L'ODJ Média

lodj






Intelligence artificielle et discernement institutionnel

Professeur Mohamed Amine Benabdellah à la tête de la Cour constitutionnelle.


Par Dr Az-Eddine Bennani.

La nomination du Professeur Mohamed Amine Benabdellah à la présidence de la Cour constitutionnelle par Sa Majesté le Roi Mohammed VI s’inscrit dans le fonctionnement souverain de nos institutions.

À titre personnel, je souhaite lui adresser mes félicitations respectueuses pour cette haute responsabilité, en saluant son parcours, sa compétence reconnue, son engagement intellectuel et sa contribution de longue date au droit public et à la pensée constitutionnelle au Maroc.



Dans le contexte actuel, un point me paraît essentiel :

La manière dont une grande institution constitutionnelle peut aborder les transformations liées à l’intelligence artificielle avec lucidité, mesure et discernement.

Dans une période où l’intelligence artificielle suscite des réactions contradictoires, il est rassurant de voir une personnalité juridique de premier plan ne céder ni à l’enthousiasme parfois exagéré de certains, ni au pessimisme excessif d’autres.

Cette posture est précieuse. Elle permet de replacer l’IA à sa juste place : non pas comme une puissance autonome appelée à remplacer le jugement humain, mais comme un outil dont l’usage doit être pensé, encadré et maîtrisé.

L’intelligence artificielle ne doit pas être sacralisée. Elle ne doit pas non plus être diabolisée. Elle doit être comprise. Elle peut aider à rechercher, comparer, documenter, analyser, traduire, organiser des corpus juridiques ou faciliter l’accès citoyen au droit.

Mais elle ne peut pas se substituer à l’interprétation constitutionnelle, au discernement institutionnel, à la responsabilité juridique ou à la sagesse collégiale d’une Cour.

La Cour constitutionnelle n’est pas une machine à produire des décisions.

Elle est une institution de garantie, d’équilibre et de protection de l’État de droit. Elle veille à la conformité des normes à la Constitution, mais aussi à la cohérence profonde entre le droit, les libertés, les institutions et les principes fondamentaux de la Nation.

C’est précisément pour cette raison que l’intelligence artificielle, lorsqu’elle touche au droit constitutionnel, doit être abordée avec une extrême prudence. Une Constitution ne se réduit pas à un ensemble de textes exploitables par un modèle statistique.

Elle porte une histoire, une architecture institutionnelle, une hiérarchie des valeurs, une mémoire juridique et une vision de l’État. Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si l’intelligence artificielle entrera ou non dans les métiers du droit. Elle y entre déjà.

Le véritable enjeu est de savoir selon quels principes elle doit être utilisée : transparence, explicabilité, traçabilité, contrôle humain, souveraineté des données, protection des droits fondamentaux et responsabilité finale des institutions.

Dans ce domaine, le Maroc doit éviter deux excès.

Le premier serait de croire que l’intelligence artificielle peut moderniser mécaniquement la justice, le droit ou la gouvernance par la seule puissance des algorithmes.

Le second serait de refuser toute évolution technologique au nom d’une méfiance générale. Entre ces deux postures, il existe une voie marocaine de discernement : comprendre, expérimenter, encadrer et maîtriser.

L’IA posera de plus en plus de questions constitutionnelles.

Comment garantir l’équité électorale face aux contenus générés automatiquement ? Comment protéger les citoyens contre la manipulation algorithmique ? Comment préserver la liberté d’expression tout en luttant contre les campagnes massives de désinformation ?

Comment s’assurer que les décisions publiques assistées par des systèmes numériques restent contrôlables, contestables et conformes aux principes de l’État de droit ? Ces questions ne sont pas seulement techniques. Elles sont politiques, juridiques, institutionnelles et constitutionnelles.

Elles touchent à la souveraineté, à la démocratie, aux libertés publiques, à la responsabilité de l’État et à la confiance des citoyens. C’est pourquoi la présence à la tête de la Cour constitutionnelle d’un grand juriste attentif aux mutations contemporaines est importante.

Elle permet d’espérer que ces questions seront abordées non dans la précipitation, mais avec méthode ; non dans la fascination technologique, mais avec exigence ; non dans la peur, mais avec intelligence institutionnelle.

L’intelligence artificielle doit rester un instrument au service du droit, jamais une autorité au-dessus du droit. Elle peut enrichir le travail juridique, mais elle ne peut pas remplacer la décision humaine. Elle peut éclairer l’analyse, mais elle ne peut pas incarner la responsabilité. Elle peut produire des résultats, mais elle ne peut pas porter seule le sens d’une Constitution.

Au fond, le débat sur l’intelligence artificielle nous ramène à une question simple : qui décide, selon quelles règles, avec quelle responsabilité et au nom de quels principes ? C’est précisément là que les institutions constitutionnelles ont un rôle essentiel à jouer.

Dans cette perspective, mes félicitations au Professeur Mohamed Amine Benabdellah s’accompagnent d’un souhait : que le débat national sur l’intelligence artificielle gagne en hauteur, en rigueur et en profondeur institutionnelle.

Le Maroc n’a pas besoin d’une IA subie. Il a besoin d’une IA comprise, maîtrisée et toujours subordonnée aux principes de l’État de droit.

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Mercredi 10 Juin 2026

La rédaction

Dans la même rubrique :
< >

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo