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Marchés publics : quand l’État passe à l’épreuve de la performance


Par Said Temsamani

Il fut un temps où la réforme des marchés publics se jouait dans le huis clos des textes et des formulaires. Une affaire d’experts, de délais et de signatures. Aujourd’hui, elle est devenue un enjeu politique majeur, un test de crédibilité pour l’État, un révélateur de sa capacité à transformer l’argent public en routes, en écoles, en hôpitaux — en réalité vécue.

C’est dans cet esprit que Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, a choisi de hisser la réforme des marchés publics au rang de priorité stratégique. Non comme un simple toilettage administratif, mais comme un chantier de souveraineté. Derrière les procédures, il voit un levier de performance publique, de justice territoriale et de confiance économique.



De l’État dépensier à l’État transformateur

Les chiffres impressionnent : des dizaines de milliards de dirhams engagés chaque année, une commande publique qui irrigue l’économie nationale. Mais Baraka pose la vraie question : dépensons-nous beaucoup ou dépensons-nous mieux ?

Pour lui, le marché public n’est plus un acte d’achat. C’est un acte de gouvernement. À travers lui, l’État choisit les territoires qu’il désenclave, les entreprises qu’il soutient, les innovations qu’il encourage. La réforme n’est donc pas financière, elle est philosophique : passer de la logique de la dépense à celle de la performance.

Un chantier livré à temps vaut plus qu’un budget consommé à 100 %. Une école ouverte vaut plus qu’un crédit épuisé.

Le litige, symptôme d’un mal en amont

Dans son diagnostic, le ministre pointe une réalité souvent occultée : la plupart des conflits naissent avant même la signature du contrat. Mauvaise définition des besoins, cahiers des charges imprécis, critères flous…

Le litige n’est pas un accident, c’est une conséquence. Chaque contentieux est une double peine : pour l’administration, qui voit ses projets bloqués, et pour les territoires, qui attendent. Un procès qui dure des années, c’est une route qui n’existe pas, un hôpital qui tarde, une région qui stagne. D’où l’insistance de Baraka sur une approche préventive : mieux penser avant de contracter, mieux cadrer avant de signer.

Numériser pour rassurer

La digitalisation est au cœur de sa stratégie. Non comme un gadget technologique, mais comme un outil de gouvernance. Traçabilité, transparence, suivi des procédures : le numérique réduit l’opacité et renforce la confiance.

Demain, l’intelligence artificielle pourrait même aider à évaluer les offres, détecter les anomalies et anticiper les risques. Une technologie au service de l’intégrité et de l’efficacité, pas de l’arbitraire. Dans une économie qui cherche à attirer l’investissement, la clarté des règles est un capital aussi précieux que l’argent.

Moins de procès, plus de solutions

Baraka plaide aussi pour une culture du règlement amiable. Médiation, conciliation, dialogue : autant de voies pour éviter que le désaccord ne devienne un chantier mort.

Car chaque litige judiciarisé est un projet gelé. Et un projet gelé est toujours payé par le citoyen. Un État fort n’est pas celui qui multiplie les procès, mais celui qui sait les éviter.

Réformer les textes, changer les esprits

Décrets, plateformes numériques, guides juridiques : tout cela est nécessaire. Mais le ministre le sait : la vraie réforme est humaine. Former les cadres, dialoguer avec les juges, partager la jurisprudence, responsabiliser les décideurs — c’est là que se joue le succès.

La commande publique n’est pas une formalité. C’est un engagement moral de l’État envers ses citoyens.

La bataille de la confiance

Au fond, le combat de Nizar Baraka sur les marchés publics est un combat pour la confiance. Confiance des citoyens dans l’usage de leur argent. Confiance des entreprises dans l’équité des règles. Confiance des territoires dans la promesse de développement.

C’est dans la qualité des chantiers livrés, plus que dans la quantité des budgets votés, que se jouera la crédibilité de l’État moderne.

Par Said Temsamani 



Mardi 20 Janvier 2026

La rédaction

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