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Fouzi Lekjaa au PAM, un procès en illégitimité à décrypter


Tous les marocains sont légitimes à se présenter aux élections et tous les marocains sont libres de voter ou pas pour ceux qui se présentent.

C’est le principe même sur lequel on doit construire notre société. Fouzi Lekjaa est la nouvelle star du monde politique, il a officialisé son adhésion au Parti authenticité et modernité et son intégration à son Bureau politique, la semaine dernière. Il portera les couleurs du « Tracteur » dans la circonscription de Berkane, ville dont il est originaire, pour les élections législatives du 23 septembre 2026.



Ce n’est pas la première fois, et toutes les démocraties du monde sont concernées, qu’un commis de l'État rejoint une formation politique à l'approche d'un scrutin.

Au Maroc ça a déclenché un torrent de réactions, aussi disproportionnées qu’incompréhensibles, au regard de l’évolution des élections au Maroc depuis 1999.

On y a vu le signe avant-coureur d'une élection écrite à l'avance, la préfiguration d'une nomination programmée à la Primature, et la preuve ultime que la démocratie marocaine recule. Il semble nécessaire, à ce stade de démonter, pièce par pièce, cette architecture de soupçon systématique.

Il faut d'abord remettre les pendules à l’heure. Fouzi Lekjaa est un pur produit de l'administration marocaine. Il est formé au Maroc, a gravi tous les échelons de la fonction publique avant de s'imposer, depuis quelques années comme un personnage incontournable de la scène nationale.

C’est au football qu’il le doit. Un peu comme Bernard Tapie en France ou Riviera en Italie. Il est aujourd’hui l'un des artisans les plus reconnus de la scène footballistique internationale.

Il est également porteur d’un projet, impulsé par le souverain et conçu en grande partie par Ali Fassi Fihri, qui a mis le Maroc au Top 10 du football mondial toutes catégories confondues. Le moins que l’on puisse dire, sa réussite dérange. C’est peut-être pour ça qu’il est attaqué en légitimité et non sur une compétence avérée.

Le raisonnement qui circule est connu.

Si Lekjaa rejoint le PAM c’est qu’il sera premier ministre. Tout le processus qui va avec est jeté à la poubelle. Quid de la procédure ? Élections, parti arrivé en tête, investiture, coalition à construire etc. toutes ces étapes sont remplacées par un raccourci rhétorique.

Ce n’est pas de l’analyse politique c’est de la pensée complotiste érigée en doctrine. Pourtant depuis vingt-cinq ans aucune fraude n'a été constatée dans le processus électoral marocain. Le résultat publié est le résultat des urnes. Cela ne signifie pas que le système soit exempt de pathologies.

L'achat de voix demeure un phénomène réel, documenté, et condamnable. Il relève de la cupidité de certains électeurs et de la vigilance qu'il faut opposer à ce vice, non d'une manipulation étatique du scrutin (même si la complicité de certains fonctionnaires nostalgiques n’est pas à écarter).

La fraude aujourd’hui relève du citoyen, irresponsable pas de l'institution. Par ailleurs la transhumance politique de l’administration ou des affaires vers la politique n’est pas étrangère aux démocraties.

C'est au contraire l'un des phénomènes les mieux documentés des démocraties contemporaines, sur tous les continents. En France Raymond Barre, Dominique De Villepin et tant d’autres n’ont jamais fait de politique avant d’obtenir des postes de responsabilité éminemment politiques.

Est-ce pour autant un recul pour la démocratie française ? Ce sont, au contraire, deux des meilleurs Premiers ministres de l’histoire de la Cinquième république.

La transhumance des compétences vers la politique n’est pas un recul démocratique. Le renouvellement du personnel politique par l'apport de compétences extérieures n'est pas le signe d'un système à bout de souffle. Bien au contraire c’est la preuve que la démocratie sait se ressourcer.

C’est un excellent signe de voir la politique au Maroc recruter des profils comme celui de Lekjaa (expertise budgétaire reconnue, rayonnement international construit sur des résultats vérifiables). C’est un signe de vitalité et non de délitement.

Rien n’est joué la Constitution marocaine réserve la fonction de Premier ministre au parti arrivé en tête des urnes, et rien n'est acquis avant le 23 septembre.

C’est clair et net. En revanche ce qui est très probable, l’adhésion de M. Lekjaa au PAM va servir la restructuration du parti, sa modernisation et probablement sa montée en puissance lors de ce scrutin, c’est trop tôt pour le dire, mais certainement lors des prochains.

C’est assez symptomatique de constater que la plupart de ceux qui dénoncent « une régression démocratique » se réclament de logiciels populistes installées aux deux extrémités du spectre.

Ils ont soit un référent d’extrême droite (improprement désignés d’islamistes, la religion musulmane est porteuse d’un projet beaucoup plus moderne et humain que le projet dont ils se réclament) soit d’extrême gauche porté par les nostalgies des modèles de l’ex camp soviétique.

L’expérience du débat démocratique loyal n'est pas ce qui les caractérise le mieux. Leur inquiétude, en revanche, est compréhensible. Un nouvel acteur, doté d'un capital de succès difficile à contester, peut leur faire mal.

Contester la candidature de Lekjaa est totalement légitime, mais faisons-le à la loyale : arguments contre arguments, bilan contre bilan, pas en le dénigrant via une délégitimation programmatique.

Fouzi Lekjaa est un nouveau venu en politique partisane. Il faut lui souhaiter la bienvenue, car il enrichit un champ où les ressources humaines de qualité sont rares. Ne faisons pas de mal au débat démocratique en l’enfermant dans une théorie du complot.

Par Bargach Larbi.



Mardi 28 Juillet 2026

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