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La santé mentale au Maroc sous «l'emprise» de la covid 19


Tour d’horizon des troubles mentaux avec Jamal El Ouafa, Professeur en psychologie clinique et sociale
La santé mentale au Maroc est devant de grands défis, compte tenue d’une recrudescence des cas, prouvé au niveau mondial.




Selon l’OMS, il y a un développement de troubles mentaux liés au stress, à l’anxiété, à l’inquiétude quant à l’avenir…auxquels s’ajoute la toxicomanie, le pire des fléaux.

Cette hausse devrait être accompagnée dans notre pays. Or, il y a une insuffisance en ressources humaines dans le domaine, un manque de lits et d’accès aux soins au niveau des hôpitaux, et même des cliniques.

Le Maroc compte 2.225 lits, 306 psychiatres (0,9 psychiatre/100 000 habitants) exerçant au niveau public et privé et 8 pédopsychiatres. Si l’on se réfère à une étude sur la prévalence des troubles mentaux et des toxicomanies dans la population générale âgée de 15 ans et plus qui a été réalisée entre 2003 et 2006(une étude ancienne à défaut), 26,5% de marocains souffrent de troubles dépressifs, 9% de troubles anxieux, 5,6% de troubles psychotiques et 1% de schizophrénie. Quant à l’usage de substances psychoactives(qui altèrent les processus mentaux), il concerne 4,1% de la population. L’abus de l’alcool : 2 % et la dépendance alcoolique : 1,4%. Ce sont des chiffres criards.
C’est pour cela qu’une sensibilisation s’impose, en marge de la journée mondiale de la santé mentale.

Pour avoir une idée précise sur la santé mentale au Maroc, on a contacté Pr. Jamal El OUAFA, Chef de département de la psychologie à la faculté de Lettres et Sciences Humaines de Rabat



Tour d’horizon sur la santé mentale au Maroc, avec Pr. Jamal El OUAFA, Professeur en psychologie clinique et sociale


Dressez un "état des lieux" de la santé mentale au Maroc ?

Il y a une hausse de la maladie mentale dans notre pays, autrement dit, de troubles psychiques et mentaux. Mais il y a aussi un manque de psychiatres, par rapport au nombre de malades, au niveau des hôpitaux. La capacité des institutions hospitalières est très faible, il y a une pénurie de personnel spécialisé, un manque de moyens et de médicaments... C’est pour vous dire que les infrastructures sont insuffisantes pour répondre aux besoins des patients atteints de maladies psychiatriques et psychiques. Une réalité qui est accentuée par un retard, pour ce qui est de la prise en charge de malades souffrant de troubles mentaux et psychiques. Si l’accès aux soins nécessaires manque au niveau des hôpitaux, les cliniques restent chères.
Il est à noter aussi que ces malades mentaux souffrent d’exclusion familiale. D’où l’importance de la prévention et de la sensibilisation des familles pour combattre les stéréotypes liés à ces maladies et contribuer à un changement des mentalités dans notre société.


La crise sanitaire a-t-elle permis la recrudescence des cas ?

Parmi les troubles psychiques soulevés avec la Covid, il y a les troubles de comportement et d’adaptation (nervosité), des troubles de personnalité. Quoiqu’on n’ait pas encore de vraies statistiques, l’impact sur le psychisme des marocains a été plus grand, surtout pendant le confinement. Il y a eu juste des études quantitatives de populations qui souffrent, menées par des spécialistes, soit dans le milieu scolaire ou au niveau des hôpitaux.
Le confinement, la crise économique, le sentiment, d’anxiété, les faillites constatées dans plusieurs entreprises, sont des souffrances qui promettent de durer au long terme, compte tenue de la situation actuelle. La prise en charge par l’Etat, via les droits les plus élémentaires s’impose : assurance, retraite…


Qu'est-ce qui pousse vers ce genre de maux ?

Dans la psychologie, on parle de prédisposition, une tendance chez l’être humain à tomber dans ces troubles de dépression, de schizophrénie…. Il pourrait s’agir aussi d’un choc affectif lié à une perte de quelque chose ou de quelqu’un. L’absence de cet équilibre, chez une personne, peut participer à la rendre mentalement malade. Parmi les autres causes des troubles mentaux, il y a la consommation de drogues qui affecte le cerveau des jeunes confrontés aux addictions.

Les approches sont diverses pour ce qui est des troubles psychique et mental. Il n’y a pas un seul facteur qui conduit à l’apparition d’un trouble, c’est un contexte social, biologique, économique et personnel. D’où la nécessité d’une prise en charge optimale, d’un accompagnement, d’un environnement familial serein, à même de jouer un rôle important dans l’équilibre de chaque personne.


Que faire pour éviter la hausse des cas ?

Il est vrai que depuis quelques années, la promotion de la bonne santé mentale devient un objectif principal dans notre pays. On constate un changement, côté politiques publiques. Seulement, la problématique est délicate. Cela demande dès notre enfance un accompagnement psychique, un accompagnement familial, l’existence de psychologues au sein des écoles, une société consciente du rôle des psychologues et des psychiatres. Ces derniers n’ont d’ailleurs aucun statut au Maroc.

Pour une société équilibrée, L’Etat doit d’abord reconnaitre le psychologue pour lui permettre de participer à l’accompagnement psychique et social de l’adolescent, des gens en situation de précarité, des femmes célibataires, des personnes âgées, des gens qui souffrent d’un problème ou d’un autre. Le message à faire passer, c’est que psychologues et psychiatres sont des professionnels de la santé mentale qui doivent être présents à tous les niveaux : entreprises, organisations... Les politiques publiques doivent prendre en considération leur rôle dans la société.


Vous êtes chef de département de la psychologie à la faculté de Lettres et Sciences Humaines de Rabat, y-a-t-il une grande affluence pour cette branche ?

Il y a une grande demande des étudiants, des retraités, des professionnels de la santé : médecins, infirmiers pour cette filière. Il y a de l’avenir pour ce métier. Même des institutions étatiques s’y intéressent tels que la sûreté nationale, les hôpitaux, la gendarmerie Royale, l’entraide nationale.









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