de commercialisation des places ou encore de l’accueil des délégations se heurtent à la souveraineté des pays organisateurs.
Unique détentrice des droits audiovisuels, elle négocie directement territoire par territoire, les supports (TV, streaming) et les États hôtes interviennent peu dans ces flux qui échappent largement à leur régulation et à leur fiscalité. FIFA 2026, une scène géopolitique.
Le football n’a jamais été aussi mondial, aussi directement connecté aux grandes transformations politiques de notre époque.
Les grands événements sportifs sont devenus des objets politiques à part entière, au cœur des relations internationales.
Le choix de les organiser ou d’y participer revêt une dimension politique, et ce n’est pas nouveau. En 1938 déjà, l’Argentine avait refusé de participer à la Coupe du Monde organisée en France ; et en 1958, la Turquie, l’Indonésie le Soudan et l’Égypte refusèrent de participer aux qualifications pour ne pas avoir à affronter Israël.
En 2022, des appels au boycott de la compétition au Qatar, et en 2026, plusieurs ONG appelaient au boycott pour protester contre la politique migratoire mise en place par l’administration Trump.
Enfin, l’exclusion de la Russie illustre l’impossibilité de séparer le sport de l’actualité internationale qui l’entoure.
Les sportifs eux-mêmes ne sont pas en reste, et près de 60 ans après les faits, le souvenir du poing ganté de noir de Tommy Smith et John Carlos sur le podium des J.O de Mexico en 1968, en soutien à la population noire américaine victime de discrimination, reste gravé dans les mémoires.
Mercredi dernier après leur victoire (2-1) face à l'Angleterre à Atlanta, des joueurs argentins avaient déployé sur la pelouse une banderole proclamant que « Les Malouines sont Argentines », en violation apparente du règlement de la FIFA qui interdit toute manifestation politique dans une enceinte lors des tournois qu'elle organise.
Ce n'est pas la première fois que la question des Malouines s'immisce dans un match de football entre Angleterre et Argentine.
Au Mondial 1986, quatre ans après la guerre, l'Argentine avait éliminé l'Angleterre en quart de finale sur un doublé légendaire de Diego Maradona (2-1), dont la célèbre "main de Dieu" décrite comme « une revanche symbolique contre les Anglais ».
Les Malouines, appelées Falkland en anglais, demeurent un sujet sensible dans les relations entre Londres et Buenos Aires, qui continuent de se disputer leur souveraineté. En 1982, une guerre avait éclaté entre les deux pays à la suite de l'invasion argentine de l'archipel.
Les forces britanniques avaient repris les Malouines après 74 jours de combats qui avaient fait 649 morts côté argentin et 255 morts côté britannique. Dans ces conditions, on peut légitimement parler d’une « géopolitique » du sport ; d’ailleurs, c’est la première fois aussi qu’un pays organisateur, les États-Unis, accueille un pays avec qui il est en guerre depuis 5 mois, l’Iran !
La FIFA invite le monde, mais les États décident qui peut entrer ; le football se veut universel, mais les visas ne le sont pas.
Le principe du soft power est d’influencer par l’attraction et non par la contrainte. Accueillir une Coupe du monde, c’est aussi raconter une histoire au monde, c’est une promesse de rassemblement que la géopolitique continue de diviser. Un sport mondial ne peut durablement rester universel s’il devient inaccessible à ceux qui lui donnent son âme.
Le risque existe de voir la Coupe du monde devenir progressivement un produit premium destiné aux publics disposant des moyens financiers nécessaires. L’évolution actuelle pose une question fondamentale : la croissance économique du football peut-elle se poursuivre sans éloigner le sport de son public populaire ?
Réponse à la prochaine CDM, qui sera organisée conjointement par l’Espagne, le Portugal et le Maroc en 2030.
Par Abdelhak ZEGRARI : Economiste - Migration & Développement Durable.












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