Ni celui des LLM. Ni celui des WLM.
Car l’intelligence artificielle n’est pas seulement une affaire de technologie. Elle est une affaire de développement, d’organisation, de souveraineté et d’appropriation.
Les LLM, développés par des acteurs américains comme OpenAI, Anthropic ou Google à travers Google DeepMind, mais aussi européens comme Mistral AI et chinois comme DeepSeek, reposent sur une logique de prédiction à partir de données massives.
Ils produisent du langage.
Ils ne portent aucune responsabilité territoriale. Appliqués tels quels au Maroc, ils risquent de produire une illusion d’intelligence sans transformation réelle. Wald Maâlam regarde autrement.
Il ne se demande pas si ces modèles sont puissants. Il se demande s’ils sont utiles dans nos contextes.
Car les enjeux marocains ne sont pas ceux des plateformes américaines ni ceux de la planification chinoise.
Ils relèvent d’une réalité spécifique : celle d’un pays en transformation, marqué par des contraintes fortes mais aussi par une richesse humaine, territoriale et culturelle considérable.
Dans ce contexte, la question n’est pas de savoir si nous devons utiliser les LLM. Nous les utiliserons. Elle est de savoir comment les intégrer dans des systèmes réels.
Les WLM, portés notamment par Yann LeCun, chercheur français de renommée mondiale et figure majeure de l’intelligence artificielle, cherchent à modéliser le monde, à anticiper et à simuler.
Certainement pas celui des territoires marocains dans leur complexité réelle. Modéliser un monde abstrait ne suffit pas à transformer un territoire concret.
C’est ici que le Maroc doit éviter une erreur stratégique majeure : importer des modèles sans construire les conditions de leur appropriation. Car le véritable problème n’est pas technologique. Il est systémique.
Depuis des années, le paradoxe de la productivité nous rappelle que la technologie ne produit de valeur que si elle est alignée avec les organisations, les pratiques et les usages.
Or, au Maroc comme ailleurs, le risque est grand de déployer des solutions d’IA sans transformation des systèmes.
On parle d’intelligence artificielle. On oublie l’intelligence organisationnelle. On parle d’algorithmes. On oublie les acteurs. On parle de données. On oublie les réalités. Dans ce contexte, la question de la souveraineté prend une dimension particulière.
Le Maroc ne peut pas se contenter de choisir entre des modèles américains, chinois ou européens. Il doit construire sa propre trajectoire.
Car derrière les LLM et les WLM, il y a une géopolitique de la pensée.
C’est pourquoi Wald Maâlam insiste sur une distinction essentielle : l’algorithme est une manière de penser, le programme est sa traduction. Aujourd’hui, nous utilisons des programmes venus d’ailleurs.
Mais ces programmes portent des logiques qui ne sont pas toujours adaptées à nos contextes. La souveraineté ne réside donc pas seulement dans les infrastructures ou dans les données.
Elle réside dans la capacité à produire ses propres cadres de pensée. C’est précisément ce que propose une approche marocaine de l’IA, telle qu’elle se structure autour de l’OIA, l’Observatoire de l’Intelligence Artificielle.
L’objectif n’est pas de rivaliser en puissance, mais de construire une intelligence artificielle adaptée aux réalités locales. C’est ici que l’IA frugale prend tout son sens.
Une IA frugale n’est pas une IA au rabais. C’est une IA pertinente, ancrée dans les usages, optimisée en ressources et orientée vers l’impact. Dans un pays comme le Maroc, cette approche n’est pas un choix.
C’est une nécessité stratégique. Wald Maâlam ne parle pas du monde. Il ne le modélise pas. Il agit dans le monde. Dans les territoires. Dans les organisations. Dans les pratiques.
La véritable rupture ne viendra pas d’un passage des LLM aux WLM, mais de la capacité à construire une intelligence située, ancrée et responsable. Wald Maâlam refuse de penser avec les modèles des autres.
Parce que le véritable enjeu, pour le Maroc, n’est pas de choisir entre les États-Unis, la Chine ou l’Europe. Le véritable enjeu est de construire sa propre capacité à penser, à agir et à transformer.
Par Dr Az-Eddine Bennani.












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