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Le Maroc respire grâce à la pluie, mais l’avenir se joue maintenant


Par Said Temsamani

Lorsque Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, a annoncé au Parlement que le Maroc sortait de sept années de sécheresse, l’information n’avait rien d’un simple bulletin météorologique. Elle sonnait comme un moment politique et collectif, chargé de sens.

Car la sécheresse n’a pas été seulement une crise du climat : elle a été une épreuve pour la capacité du pays à s’adapter et à repenser l’eau comme un pilier de la sécurité nationale, dans le cadre de la vision royale qui érige l’eau en enjeu stratégique de souveraineté.

Les chiffres avancés par Nizar Baraka portent une note d’optimisme : des pluies au-delà des moyennes, des chutes de neige étendues, des barrages qui reprennent des couleurs. Mais la vraie question, au-delà de la joie de voir l’eau revenir, est plus profonde : que faisons-nous quand il pleut, et que faisons-nous quand il ne pleut pas ?



Sept années de sécheresse n’ont pas été un simple épisode.

Elles ont installé une inquiétude durable et révélé la fragilité d’un modèle hydrique longtemps dépendant du ciel plus que de la planification.

Si les pluies récentes offrent un répit réel, ce soulagement ne doit pas se transformer en illusion de sécurité.

Comme l’a rappelé à plusieurs reprises le Roi Mohammed VI, le changement climatique impose d’abandonner la gestion conjoncturelle au profit d’une stratégie structurelle, fondée sur l’anticipation et la durabilité.

La remontée du niveau des barrages, passée de seuils critiques à des niveaux plus rassurants, a une forte portée symbolique : le pays retrouve une partie de son stock stratégique.

Mais, dans l’esprit de Nizar Baraka, le véritable enjeu n’est pas seulement de remplir, mais de gérer.

L’eau est une ressource sensible, au croisement des besoins des villes, de l’agriculture, de l’industrie, du tourisme et de l’environnement. Sa répartition est toujours un choix politique autant que technique, inscrit dans le cadre des Hautes Orientations Royales.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le virage annoncé par le ministre :

Dessalement, interconnexion des bassins, grands projets de transfert hydraulique. Il ne s’agit plus d’attendre la pluie, mais de fabriquer la sécurité hydrique.

Cette transformation s’inscrit directement dans la feuille de route tracée par le Roi Mohammed VI, qui appelle à diversifier les sources d’eau, à sécuriser l’approvisionnement des citoyens et à soutenir une agriculture plus résiliente.

Mais ces grands chantiers resteront incomplets sans une évolution des comportements. Le problème n’est pas seulement la rareté de l’eau, mais aussi la manière dont elle est consommée.

Le gaspillage, dans la vie quotidienne comme dans certains secteurs productifs, fragilise tous les efforts. La vision royale insiste sur la responsabilité collective : l’État investit, mais le citoyen doit protéger.

Derrière la gestion de l’eau se joue désormais une question de souveraineté.

Un pays qui ne maîtrise pas ses ressources vitales ne maîtrise ni son économie ni sa cohésion sociale.

C’est pourquoi la politique de l’eau, telle que voulue par la vision royale doit être pensée comme une politique stratégique : protéger les ressources, diversifier les sources, réduire la dépendance au climat et lier l’eau à un développement équitable.

Les pluies récentes sont donc à la fois une bénédiction et une épreuve.

Une bénédiction parce qu’elles offrent un souffle après des années d’angoisse. Une épreuve parce qu’elles testent la capacité du pays à ne pas retomber dans l’insouciance. Le Maroc a peut-être tourné la page d’une année sèche, mais il n’a pas encore quitté la zone de risque hydrique.

La sortie durable ne se fera pas par les chiffres seuls, mais par une vision qui fait de chaque goutte un projet national, de chaque politique de l’eau un choix souverain, et de chaque citoyen un gardien d’une ressource qui conditionne la vie, la stabilité et l’avenir.

Par Said Temsamani 



Mardi 13 Janvier 2026

La rédaction

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