Entre 1976 et 2024, l’industrie nationale a opéré un changement d’échelle spectaculaire.
Le chiffre d’affaires industriel suit une trajectoire comparable et avoisine aujourd’hui 900 milliards de dirhams. Ce bond est le fruit d’un effort d’investissement massif et continu.
L’investissement industriel annuel, qui était de plus de 740 millions de dirhams à l’époque, frôle aujourd’hui les 90 milliards. Concrètement, le Maroc a accumulé du capital productif à une vitesse inédite dans son histoire.
L’ouverture au monde comme accélérateur
En ordre de grandeur, cela signifie que l’industrie exporte aujourd’hui plus de 300 fois ce qu’elle exportait il y a cinquante ans.
Cette trajectoire relève en particulier d’une rupture stratégique dans l’organisation de l’appareil productif.
Le choix d’un développement par écosystèmes industriels a permis de structurer des filières complètes autour de mécanismes incitatifs ciblés (foncier industriel, dispositifs de formation, accompagnement à l’investissement) et d’aligner progressivement l’offre productive nationale sur les standards de la mondialisation.
C’est dans le matériel de transport que cette approche a produit ses effets les plus visibles. L’implantation de constructeurs mondiaux à Tanger et à Kénitra a déclenché un effet d’entraînement sur l’ensemble de la chaîne de valeur, du câblage aux composants à plus forte intensité technologique.
En parallèle, à Nouaceur (Casablanca), un pôle aéronautique s’est constitué, capable de capter des segments complexes de production auprès des grands donneurs d’ordre de l’aviation civile.
Ces chiffres confirment que l’industrialisation n’est plus une promesse, mais un fait économique établi. Toutefois, l’essentiel de la transformation ne se situe pas uniquement dans les volumes.
Au-delà du volume : la montée en gamme
Cette montée en gamme s’est opérée progressivement, par accumulation d’investissements, de savoir-faire et d’exigences de qualité.
La grande rotation sectorielle
Les industries du matériel de transport, notamment l’automobile et l’aéronautique, concentrent aujourd’hui près de 47 % des exportations industrielles, contre à peine 1 % à l’origine. De même, la chimie et la parachimie (incluant la pharmaceutique) représentent désormais près d’un quart des ventes à l’étranger (24 %).
Ce basculement ne traduit pas un effacement des secteurs historiques, dont les volumes continuent de progresser, mais une diversification du portefeuille productif vers des activités plus intégrées aux chaînes de valeur mondiales et plus exigeantes en termes de standards.
L’évolution de l’emploi reflète la même logique.
L’effectif industriel global a été multiplié par près de sept, passant de 155.000 personnes au milieu des années 70 à plus d’un million aujourd’hui.
En 2024, les filières industrielles récentes, au premier rang desquelles l’automobile et l’aéronautique, se sont imposées comme des pôles majeurs d’absorption de main-d’œuvre industrielle. Le seul secteur du matériel de transport concentre désormais près de 27 % de l’emploi industriel.
Face à cette percée, les piliers historiques que sont le textile et l’agroalimentaire font preuve d’une résilience sociale indispensable : bien qu’en recul relatif, ils concentrent ensemble 44 % de l’emploi industriel (contre 58 % un demi-siècle auparavant).
Cela indique que la dynamique actuelle montre que l’enjeu industriel réside désormais dans la qualité des emplois créés, leur qualification et leur productivité.
Cap sur la souveraineté
Dans un environnement international marqué par l’incertitude et la recomposition des échanges, cette trajectoire de cinquante ans constitue un actif stratégique majeur, à condition d’en maîtriser les ressorts profonds pour aborder les défis de la prochaine étape : la souveraineté productive, la durabilité et le passage du « Made in Morocco » au « Designed in Morocco ».
Par Mohamed Benabdelkader












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