Mais cette volonté de tout faire pour éviter toute surprise dérange.
En effet le vivier de ressources dont bénéficie l’Europe est essentiellement composé de talents africains et ces talents risquent, dans un avenir proche, de détourner leur regard à cause d’un double phénomène :
1.Une rupture de confiance des talents binationaux à l’égard de leurs pays d’adoption, notamment en France. Les tensions identitaires sont sérieuses et provoquent même des émeutes, inutiles et stupides, en France, au lendemain des matchs des sélections africaines
2.Le développement d’un autonomie technique et sportive des nations africaines, grâce à des dynamiques structurelles : infrastructures, écoles de formations etc. Le Maroc est le porte-drapeau de cette évolution. Elle est engagée depuis 2008.
En effet certains français pensent que l’équipe de France ne représente pas la population française et ce malgré les succès engendrés par le collectif blanc, black, beur de 1998, célébré par tous les médias du monde.
C’est une minorité, peu influente, mais elle a le vent en poupe. Elle se recrute auprès des militants du Rassemblement National ou de Conquête. Zemmour, le Président de ce dernier mouvement, n’a pas hésité à qualifier l’équipe de France « d’équipe africaine ». Ce discours fait mal et provoque un repli identitaire sérieux chez les joueurs concernés.
Ça leur donne forcément à réfléchir. Il convient toutefois, à ce stade, de noter que ce discours est loin d’être partagé par la fédération française qui continue à investir dans ses communautés d’origines étrangères.
France et Maroc sont aux avant-postes des prémices d'un renversement de la hiérarchie du football mondial.
1.La supériorité intrinsèque du football européen est-elle réelle ou importée ?
2.L’émergence du football africain est-elle autonome ou soutenue par une formation européenne ?
La réponse n'est pas simple mais on peut dire pour la première question que la France bénéficie d’un « dividende colonial » footballistique qui lui a permis de former et d’intégrer des talents issus de l'immigration et qu’elle continuera à en bénéficier.
On peut dire aussi que les joueurs binationaux, en rencontrant un projet sportif, (le cas du Maroc) seront de plus en plus tenté par le refuge identitaire et émotionnel que leur procure le choix du pays de leur parents.
Mais il faudra plus. La stratégie marocaine est excellente et devra être inspirante, au lieu d’être combattue par les médias des pays africains sans stratégie autre que le dénigrement. Elle est basée sur le développement des infrastructures, la formation des élites et la détection des talents de la diaspora.
Le Complexe Mohammed VI et l'Académie Mohammed VI ne sont pas de simples terrains de foot : ce sont des investissements d'État massifs visant à court-circuiter la dépendance envers les centres de formation européens.
La « politique de détection précoce » inverse le flux migratoire du football. Auparavant, l'Europe détectait en Afrique ou au sein de ses communautés africaines ; aujourd'hui, le Maroc utilise sa diaspora hautement formée en Europe (Espagne, France, Pays-Bas) pour rapatrier le savoir-faire occidental au service d'une nation du Sud.
Ce croisement entre expertise de la diaspora et infrastructures locales crée un modèle autonome et compétitif. Est-ce qu’il renversera les hiérarchies ? C’est possible mais ça va prendre du temps.
En 2018, j’ai modéré, lors d'une conférence au sein de Attijariwafa bank, un débat sur le football. Il était animé par l’excellent historien du sport Paul Dietschy. Il m’a dit que « les hiérarchies du football mettent des décennies à se renverser, mais elles suivent toujours les bascules de pouvoir réelles. Le déclin démographique européen, compensé par l'arrivée de populations d'origine étrangère, combiné à la fermeture politique de l'Occident crée une « fuite des cerveaux inversée » au profit d'un continent africain en pleine explosion démographique et en phase de professionnalisation accélérée ». C’est ce que nous vivons actuellement sous l’impulsion de l’équipe des Lions de l’Atlas.
Si la France remporte le match des quarts, elle le fera avec une structure mentale et politique fragilisée, quelque soit le score. À cet effet, il faut espérer arbitrage équitable. Il faut dire qu'il est très discutable depuis le début de ce mondial. Si le Maroc rivalise ou l'emporte, il valide l’idée que son modèle fonctionne. Il renforce ceux qui ont choisi la même stratégie, à savoir le Sénégal, le Nigeria ou le Cap-Vert par exemple.
Si l’édition 2026 n'est pas celle où le Sud Global prendra le pouvoir, c'est l'année où il prouvera qu'il pourra y aspirer bientôt. Tout le monde en convient.
Face à une Europe crispée sur ses identités et qui en plus fragilise son propre vivier, le Maroc se dresse en confiance. Il investit et capitalise sur sa diaspora, qui peut lui reprocher ? Il s’inscrit dans une tendance de fond qui consiste à concurrencer, avec de nouveaux atouts, l’axe dominant.
Il est bien seul, malgré une réelle avancée globale, mais espère être de mieux en mieux accompagné, l'Égypte, le Cap Vert, la Côte d’Ivoire ou le Congo l'ont démontré.
Les autres continuent à souffrir d'une gouvernance défaillante, polluée par la politique. Le Sénégal est un vrai gâchis, l'Algérie, le Ghana, l'Afrique du Sud nous doivent, en tant qu’Africain, une revanche. La Tunisie aurait été inspirée de passer son tour comme le Cameroun ou le Nigeria.
Dima Maghrib.












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