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Génération Z : les jeunes Marocains vont-ils retourner vivre chez leurs parents ?


Rédigé par le Vendredi 24 Juillet 2026

Aux États-Unis comme en France, des jeunes actifs reviennent s’installer dans la maison familiale, chassés par les loyers, les emplois fragiles et le coût de la vie. Au Maroc, cette cohabitation n’a jamais réellement disparu. Mais elle pourrait changer de nature : rester chez ses parents ne relèverait plus seulement de la tradition familiale, mais d’une contrainte économique durable. Bonne stratégie ou recul silencieux de l’autonomie ?



Le logement familial, refuge contre la vie chère

La scène est facile à imaginer. Un jeune Marocain obtient son premier emploi à Casablanca, Rabat ou Tanger. Il calcule son salaire, soustrait le loyer, le transport, les factures, quelques courses. Le résultat tombe vite : vivre seul risque de lui coûter presque tout ce qu’il gagne.

Alors il reste chez ses parents. Ou il y retourne après une expérience d’autonomie trop chère.

Ce phénomène, souvent qualifié de « génération boomerang », prend de l’ampleur dans plusieurs pays. Aux États-Unis, 25,2 millions d’adultes de moins de 35 ans vivaient chez leurs parents en 2025, soit environ un jeune adulte sur trois. Parmi les 25-34 ans concernés, sept sur dix occupaient pourtant un emploi. Le problème ne se résume donc plus au chômage : il tient largement au prix du logement et au décalage entre les revenus et les dépenses.

En France, les chiffres disponibles appellent davantage de prudence que certaines publications virales. Une étude récente de l’Insee indique qu’à 26 ans, environ 10 % des jeunes vivent encore au domicile parental. Parmi eux, 64 % travaillent. D’autres estimations évoquent 1,3 million d’adultes âgés de 25 ans ou plus hébergés par leurs parents.

Le Maroc pourrait-il suivre cette trajectoire ? À vrai dire, il part d’un autre point. Chez nous, quitter la maison familiale à 18 ou 20 ans n’a jamais constitué une règle sociale aussi forte qu’en Europe du Nord ou en Amérique. Le départ reste souvent lié au mariage, à une mutation professionnelle ou à des études dans une autre ville.

La nouveauté serait ailleurs : des jeunes ayant déjà quitté le foyer pourraient être obligés d’y revenir.

Une solidarité familiale qui protège… et qui peut enfermer

Il faut regarder la réalité sans l’adoucir. Vivre durablement chez ses parents peut retarder l’autonomie, la constitution d’un couple, la mobilité professionnelle et la prise de responsabilités quotidiennes. Dans certains foyers, le jeune adulte redevient malgré lui « l’enfant de la maison ». Les horaires sont discutés, les choix personnels commentés, l’intimité réduite.

La cohabitation devient plus délicate encore lorsque le logement est petit. Selon le recensement de 2024, quelque 372 000 logements urbains marocains accueillent au moins deux ménages, soit 6,3 % des logements urbains occupés. Derrière ce chiffre se trouvent parfois plusieurs générations qui partagent des pièces, des dépenses et des tensions ordinaires.

Le marché du travail ajoute sa pression. En 2025, le chômage atteignait 36,7 % chez les 15-24 ans et 19,6 % parmi les diplômés. Pour beaucoup, le premier salaire arrive tard, reste irrégulier ou ne permet pas de louer dignement dans une grande ville.

Faut-il vraiment appeler cela un échec ?

Dans une société marocaine où la solidarité familiale demeure une protection essentielle, rester chez ses parents peut être une décision raisonnable. Cela permet d’épargner, de préparer un projet, de contribuer aux dépenses du foyer, d’aider un parent âgé ou de traverser une période professionnelle difficile sans tomber dans la précarité.

Encore faut-il que cette économie serve un objectif. Sans budget, sans participation aux charges, sans échéance ni projet, le refuge familial risque de devenir une salle d’attente.

Le retour chez les parents ne doit pas devenir une politique du logement

Le danger serait de transformer la solidarité des familles en réponse permanente aux insuffisances économiques. Les parents ne peuvent pas absorber indéfiniment le coût du chômage, des loyers élevés et du retard d’accès au logement. Ils ont eux-mêmes leurs dépenses, parfois une retraite limitée, des soins à financer ou d’autres enfants à accompagner.

Le Maroc compte 69,4 % de ménages propriétaires de leur logement. Ce taux élevé constitue une sécurité familiale réelle, mais il ne dit rien de la capacité des jeunes générations à devenir propriétaires à leur tour.

Retourner vivre chez ses parents peut donc être une bonne gestion financière. Cela peut même devenir un contrat familial intelligent : contribution mensuelle, épargne obligatoire, respect de l’intimité et date de départ envisagée.

Mais lorsque des adultes employés ne peuvent plus se loger seuls, le problème dépasse les murs de la maison. Ce n’est plus une affaire de maturité individuelle. C’est une alerte sur les salaires, l’emploi et le logement accessible.

La famille marocaine sait amortir les crises. Elle l’a toujours fait. Il serait toutefois risqué de lui demander de remplacer, à elle seule, une véritable politique d’autonomie pour la jeunesse.





Vendredi 24 Juillet 2026

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