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Lire sans lire : et si les Marocains changeaient enfin la forme du savoir ?


Wald Maâlam au SIEL 2026 de Rabat – Du livre au livre conversationnel intelligent : vers de nouveaux lecteurs et un accès universel au savoir.

Par Dr Az-Eddine Bennani – Wald Maâlam.

En sillonnant les allées du Salon International de l’Édition et du Livre (SIEL 2026) à Rabat, Wald Maâlam fait un constat simple, presque déroutant.

L’intelligence artificielle est partout… dans les discours. À chaque panel, à chaque table ronde, elle s’invite dans les échanges, présentée comme un levier majeur de transformation culturelle, éducative et économique.

Et pourtant, en parcourant les stands, en observant les usages, en regardant les livres, une réalité s’impose :
l’intelligence artificielle est absente des pratiques concrètes du livre. Elle est évoquée, commentée, parfois fantasmée. Mais elle n’est ni incarnée, ni expérimentée, ni mise à disposition du lecteur.



C’est dans cet écart entre discours et réalité que se situe aujourd’hui la question essentielle.

Selon les données du Conseil économique, social et environnemental, seuls 27 % des Marocains lisent des livres, tandis que près des deux tiers n’en achètent aucun dans l’année. Le Haut-Commissariat au Plan estime, quant à lui, que le temps consacré à la lecture ne dépasse pas deux minutes par jour.

Ces chiffres ne traduisent pas seulement une baisse de la lecture. 
Ils révèlent une fracture plus profonde : celle de l’accès au savoir.
Et si le problème n’était pas que les Marocains ne lisent pas… 

Mais que nous continuons à penser le savoir à travers des formes qui ne correspondent plus à leur réalité ?

Le livre, tel que nous le connaissons, repose sur plusieurs conditions implicites : savoir lire couramment, maîtriser une langue donnée, disposer de temps et d’un espace dédié, avoir accès à une bibliothèque ou à une librairie.

Or, au Maroc, ces conditions ne sont pas réunies pour une grande partie de la population.

Le résultat est simple : le livre devient un objet distant, parfois inaccessible, souvent non utilisé.

C’est dans ce contexte que Wald Maâlam propose une transformation radicale : le livre conversationnel intelligent. Non pas un livre que l’on lit, mais un livre avec lequel on échange.

Ce changement n’est pas technologique. Il est structurel. Il redéfinit la relation entre le citoyen et le savoir.

Et cette transformation n’est pas théorique. Elle existe déjà.
L’un des ouvrages de Wald Maâlam, « De l’aiguille au digital », est désormais disponible sous forme de livre conversationnel intelligent.

Il s’agit du premier livre intelligent marocain, permettant au lecteur — ou plutôt à l’utilisateur — de dialoguer avec le contenu, de poser des questions, d’explorer les idées, et d’accéder au savoir autrement.

Première rupture : le savoir sans déplacement.
Plus besoin de se rendre dans une bibliothèque, ni de s’inscrire dans un système formel. Le savoir devient accessible depuis un simple smartphone, à domicile, en mobilité, dans les zones rurales comme urbaines.

Deuxième rupture : le savoir sans lieu.
Dans un pays où les infrastructures culturelles sont inégalement réparties, le livre conversationnel intelligent introduit une idée décisive : le savoir n’est plus attaché à un espace physique. Il devient disponible partout.

Troisième rupture : le savoir à tout moment.
Le livre classique suppose du temps, de la concentration, une posture. Le livre conversationnel intelligent s’inscrit dans la vie quotidienne. Il peut être interrogé, écouté, mobilisé à tout instant.

Quatrième transformation : le smartphone change de statut.
Aujourd’hui largement diffusé, il est encore sous-utilisé comme outil de connaissance. Le livre intelligent en fait une véritable interface d’accès au savoir, transformant un objet de consommation en outil de construction intellectuelle.

Cinquième rupture : la langue.
La lecture classique impose une maîtrise linguistique souvent exigeante : arabe standard, tamazight, français, anglais.

Le livre conversationnel intelligent s’adapte à l’utilisateur.

Il comprend et s’exprime dans la langue quotidienne : darija, tamazight, variantes régionales.
Le citoyen n’a plus besoin de s’adapter au savoir. C’est le savoir qui s’adapte à lui.
Ce basculement dépasse la question de la lecture. Il pose celle de la souveraineté cognitive.

Un pays qui lit peu produit moins de connaissances, dépend davantage des contenus extérieurs et affaiblit sa capacité d’innovation. À l’inverse, un pays qui facilite l’accès au savoir renforce sa capacité à penser, à créer, à agir.

Au SIEL 2026, l’intelligence artificielle est omniprésente dans les discours. Mais elle reste absente des usages concrets du livre.
Le véritable enjeu n’est pas d’en parler. Il est de l’intégrer. La question n’est plus de savoir comment faire lire davantage.

La vraie question est ailleurs :

Comment permettre aux Marocains d’accéder au savoir, réellement, concrètement, dans leur langue, dans leur quotidien ? Le livre conversationnel intelligent n’est pas une évolution du livre.

Il en change la forme. Demain, le vrai problème ne sera pas que les Marocains ne lisent pas.
Le vrai problème sera que nous continuerons à leur proposer des formes de savoir qu’ils ne peuvent pas utiliser.

Refuser cette transformation, ce n’est pas défendre la culture. C’est organiser son exclusion.
ce n’est pas le lecteur qui a disparu… c’est la forme du savoir qui est devenue inadaptée.

Le Maroc doit choisir : préserver le livre… ou libérer l’accès au savoir.

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Mardi 5 Mai 2026

La rédaction

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