C’est dans cet écart entre discours et réalité que se situe aujourd’hui la question essentielle.
Ces chiffres ne traduisent pas seulement une baisse de la lecture.
Ils révèlent une fracture plus profonde : celle de l’accès au savoir.
Et si le problème n’était pas que les Marocains ne lisent pas…
Mais que nous continuons à penser le savoir à travers des formes qui ne correspondent plus à leur réalité ?
Le livre, tel que nous le connaissons, repose sur plusieurs conditions implicites : savoir lire couramment, maîtriser une langue donnée, disposer de temps et d’un espace dédié, avoir accès à une bibliothèque ou à une librairie.
Or, au Maroc, ces conditions ne sont pas réunies pour une grande partie de la population.
Le résultat est simple : le livre devient un objet distant, parfois inaccessible, souvent non utilisé.
Ce changement n’est pas technologique. Il est structurel. Il redéfinit la relation entre le citoyen et le savoir.
Et cette transformation n’est pas théorique. Elle existe déjà.
L’un des ouvrages de Wald Maâlam, « De l’aiguille au digital », est désormais disponible sous forme de livre conversationnel intelligent.
Il s’agit du premier livre intelligent marocain, permettant au lecteur — ou plutôt à l’utilisateur — de dialoguer avec le contenu, de poser des questions, d’explorer les idées, et d’accéder au savoir autrement.
Première rupture : le savoir sans déplacement.
Plus besoin de se rendre dans une bibliothèque, ni de s’inscrire dans un système formel. Le savoir devient accessible depuis un simple smartphone, à domicile, en mobilité, dans les zones rurales comme urbaines.
Deuxième rupture : le savoir sans lieu.
Dans un pays où les infrastructures culturelles sont inégalement réparties, le livre conversationnel intelligent introduit une idée décisive : le savoir n’est plus attaché à un espace physique. Il devient disponible partout.
Troisième rupture : le savoir à tout moment.
Le livre classique suppose du temps, de la concentration, une posture. Le livre conversationnel intelligent s’inscrit dans la vie quotidienne. Il peut être interrogé, écouté, mobilisé à tout instant.
Quatrième transformation : le smartphone change de statut.
Aujourd’hui largement diffusé, il est encore sous-utilisé comme outil de connaissance. Le livre intelligent en fait une véritable interface d’accès au savoir, transformant un objet de consommation en outil de construction intellectuelle.
Cinquième rupture : la langue.
La lecture classique impose une maîtrise linguistique souvent exigeante : arabe standard, tamazight, français, anglais.
Le livre conversationnel intelligent s’adapte à l’utilisateur.
Le citoyen n’a plus besoin de s’adapter au savoir. C’est le savoir qui s’adapte à lui.
Ce basculement dépasse la question de la lecture. Il pose celle de la souveraineté cognitive.
Un pays qui lit peu produit moins de connaissances, dépend davantage des contenus extérieurs et affaiblit sa capacité d’innovation. À l’inverse, un pays qui facilite l’accès au savoir renforce sa capacité à penser, à créer, à agir.
Au SIEL 2026, l’intelligence artificielle est omniprésente dans les discours. Mais elle reste absente des usages concrets du livre.
Le véritable enjeu n’est pas d’en parler. Il est de l’intégrer. La question n’est plus de savoir comment faire lire davantage.
La vraie question est ailleurs :
Comment permettre aux Marocains d’accéder au savoir, réellement, concrètement, dans leur langue, dans leur quotidien ? Le livre conversationnel intelligent n’est pas une évolution du livre.
Il en change la forme. Demain, le vrai problème ne sera pas que les Marocains ne lisent pas.
Le vrai problème sera que nous continuerons à leur proposer des formes de savoir qu’ils ne peuvent pas utiliser.
Refuser cette transformation, ce n’est pas défendre la culture. C’est organiser son exclusion.
ce n’est pas le lecteur qui a disparu… c’est la forme du savoir qui est devenue inadaptée.
Le Maroc doit choisir : préserver le livre… ou libérer l’accès au savoir.
Par Dr Az-Eddine Bennani.












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