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Lire : Un art, une liberté




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Par Dr Samir Belahsen

Lire : Un art, une liberté

                   « Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu'un peu. Il nous faut naître par la chair et ensuite par l'âme. Les deux naissances sont comme un arrachement. La première jette le corps dans ce monde, la seconde balance l'âme jusqu'au ciel. »
                                                                                                                                                                                           Christian Bobin

“Dans l’écriture, la main parle ; et dans la lecture, les yeux entendent les paroles.”
                                                                                                                                                        Michaël Krüger / Histoires de famille
 
Les dictionnaires définissent la lecture comme une activité psychosensorielle qui vise à donner un sens à des signes graphiques recueillis par la vision et qui implique à la fois des traitements perceptifs et cognitifs.

Le premier verset du Coran à être révélé au prophète était :« Lis au Nom de ton Seigneur ! »

Le récit de cette révélation la détaille comme suit :

    • Lis !  
    • Je ne suis pas un lecteur
    • Lis !
    • Je ne suis pas un lecteur
    • « Lis au Nom de ton Seigneur ! Qui a créé… »

Ce récit me parait éloquent quant à l’injonction au messager de Dieu de lire.  

Les autres religions monothéistes sont des religions de livres. Dans le confucianisme, chez les bouddhistes et les taoïstes on retrouve cette notion de sacralité de l’écrit. 

La parole, pour accéder à un niveau de rigueur, de précision et de durabilité doit être écrite.  

Les plus grands discours qui ont marqué l’histoire ont dû être écrits pour accéder à la durabilité, souvent même avant d’être prononcés.   

De même, il est largement admis que la lecture sollicite l’esprit critique et l’esprit d'analyse et qu’elle améliore le tissu de connaissances de façon à essayer mieux comprendre les autres et à mieux approcher le monde. 

La lecture serait donc un moyen de construction des outils de compréhension et de reformulations des questions. Ce sont, bien entendu, les questions qui convoquent la pensée. 

Lire permet alors de mieux dire les choses, de mieux s’interroger et donc de mieux penser puis de mieux expliquer, argumenter et de mieux justifier…

Lire, c’est aussi un voyage vers l’autre…une ouverture.

C’est aussi s’évader et se détendre sans chercher la vraisemblance…s’échapper du monde sensé, rationnel et scientifique, pour la fantaisie, l’imagination, le rêve... 

« L’imagination est plus importante que le savoir » disait Einstein.

Beaucoup de parents de ma génération se posent des questions sur le fait que nos enfants ne lisent pas assez et qu’ils n’ont pas la même passion pour la lecture…

Sur le constat, quand je vois les statistiques des ventes de livres, je ne peux qu’adhérer et m’inquiéter. On accuserait alors les programmes scolaires, les professeurs, les parents, les médias…

Il faut cependant avouer que le livre a de nouveaux concurrents comme vecteur de la culture :

-La presse (papier ou électronique), une autre façon de lire plus abordable, plus facile et moins chère sinon gratuite. On en use et on en abuse…
-La télévision qui influence nos loisirs, notre savoir et notre culture. La multiplication des chaînes numériques diffusées par satellite donne maintenant accès à un grand choix de contenus. 
-Les réseaux sociaux où nous passons un temps fou à lire tout et n’importe quoi…
-Les plateformes Youtube, Netflix…On y retrouve les plus belles pièces de théâtre, des cours de toutes les disciplines, de la musique de tous genres, de grands films, des émissions de télé, des analyses politiques et aussi beaucoup de conneries, de mensonges et d’imprécisions.  

Si l’on considère le temps que nos jeunes passent à lire sur les réseaux sociaux, on s’apercevra qu’ils sont en fait de grands lecteurs. 

Le problème ne réside donc pas dans le nombre d’heures réservé à la lecture, il est dans la nature des contenus que ces nouveaux vecteurs véhiculent le plus. 

La médiocrité supposée des contenus reste à prouver et si j’ai moi-même souvent cette impression, je pense que le temps finira par faire son effet de sélection.

Nous nous sommes habitués à un monde ou les institutions culturelles et scolaires, les médias et la famille étaient les principaux agents d’influence dans la socialisation des jeunes. 

L’influence familiale était prépondérante. On a eu après l’influence grandissante des enseignants puis de la télévision avec ses différentes variantes.

Nous assistons aujourd’hui à une fulgurante ascension des médias sociaux et des influenceurs qui ont désormais un rôle et des effets sur les pratiques, les consommations et les goûts culturels des jeunes. 

La lecture a changé et changera encore, il revient à ceux qui écrivent de faire l’effort de s’adapter aux nouveaux vecteurs. Les natifs de l’ère numérique ont une nouvelle façon de lire.

Il reste que dans de telles transitions, le rôle de la politique culturelle des pouvoirs publics serait de soutenir l'art, la formation, la science et les médias pour assurer une naissance paisible de l’âme et l’harmonie des générations.

La soumission de la culture aux lois du marché ne peut qu’éroder l’ambition de démocratisation culturelle.

Rédigé par Dr Samir Belahsen


 





Jeudi 1 Septembre 2022

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