Pour comprendre l’enjeu, il faut d’abord saisir la place qu’occupe Nornickel sur la scène minière mondiale. Premier producteur de nickel et de métaux précieux russes, l’entreprise dirigée par Vladimir Potanin est au cœur de chaînes logistiques sensibles à l’évolution des marchés européens et asiatiques. Aujourd’hui presque intégralement dépendant des ports européens pour acheminer ses produits vers ses principaux clients, l’entreprise explore désormais des alternatives robustes, dont des ports nord-africains comme Tanger Med au Maroc.
Cette réflexion stratégique s’inscrit dans un paysage mondial où les routes classiques transitant par l’Europe sont parfois perturbées, que ce soit par des sanctions internationales, des congestions portuaires ou encore des pressions géopolitiques. Dans ce contexte, chercher des hubs alternatifs est moins une lubie qu’une nécessité économique pour sécuriser les exportations de nickel, palladium, cuivre ou autres métaux essentiels.
Du côté marocain, Tanger Med n’est pas un port anodin. Ce complexe maritime, déjà considéré comme l’un des plus actifs en Méditerranée et en Afrique, a traité plus de 10,24 millions de conteneurs en 2024, soit une croissance d’environ 18,8 % par rapport à l’année précédente. Ces chiffres ne sont pas que des courbes abstraites : ils reflètent une dynamique profonde qui alimente l’ensemble de l’économie nationale, nationale mais aussi régionale, en captant des flux de marchandises entre l’Europe, l’Asie et le continent africain.
Au Maroc, près de 95 % des échanges commerciaux passent par les ports, soulignant leur rôle irremplaçable dans l’intégration du pays aux chaînes de valeur mondiales. Cela signifie que chaque projet logistique d’envergure, notamment par des acteurs internationaux, est suivi de près par les industriels, distributeurs, transporteurs et autorités publiques.
Ce n’est donc pas surprenant si Tanger Med ne cesse d’étendre ses capacités, avec des investissements estimés à plusieurs milliards de dirhams pour 2026-2028 visant à digitaliser et optimiser ses opérations, doubler le trafic routier international et créer de nouvelles plateformes logistiques. Cet élan est renforcé par d’autres projets structurants comme Nador West Med, dont la mise en service est prévue fin 2026 et qui promet une capacité de plusieurs millions de conteneurs, consolidant ainsi le Maroc comme un hub logistique de premier plan.
Pour les acteurs comme Nornickel, cette combinaison d’infrastructures modernes, de position stratégique au carrefour de l’Atlantique et de l’économie méditerranéenne, et de volonté d’intégration dans les corridors mondiaux, constitue une opportunité à ne pas négliger.
Mais attention : pour l’instant, le projet reste à l’état d’étude. Aucun investissement concret n’a été officialisé. Pourtant, son simple éventualité envoie un signal fort. Elle illustre le repositionnement du Maroc non seulement comme plateforme régionale de transit, mais comme un acteur capable de réinventer les routes du commerce mondial, à la croisée des intérêts économiques africains, européens et asiatiques.












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