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Le football Africain se réinvente.


Par Bargach Larbi.

Il y a toujours des enseignements à tirer des résultats des équipes nationales de football.

Les performances des sélections africaines au cours de cette campagne de préparation à la Coupe du monde 2030 ne font pas exception à la règle.



Il ne faut, bien entendu, pas s'emballer outre mesure devant les victoires prometteuses de certaines sélections africaines en terres européennes.

Ce ne sont que des matchs amicaux, des matchs de préparation propices aux expérimentations tactiques. Il n'empêche : elles ont démontré que le football africain est en mesure, aujourd'hui, de tutoyer les footballs les plus performants.

Cette entrée en scène n'est pas le fruit du hasard, et c'est peut être le plus grand enseignement à tirer de cette avant-campagne victorieuse.

Elle s'inscrit dans une dynamique globale impulsée par la nouvelle gouvernance de la CAF. Cette dynamique est régulièrement décriée par :

•Les médias français — ce que l’on peut comprendre : l’évolution positive du football africain peut créer un appel d’air pour les talents français d’origine étrangère, source principale des effectifs de l’équipe de France ;

•Le populisme de certains commentateurs africains que le changement dérange : il touche leurs intérêts immédiats et personnels et met en valeur leurs concurrents, souvent leurs successeurs.

Le football africain a changé de dimension.

Les récents excellents résultats des sélections du continent récompensent une profonde transformation structurelle, menée de main de maître par une Confédération africaine de football (CAF) bien décidée à regarder les autres continents les yeux dans les yeux. Ce renouveau repose d'abord sur une refonte des infrastructures.

La CAF a mis en place un cahier des charges d'homologation particulièrement strict. Dorénavant, chaque stade est passé au crible à travers 150 critères pointus (qualité de la pelouse, vestiaires, sécurité, éclairage, zones médias et médicales), dont huit sont totalement éliminatoires.

Loin d'être une simple formalité administrative, cette mesure a agi comme un véritable électrochoc culturel. En 2021, la CAF n'a pas hésité à suspendre 23 stades non conformes, sifflant ainsi la fin de la complaisance.

Le message est on ne peut plus clair : impossible de produire un spectacle de niveau mondial sur des terrains vagues ou dans des installations vétustes. Certes, le chantier reste immense. Sur les 54 pays membres, 22 ne disposent toujours pas d'une enceinte homologuée.

Des nations importantes sont obligées de délocaliser leurs matchs à domicile sur terrain neutre. C'est précisément ce niveau d'exigence qui change la donne : aujourd'hui, on ne cache plus la misère, on la mesure et on la combat.

Dans cette course à la modernisation, trois pays font la course en tête sur le continent : l'Afrique du Sud, avec 13 stades homologués ; le Maroc, 10 stades conformes ; et l’Algérie, qui dispose de 9 stades aux normes.

Il repose également sur une amélioration des finances de la CAF.

À cet égard, il est important de souligner que la CAN 2025, organisée au Maroc, a marqué un véritable point de bascule. La compétition est devenue la plus lucrative de l'histoire du football africain, générant une hausse spectaculaire de plus de 90% des revenus de la CAF par rapport à l'édition précédente.

Ce boom financier s'explique par l'arrivée de nouveaux sponsors de poids, une forte revalorisation des droits TV et une ouverture réussie vers de nouveaux marchés stratégiques, notamment en Chine et au Japon, tout en consolidant les diffuseurs européens traditionnels.

Résultat des courses : à la clôture de l'exercice 2024 2025, la CAF affichait une trésorerie record de 124,8 millions de dollars de réserves, soit un bond de 61%. Ces succès financiers ont bénéficié à tout le monde.

La CAF a doublé l'aide annuelle versée à ses fédérations membres, passant de 200 000 à 400 000 dollars. Elle a nettement amélioré les dotations financières dédiées aux compétitions.

