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Intelligence artificielle : le Maroc face au rendez-vous de l’Histoire


Par Abdelghani El Arrasse.

La révolution de l’intelligence artificielle n’est pas une évolution technologique parmi d’autres. Elle constitue un basculement civilisationnel. Elle redessine la puissance économique, la souveraineté des États, la compétitivité des entreprises et l’équilibre géopolitique mondial.

Le Maroc a amorcé un mouvement stratégique en lançant son centre national d’intelligence artificielle à Rabat et en structurant un écosystème naissant.
Mais l’enjeu dépasse largement l’inauguration d’un centre ou la signature de conventions.

La question est simple :

Voulons-nous être utilisateurs de l’intelligence artificielle ou producteurs de valeur par l’intelligence artificielle ?



Un choix politique majeur

L’IA n’est pas qu’un sujet technique réservé aux ingénieurs. C’est une décision politique de premier rang.

Les pays qui dominent aujourd’hui la technologie dominent la finance, la sécurité, la défense, la communication et même l’influence narrative mondiale.

Si le Maroc veut consolider sa place parmi les économies émergentes crédibles, il doit faire de l’intelligence artificielle une priorité nationale assumée au plus haut niveau de l’État.
Ce n’est pas une option sectorielle. C’est un axe stratégique de souveraineté.

Transformer l’ambition en plan offensif

Pour être parmi les premiers pays africains et méditerranéens à tirer pleinement profit de l’IA, nous devons engager une dynamique forte et structurée :

1. Déclarer l’IA chantier national transversal.

Une task-force interministérielle dédiée, avec objectifs mesurables à 5 et 10 ans, doit piloter l’intégration de l’IA dans :

-L’administration publique.
-L’industrie.
-L’agriculture.
-La santé.
-La finance.
-La logistique.

L’intelligence artificielle doit devenir un outil d’efficacité publique et de compétitivité privée.

2. Créer un Fonds stratégique IA Maroc.

Un fonds souverain dédié à l’IA permettrait de :

-Financer les startups marocaines.
-Soutenir la recherche appliquée.
-Attirer des laboratoires internationaux.
-Empêcher la fuite des talents.
Le capital financier doit accompagner le capital humain.

3. Former une génération IA.

Le véritable combat est éducatif. 
-Introduire la programmation et la culture numérique dès le secondaire.
-Multiplier les formations spécialisées.
-Encourager la diaspora technologique à revenir investir son savoir-faire.

La bataille de l’IA sera gagnée par les pays qui forment massivement.

4. Faire du Maroc un hub africain de l’IA.

Notre position géographique et notre stabilité institutionnelle nous donnent un avantage comparatif.

Le Maroc peut devenir :

-Le centre francophone africain de formation en IA.
-Le fournisseur de solutions technologiques adaptées aux réalités africaines.
-Une plateforme d’innovation entre l’Europe et l’Afrique.

L’Afrique est un marché d’avenir. Le Maroc peut en devenir le laboratoire technologique.

Un enjeu de souveraineté

Dans un monde dominé par les données et les algorithmes, dépendre totalement de technologies étrangères expose à une vulnérabilité stratégique.

La souveraineté numérique ne signifie pas isolement.
Elle signifie capacité à choisir, à négocier et à produire.
L’IA doit renforcer notre autonomie, non l’affaiblir.

Le moment d’agir

Le Maroc a réussi des paris audacieux : infrastructures portuaires, énergies renouvelables, industrie automobile et aéronautique.

Ces succès ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont le résultat d’une vision claire, d’une gouvernance rigoureuse et d’une exécution maîtrisée.
L’intelligence artificielle exige la même détermination.
Le monde ne nous attendra pas.

Les hiérarchies technologiques se redessinent aujourd’hui.
Notre ambition ne doit pas être d’accompagner la révolution numérique.

Elle doit être de la structurer et d’en capter la valeur.
Le Maroc possède les atouts : stabilité, jeunesse, ouverture internationale et vision stratégique.

Il est temps de transformer ces atouts en leadership technologique.

L’intelligence artificielle n’est pas une tendance.
C’est un levier de puissance.
À nous de décider si nous voulons en être acteurs ou spectateurs.

Par Abdelghani El Arrasse - Économiste membres de L’AEI.



Lundi 2 Mars 2026


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