L’intelligence artificielle est trop importante pour être abordée uniquement comme une technologie.
Elle touche à la manière dont un pays forme ses compétences, organise ses données, modernise ses services, accompagne ses entreprises et prépare sa jeunesse aux métiers de demain.
Le Maroc dispose déjà d’atouts considérables : une position géopolitique reconnue, une crédibilité africaine, une jeunesse nombreuse, une diaspora compétente, des infrastructures en progression, des universités capables de se mobiliser, des entreprises attentives aux nouveaux usages et une volonté publique affirmée de faire du numérique un levier de développement.
L’enjeu est de valoriser ces atouts, de les connecter davantage et de faire de l’intelligence artificielle un espace de coopération entre les institutions, les chercheurs, les entreprises, les enseignants, les étudiants, les territoires et les Marocains du monde. La souveraineté numérique, dans cette perspective, ne doit pas être comprise comme un repli.
Elle peut être comprise comme une capacité collective : capacité de comprendre les technologies, de les adapter à nos réalités, de former nos compétences, de protéger nos données, de développer des usages utiles et de coopérer avec le monde sans perdre notre autonomie de jugement.
L’intelligence artificielle peut devenir un formidable levier pour améliorer les services publics, faciliter l’accès aux droits, soutenir les entreprises, renforcer la recherche, moderniser les métiers, accompagner les enseignants, aider les médecins, soutenir les agriculteurs, valoriser l’artisanat, améliorer la gestion des ressources et rapprocher l’administration des citoyens.
Pour que cette promesse soit pleinement partagée, elle gagne à être portée dans un esprit d’inclusion territoriale.
Mais l’IA peut aussi être utile à Oujda, Fès, Marrakech, Tanger, Tétouan, Agadir, Laâyoune, Dakhla, Errachidia, Béni Mellal, Safi, Nador, aux communes rurales et à la diaspora marocaine.
Chaque territoire a ses besoins, ses ressources, ses compétences et ses priorités. L’IA appliquée à l’eau, à l’agriculture, à la santé, à l’éducation, à l’énergie, à la mobilité ou au tourisme peut prendre des formes différentes selon les régions.
C’est cette diversité qui peut enrichir l’approche marocaine. Cette dynamique peut aussi s’appuyer sur des espaces de dialogue de proximité et de débat public. À une échelle modeste, les Cafés IA organisés régulièrement dans plusieurs villes du Royaume montrent qu’il existe une attente réelle de pédagogie, d’échange et d’appropriation collective.
Ils ne prétendent pas remplacer les cadres institutionnels ni orienter les politiques publiques.
Ils témoignent simplement d’un besoin : rapprocher l’IA des citoyens, des étudiants, des enseignants, des entrepreneurs, des collectivités et des territoires.
Au-delà de ces rencontres de proximité, les conférences, panels, ateliers, démonstrations, séminaires et débats organisés dans les universités, les écoles, les espaces professionnels, les salons spécialisés et les institutions culturelles jouent également un rôle important.
Ces moments ne remplacent pas les politiques publiques ni les stratégies institutionnelles. Ils les accompagnent, les éclairent et contribuent à créer une culture commune de l’intelligence artificielle.
Ils permettent de partager des expériences, d’identifier des besoins, de rendre visibles les initiatives, de confronter les points de vue et de faire émerger progressivement des usages adaptés aux réalités marocaines.
Ces espaces ont une vertu essentielle : faire sortir l’IA du cercle restreint des spécialistes. Lorsqu’un panel réunit un universitaire, un entrepreneur, un responsable territorial, un ingénieur, un juriste, un enseignant ou un acteur culturel, il montre que l’IA n’est pas seulement une affaire d’algorithmes, de modèles ou d’infrastructures.
Elle devient un sujet de société, de formation, de travail, de souveraineté, d’éthique, de création et de développement.
C’est aussi par ces échanges ouverts, réguliers et apaisés que peut se construire une appropriation marocaine de l’intelligence artificielle. Une appropriation qui ne soit ni anxieuse ni naïve, mais lucide, progressive, inclusive et utile.
Ces rencontres montrent aussi que l’intelligence artificielle suscite des questions très concrètes :
Comment accompagner les enseignants ? Comment aider les artisans, les commerçants, les professions libérales et les petites entreprises à comprendre les nouveaux outils ?
Comment éviter que l’IA ne creuse de nouvelles inégalités ? Ces questions ne sont pas secondaires. Elles montrent que la réussite d’une ambition nationale en IA dépend aussi de la capacité à créer des lieux d’écoute, de pédagogie et de confiance.
La question des compétences est centrale. Les jeunes Marocains ne doivent pas seulement apprendre à utiliser des outils d’IA.
Ils peuvent progressivement devenir concepteurs de solutions, intégrateurs, ingénieurs de données, développeurs, auditeurs, formateurs, spécialistes de cybersécurité, médiateurs numériques, juristes du numérique, entrepreneurs et porteurs de projets utiles.
Cette dynamique suppose de rapprocher davantage l’université, l’entreprise, les centres de formation, les administrations et les territoires.
L’IA invite à apprendre autrement : par la pratique, par les projets, par l’expérimentation, par la résolution de problèmes réels et par la mobilisation intelligente des connaissances.
Dans ce mouvement, il serait utile d’encourager une culture du suivi et du partage des résultats. Non pas pour contrôler ou critiquer, mais pour valoriser ce qui avance, identifier les bonnes pratiques, soutenir les initiatives locales, rendre visibles les réussites et renforcer la confiance collective.
Des tableaux de bord sectoriels et régionaux pourraient contribuer à cette dynamique.
Elle est un outil de confiance. Elle permet de montrer le chemin parcouru, d’encourager les acteurs engagés et de mieux partager les avancées avec la société. La réunion coprésidée par Omar Hilale doit donc être reçue comme un motif de fierté et comme une invitation à élargir la mobilisation.
Le Maroc a une voix dans le débat mondial sur l’intelligence artificielle. Cette voix peut devenir encore plus forte si elle s’appuie sur une dynamique nationale collective, ouverte et confiante.
L’IA peut aider le Maroc à renforcer son développement, son inclusion sociale, sa compétitivité économique, son rayonnement scientifique et sa présence africaine.
Elle peut aussi contribuer à créer des emplois, à améliorer les services, à soutenir les territoires et à valoriser les compétences marocaines, au pays comme dans la diaspora.
C’est dans cet esprit qu’une mobilisation nationale autour de l’IA peut être encouragée : non pas comme une critique de ce qui existe, mais comme une contribution à un effort déjà engagé. Un effort qui mérite d’être salué.
Un effort qui gagne à être partagé. Un effort qui peut associer l’État, les universités, les entreprises, les régions, les chercheurs, les enseignants, les jeunes, les citoyens, les acteurs culturels, les professionnels et les Marocains du monde. Le Maroc est présent à l’ONU dans le débat sur l’intelligence artificielle.
C’est une bonne nouvelle. Il peut faire de cette présence un levier supplémentaire de confiance, de coopération, de compétence et d’innovation au service du pays. Dans un monde où l’IA devient un enjeu de puissance, le Maroc a toute sa place.
Et cette place sera d’autant plus solide qu’elle reposera sur une mobilisation collective, apaisée, constructive et profondément utile aux Marocains.
Par Dr Az-Eddine Bennani.












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