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L’Ikigai et l’intelligence artificielle : qui pense, qui transmet ?


Par Dr Az-Eddine Bennani.

L’Ikigai, concept japonais, désigne ce qui donne sens à la vie : la rencontre entre ce que l’on aime, ce que l’on sait faire, ce dont le monde a besoin et ce pour quoi l’on peut être reconnu. Il propose une forme d’équilibre entre passion, compétence, utilité et activité.

L’Ikigai nous parle ainsi de sens. Wald Maâlam, lui, nous parle de transmission.
Mais l’intelligence artificielle, elle, pose une autre question, plus radicale : qui pense encore ?



À l’heure où les systèmes d’IA produisent des textes, des images, des décisions, une confusion s’installe.

On ne distingue plus toujours entre ce qui relève de la pensée humaine et ce qui relève de la reproduction statistique. L’illusion est puissante : la machine semble comprendre, dialoguer, créer.

Wald Maâlam appelle cela une illusion de surface.
Car derrière la performance, il y a une réalité plus simple : l’IA ne pense pas, elle calcule à partir de ce qui a été pensé. Elle ne crée pas ex nihilo, elle recompose. Elle ne transmet pas, elle restitue.

C’est ici que le lien avec l’Ikigai devient éclairant.

L’Ikigai, dans sa version contemporaine, cherche à aligner des dimensions individuelles pour produire du sens. Mais l’IA vient perturber cet équilibre. Elle excelle précisément dans ce qui relevait hier de nos compétences : écrire, analyser, synthétiser, produire.

Si l’on réduit l’humain à ces fonctions, alors oui, l’IA peut donner l’impression de s’en rapprocher dangereusement.

Mais Wald Maâlam introduit une distinction essentielle. Il rappelle que l’intelligence humaine ne se limite pas à produire. Elle consiste à donner du sens à ce qui est produit.

Et ce sens ne naît pas dans les données. Il naît dans l’histoire, dans la culture, dans la relation aux autres, dans la transmission.

L’algorithme, en tant que manière de penser, est profondément humain. Le programme informatique n’est que la traduction de cette pensée en instructions exécutables.

L’IA, telle qu’elle est aujourd’hui déployée, opère principalement au niveau du programme et des données. Elle exploite des corpus massifs, majoritairement issus de contextes culturels dominants, pour produire des réponses plausibles.

Mais elle ne porte pas de mémoire vécue. Elle ne s’inscrit dans aucune filiation. Elle ne transmet rien en propre.

C’est précisément là que Wald Maâlam réintroduit la figure du Maâlam.
Face à l’IA, le Maâlam n’est pas celui qui produit plus vite. Il est celui qui comprend ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et pour qui il le fait.

Dans l’atelier, le geste du Maâlam n’est pas seulement efficace. Il est chargé de sens. Il porte une histoire. Il s’inscrit dans une continuité. Chaque décision est reliée à une mémoire.

L’IA peut reproduire un geste. Elle ne peut pas en porter la signification. C’est pourquoi la véritable question n’est pas de savoir si l’IA va remplacer l’humain.

La question est de savoir : allons-nous abandonner la transmission au profit de la simple production ?

Si tel est le cas, alors l’Ikigai lui-même devient fragile. Car ce que nous aimons, ce que nous savons faire, ce dont le monde a besoin — tout cela peut être progressivement absorbé par des systèmes automatisés.

Mais si nous réaffirmons la place de la transmission, alors l’IA change de statut.
Elle n’est plus un substitut. Elle devient un outil. Un outil puissant, certes, mais au service d’une pensée qui doit rester humaine.

Wald Maâlam ne s’oppose pas à l’intelligence artificielle. Il en propose une lecture exigeante, refusant à la fois la fascination et la peur.

Il nous invite à reprendre la main, à ne pas confondre vitesse et intelligence, production et création, information et connaissance.

Dans ce cadre, l’Ikigai retrouve une place nouvelle. Il ne s’agit plus seulement de trouver son équilibre personnel, mais de s’inscrire dans une dynamique où l’on utilise les outils technologiques sans perdre ce qui fait l’essence de l’humain : la capacité à transmettre.

Car au fond, l’intelligence artificielle ne pose pas seulement un défi technologique. Elle pose une question profondément humaine : que voulons-nous transmettre dans un monde où les machines savent produire ?

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Mercredi 29 Avril 2026


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