Une comparaison qui interpelle.
En 2025, le Vietnam compte environ 102 millions d'habitants contre 37 millions pour le Maroc. Son produit intérieur brut dépasse désormais 500 milliards de dollars, contre près de 195 milliards de dollars pour le Royaume.
Plus impressionnant encore, les exportations vietnamiennes atteignent près de 475 milliards de dollars par an, alors que les exportations marocaines avoisinent 68 milliards de dollars.
Le Vietnam attire chaque année plus de 38 milliards de dollars d'investissements directs étrangers, principalement dans les secteurs industriels et technologiques.
Ces performances démontrent qu'une stratégie cohérente et maintenue dans le temps peut profondément transformer le destin économique d'une nation.
Première leçon : une vision stratégique de long terme.
La principale force du Vietnam a été sa capacité à maintenir le même cap pendant près de quarante ans. Le Maroc dispose lui aussi d'une vision claire à travers le Nouveau Modèle de Développement, les stratégies sectorielles et les grands chantiers structurants engagés sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Le défi consiste aujourd'hui à poursuivre les réformes avec la même constance et la même ambition sur le long terme.
Deuxième leçon : faire de l'industrie le moteur principal de la croissance.
Les plus grandes multinationales mondiales, notamment Samsung, LG, Intel, Foxconn et Canon, y ont installé des unités de production destinées aux marchés internationaux.
L'industrie manufacturière est devenue le principal moteur de croissance, d'exportation et d'emploi.
Le Maroc a déjà réalisé des avancées considérables dans l'automobile, l'aéronautique, les phosphates transformés et les énergies renouvelables. L'étape suivante consiste à renforcer davantage l'intégration industrielle locale, développer les écosystèmes de sous-traitance nationale et accroître la valeur ajoutée produite sur le territoire marocain.
Troisième leçon : attirer massivement les investissements productifs.
Le Maroc dispose d'atouts majeurs :
- une stabilité politique reconnue ;
- une position géographique exceptionnelle ;
- des accords de libre-échange avec plusieurs grands marchés ;
- des infrastructures modernes.
Toutefois, dans un contexte mondial fortement concurrentiel, l'amélioration continue du climat des affaires, la simplification administrative et la réduction des délais d'investissement demeurent essentielles pour franchir un nouveau palier.
Quatrième leçon : investir dans les infrastructures stratégiques.
Ports, routes, zones industrielles et plateformes d'exportation ont constitué des leviers essentiels de compétitivité. Dans ce domaine, le Maroc dispose déjà d'avantages considérables.
Tanger Med est devenu le premier port à conteneurs d'Afrique et de la Méditerranée avec plus de 10 millions de conteneurs traités annuellement.
Le développement de Nador West Med, l'extension du réseau autoroutier, la ligne à grande vitesse et les infrastructures prévues dans le cadre de la Coupe du Monde 2030 renforcent encore davantage l'attractivité du Royaume.
L'enjeu est désormais d'assurer une meilleure connexion entre les territoires afin que l'ensemble des régions bénéficie de cette dynamique.
Cinquième leçon : développer une économie tournée vers l'exportation.
Ses exportations représentent plusieurs fois celles du Maroc et concernent des secteurs diversifiés : électronique, équipements informatiques, télécommunications, textile, machines industrielles et produits manufacturés.
Le Maroc a déjà construit des filières exportatrices performantes. Cependant, de nouvelles opportunités apparaissent dans :
- les batteries électriques ;
- l'industrie automobile du futur ;
- l'hydrogène vert ;
- les technologies propres ;
- l'industrie pharmaceutique ;
- les services numériques à forte valeur ajoutée.
Le Royaume dispose de tous les atouts pour devenir une plateforme industrielle et logistique de premier plan reliant l'Europe, l'Afrique et le monde arabe.
Sixième leçon : faire de l'emploi l'objectif central des politiques publiques.
Le Maroc est aujourd'hui confronté à un défi majeur : faire en sorte que la croissance bénéficie davantage aux citoyens, notamment aux jeunes. L'emploi doit devenir un indicateur stratégique au même titre que la croissance économique ou l'investissement.
Cela implique :
- le soutien renforcé aux TPME ;
- la promotion de l'entrepreneuriat ;
- le développement de l'industrie légère créatrice d'emplois ;
- la valorisation de l'économie sociale et solidaire ;
- l'intégration progressive du secteur informel dans l'économie organisée ;
- le renforcement des liens entre formation et besoins du marché du travail.
L'émergence économique ne peut être considérée comme réussie que lorsqu'elle améliore concrètement le niveau de vie des citoyens.
Un avantage majeur : la transition énergétique marocaine.
Les investissements dans le solaire, l'éolien, l'hydrogène vert, le dessalement de l'eau de mer et les infrastructures hydrauliques préparent le pays aux défis du XXIe siècle. Cette avance peut devenir un puissant moteur d'attractivité industrielle et un facteur de compétitivité durable.
En conclusion : l'expérience vietnamienne démontre qu'il n'existe pas de miracle économique sans vision de long terme, sans industrie compétitive, sans infrastructures performantes, sans ouverture sur les marchés internationaux et sans priorité accordée à l'emploi.
Le Maroc dispose aujourd'hui de nombreux atouts : stabilité institutionnelle, infrastructures de classe mondiale, position géographique exceptionnelle, potentiel énergétique considérable et ambition affirmée de devenir une puissance économique régionale.
La question n'est donc pas de reproduire le modèle vietnamien, mais d'en tirer les enseignements afin de construire un modèle marocain d'émergence adapté à nos réalités, à nos ambitions et à nos spécificités.
À l'horizon 2045, le Royaume peut légitimement aspirer à rejoindre le cercle des grandes économies émergentes de la Méditerranée et de l'Afrique.
Pour y parvenir, la croissance devra être davantage industrielle, davantage exportatrice, davantage créatrice d'emplois et davantage inclusive.
Le Vietnam nous rappelle qu'aucune trajectoire de développement n'est hors de portée lorsqu'une nation se fixe un cap clair, mobilise ses ressources et persévère dans l'effort de réforme.
Rédigé par Abdelghani El Arrasse - Économiste et membre de L’AEI.












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