L'ODJ Média

lodj





HCP : cinq ans après, la réforme arrive enfin… mais avec quelles garanties ?

Statistiques officielles et données publiques : le défi de l’indépendance


Rédigé par le Vendredi 3 Juillet 2026



Le gouvernement a adopté, le 2 juillet, le projet de loi n°047.26 relatif au Haut-Commissariat au Plan.

Une avancée attendue depuis le discours royal d’octobre 2021. Reste une question centrale : le Maroc se donne-t-il enfin les moyens de mieux mesurer le pays, ou ajoute-t-il une couche institutionnelle à un système déjà encombré ?

Le calendrier parle de lui-même. Le 8 octobre 2021, le discours royal appelait à une « refonte substantielle » du Haut-Commissariat au Plan afin d’en faire un outil de coordination stratégique, de suivi et d’évaluation des politiques de développement. Presque cinq ans plus tard, le projet de loi est enfin adopté en Conseil de gouvernement. Il devra encore franchir l’étape parlementaire et celle de la promulgation. Le retard n’est donc pas totalement derrière nous.

Cette réforme était devenue difficile à repousser. Le Maroc produit beaucoup de données, parfois de qualité, souvent dispersées. Chômage, inflation, pauvreté, investissements, activité régionale, protection sociale, eau, logement : les chiffres existent, mais ne se parlent pas toujours. Chaque ministère, établissement public ou collectivité détient une partie de la photographie. Or, un pays ne se pilote pas avec des morceaux de miroir.

​Réforme du HCP : sortir du simple chiffre pour éclairer les choix publics

Le texte prévoit de transformer le HCP en instance de bonne gouvernance (À l'instar de La Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), Le Conseil de la Concurrence, L'Instance Nationale de Probité, de la Prévention et de Lutte contre la Corruption (INPPLC), le Médiateur, le CCME, l'Autorité pour la parité, ainsi que les conseils supérieurs de l'éducation, de la famille et de la jeunesse......) au titre de l’article 159 de la Constitution, avec personnalité morale et autonomie administrative et financière.

Sur le papier, c’est un saut important. Le HCP conserverait son cœur de métier — statistique officielle, comptes nationaux, comptes régionaux et sectoriels — tout en recevant une mission élargie : aider à coordonner les politiques de développement.

Il faut reconnaître que cette évolution répond à une faiblesse marocaine connue. Trop de programmes publics sont annoncés avec des objectifs ambitieux, puis évalués tardivement, parfois avec des indicateurs changeants. Dans les régions, le décalage entre la réalité vécue et les tableaux nationaux reste visible. Une moyenne nationale peut masquer une commune qui manque d’eau, un bassin d’emploi qui se vide ou une jeunesse diplômée qui attend encore son premier vrai contrat.

Le projet organise ainsi deux pôles : l’un pour les statistiques et les comptes nationaux, l’autre pour la coordination stratégique des politiques publiques. Il prévoit également une commission de direction, un organe permanent de concertation entre producteurs de données et un rapport annuel appelé à être débattu au Parlement. Sur le principe, cette architecture peut renforcer la cohérence, à condition qu’elle ne devienne pas une machine administrative de plus.

Statistiques officielles : l’indépendance ne doit pas Être un slogan

C’est ici que le scepticisme devient utile. Le HCP doit rester le thermomètre du pays. Pas le service météo du gouvernement du moment.

Le texte affiche les mots attendus : indépendance, neutralité, intégrité, objectivité, rigueur scientifique. Très bien. Mais une institution statistique ne se protège pas seulement avec de beaux principes dans une loi. Elle se protège par la transparence des méthodes, la publication régulière des données, l’accès équitable aux chercheurs, aux journalistes et aux citoyens, ainsi que par la capacité de publier des chiffres qui dérangent.

Le risque est évident : en élargissant le HCP vers l’accompagnement de la coordination publique, ne brouille-t-on pas la frontière entre celui qui mesure les résultats et celui qui participe à l’orientation des politiques ? Ce n’est pas une objection idéologique. C’est une question de crédibilité. Un arbitre garde son autorité parce qu’il ne porte pas le maillot d’une équipe.

Le rattachement prévu de l’INSEA et de l’École des sciences de l’information peut, lui, devenir un atout. Le Maroc a besoin de statisticiens, de data analysts, de démographes et d’économistes capables de travailler sur des données territoriales fines, pas seulement de commenter les grands indicateurs chaque trimestre. Les agents du HCP conserveraient par ailleurs leurs droits acquis durant la transition, ce qui évite de faire de la réforme un prétexte à une déstabilisation humaine.

​HCP et données publiques : le vrai test commencera après la loi

Le projet impose aux administrations, collectivités, établissements et entreprises publics de transmettre les données nécessaires au HCP, exclusivement à des fins statistiques. C’est probablement l’un des nerfs de la réforme. Sans données complètes, comparables et accessibles à temps, la stratégie nationale restera un exercice de présentation PowerPoint.

Le HCP lui-même reconnaissait, dans sa stratégie couvrant la période 2022-2026, attendre une redéfinition juridique de son statut et de ses nouveaux moyens d’action. Cette attente a duré. Elle touche à sa fin, du moins sur le plan gouvernemental.

Mais il ne faudra pas confondre adoption d’un projet de loi et victoire définitive. Le Maroc a besoin d’un HCP plus fort, certes. Surtout d’un HCP libre, écouté et impossible à contourner lorsque ses chiffres contredisent les discours. C’est à ce prix que la statistique publique cessera d’être un rendez-vous technique entre initiés et deviendra ce qu’elle devrait toujours être : une boussole démocratique pour le pays.

Par ailleurs, un rapport annuel détaillant les activités du HCP serait élaboré et soumis à l’approbation d’une instance de pilotage avant d’être transmis à SM le Roi, au Chef du gouvernement et aux présidents des deux Chambres du Parlement. Ce rapport ferait l’objet d’un débat parlementaire, renforçant ainsi les mécanismes de transparence et de reddition des comptes.






Vendredi 3 Juillet 2026

Breaking news | VSD News | Gaming | Communiqué de presse | Eco Business | Digital & Tech | Santé & Bien être | Lifestyle | Culture & Musique & Loisir | Sport | Auto-moto | Room | Podcasts R212 | Les dernières émissions de L'ODJ TV | Last Conférences & Reportages | Bookcase | LODJ Média


Bannière Réseaux Sociaux



Bannière Lodj DJ






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html
















Vos contributions
LODJ Vidéo