Qui gagne réellement sur votre panier ?
Habituellement, lorsque les prix augmentent, l’État dispose de quelques grandes réponses : subventionner, réduire certaines taxes, soutenir les revenus ou intervenir ponctuellement sur certains marchés. Ici, la logique est différente : commencer par rendre visible ce qui ne l’est pas suffisamment.
Prenons un produit alimentaire courant. Entre le prix payé au producteur et celui affiché quelques jours plus tard dans un commerce, interviennent potentiellement collecte, conditionnement, transport, stockage, marché de gros, intermédiaires et distribution. Chacun supporte des coûts et prélève une marge. Rien d’anormal en soi : une économie ne fonctionne pas sans rémunérer ceux qui produisent, transportent et commercialisent.
Le problème commence lorsque personne ne peut expliquer clairement pourquoi un produit acheté quelques dirhams à son origine arrive beaucoup plus cher chez le consommateur. C’est là qu’un dispositif national de suivi des marges pourrait devenir intéressant. Non pas pour décréter arbitrairement ce qu’est une « bonne » marge, mais pour identifier les anomalies, comprendre les chaînes de formation des prix et distinguer une hausse économiquement justifiée d’une situation où certains intermédiaires profiteraient d’une tension sur le marché.
La proposition rejoint d’ailleurs un autre volet du programme : le renforcement de la concurrence et la lutte contre les situations de rente ou de monopole. L’ensemble commence alors à former une doctrine économique assez cohérente : protéger le pouvoir d’achat ne signifie pas seulement augmenter les revenus ; cela signifie également regarder ce qui se passe entre le revenu du citoyen et le prix qu’il rencontre dans les rayons.
Le débat est lancé. Et il pourrait conduire à une question beaucoup plus dérangeante que celle de l’inflation : quand les prix augmentent au Maroc, savons-nous réellement où va chaque dirham supplémentaire payé par le consommateur ?












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