La dotation pour la CAN masculine est passée de 5 millions de dollars au vainqueur en 2021 à 10 millions de dollars en 2025.

Le fait que cette CAN se soit déroulée dans un pays, le Maroc, en plein boom touristique, candidat à l’organisation de la prochaine Coupe du monde 2030 et déjà doté d'infrastructures ultramodernes, de stades aux normes FIFA et de transports ultra-performants, a constitué un avantage bascule sur lequel il convient de capitaliser.

Ce n’est pas tout : les résultats sont également au rendez-vous.

Dix pays africains sont qualifiés au Mondial. Leur bilan lors des phases de qualifications est impressionnant. Ils ont littéralement écrasé la phase de groupes, totalisant 142 points sur 180 possibles.

•Le Maroc a survolé les débats en restant invaincu (8 victoires, 2 nuls) et en affichant une solidité défensive impressionnante (seulement 3 buts encaissés en 10 matchs).

•Le Sénégal a rendu une copie tout aussi propre, bouclant son parcours sans la moindre défaite (7 victoires, 3 nuls) pour 22 buts marqués.

•La surprise est venue du Cap Vert, qui s'est payé le luxe de terminer en tête de son groupe devant le Cameroun, prouvant que la progression globale du continent ne se limite pas aux seuls cadors historiques.

Ces succès valident la professionnalisation des staffs techniques et une intégration de plus en plus réussie des talents de la diaspora. Cette réussite éclatante devrait faire l'unanimité. Malheureusement, certains observateurs et acteurs du milieu continuent de juger ces avancées à travers le prisme déformant de leurs rivalités nationales ou politiques.

Critiquer le travail de la CAF par simple patriotisme exacerbé ou à cause d'allégeances idéologiques est une erreur de jugement. Le ballon rond se moque des tensions géopolitiques : il ne récompense que le travail, le mérite et la rigueur de l'organisation. Le football africain a définitivement quitté l'antichambre du football mondial. Il évolue dorénavant en première division, même si c’est en bas de tableau.

Il est vrai que, sans fanfaronner, le Maroc joue un rôle de locomotive dans cette évolution. C’est peut être ce qui dérange. Il est devenu un véritable hub du football africain : siège du bureau régional de la FIFA pour l'Afrique, nouveau siège de plusieurs structures liées à la CAF, accueil régulier de compétitions continentales masculines et féminines.

Ce n’est pas le plus important.

Ce qui compte : l’ensemble du football africain progresse.

Ce football doit encore batailler pour se rapprocher du sommet, mais les bases solides jetées ces dernières années prouvent qu'il n'est plus là pour faire de la figuration. Les progrès s’enregistrent à tous les étages :

•Renforcement de la Ligue des champions CAF ;
•Développement du football féminin ;
•Création de l'African Football League ;
•Amélioration de la production télévisuelle ;
•Nouveaux accords de diffusion audiovisuelle.

La CAF investit dans le football scolaire, la formation des arbitres, les compétitions de jeunes et la qualité des retransmissions télévisées. Mais, et c’est bien dommage, certains dirigeants, au lieu de contribuer à cette dynamique, incitent leurs jeunes à l’arrogance et au manque de respect.

Les jeunes U17 sénégalais n’ont pas fait honneur à leur drapeau en se comportant comme des petits voyous. Mais sont-ils responsables ? En aucun cas : ils n’ont fait que reproduire ce qui leur a été inculqué par leurs éducateurs.

La période Motsepe Lekjaa coïncide avec les meilleurs résultats de l'histoire du football africain. Toutes les sélections participantes au mondial au Qatar ont au moins gagné un match lors des phases de groupe.

C’est une première. En 2030, dix pays participent, et on peut, sans risque de se tromper, prédire de très beaux parcours pour certains d’entre eux. En tout cas, on peut l’espérer, parce que, comme le dit l’adage, il vaut mieux espérer qu’attendre.

Par Bargach Larbi.



Lundi 8 Juin 2026



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