Le secteur informel reste un pilier discret mais déterminant de l’économie marocaine. Selon des données officielles relayées récemment, sa part dans la valeur ajoutée nationale hors agriculture recule, passant de 15 % en 2014 à 10,9 % en 2023. Une baisse qui ne signifie pas disparition : l’informel se transforme, se recompose et continue d’absorber une main-d’œuvre considérable.
Formaliser sans casser : le dilemme public
Cette évolution tient à plusieurs facteurs. L’économie marocaine a connu des modernisations sectorielles, une progression de certaines activités formelles et une intensification des chaînes de valeur structurées, ce qui peut mécaniquement réduire la part relative de l’informel. Mais l’informel, lui, ne reste pas immobile : il se fragmente, se déplace, parfois se numérise via des canaux de vente et de livraison, tout en conservant ses caractéristiques de base, notamment l’absence ou la faiblesse de couverture sociale, la fiscalité limitée, et une productivité souvent inférieure à celle du formel.
Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est d’éviter deux pièges. Le premier serait de considérer l’informel comme un simple « manque à gagner » fiscal : on oublierait alors son rôle d’amortisseur social et d’accès à l’emploi pour des populations vulnérables. Le second serait de le tolérer indéfiniment : cela entretient la concurrence déloyale, freine l’investissement, et perpétue la précarité. La formalisation, lorsqu’elle réussit, repose sur un équilibre : simplification administrative, incitations, accès au financement, formation, protection sociale progressive, et contrôle ciblé sur les pratiques les plus dommageables.
La baisse de la contribution à la valeur ajoutée peut donc être un signal encourageant, mais elle ne suffit pas à elle seule à raconter la réalité. La question décisive est la qualité de l’emploi, la productivité et l’intégration graduelle de ces activités dans un cadre qui protège davantage sans étouffer.












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