Pour situer le contexte : au 29 décembre 2025, les réserves nationales s’élevaient à environ 6,377 milliards de m³. En l’espace d’une seule semaine, la pluie a redonné à nos réservoirs près de 746 millions de m³ supplémentaires un signal fort que l’épisode climatique que nous venons de traverser a été plus généreux qu’à l’accoutumée dans certaines zones.
Pourtant, au-delà des chiffres, cette embellie cache des réalités contrastées, qui interpellent tout autant qu’elles rassurent.
Un Nord et un Centre mieux arrosés
Les bassins du Loukkos et du Sebou tirent le plus clairement leur épingle du jeu comme si la météo avait voulu donner un bol d’air à nos cœurs économiques les plus actifs. Le bassin du Loukkos enregistre un taux de remplissage de 61,9 %, soit 1,183 milliard de m³ stockés, avec plusieurs barrages affichant des niveaux proches de leur capacité maximale, notamment Charif El Idrissi, Chefchaouen et Nakhla à 100 %, ainsi qu’Oued El Makhazine à 98 %.
Du côté du Sebou, qui alimente en eau potable et irriguée une grande partie de l’agro-industrie nationale, la situation s’est également nettement améliorée. Les retenues y atteignent 2,845 milliards de m³ avec un taux de 51,2 %, porté par des barrages comme Bouhouda (100 %), Allal El Fassi (99 %) ou encore Bab Louta (89 %).
Ces chiffres sont plus que de simples statistiques : ils illustrent comment les pluies peuvent, par vagues successives, recharger nos « poumons bleus » ces infrastructures qui nourrissent nos champs, nos industries et nos villes.
Bourgreg et Tensift : stabilité et progression
Autre bonne nouvelle dans le paysage hydrique : le bassin du Bouregreg frôle la saturation avec 93,6 % de remplissage (1,013 milliard de m³), renforcé par le barrage Sidi Med Ben Abdellah, essentiel pour l’alimentation en eau potable de l’axe Rabat-Casablanca, qui frôle les 98 %.
Le bassin du Tensift n’est pas en reste, affichant une progression notable avec 65,3 % et 148,5 millions de m³, soutenu notamment par les barrages Mly Abderrahmane (100 %) et Abou Abbass El Sabti (73 %).
Ces améliorations, dans des zones densément peuplées et économiquement actives, sont cruciales pour la vie quotidienne de millions de Marocains, mais elles ne doivent pas faire oublier que l’endettement hydrique du Royaume reste un défi de taille.
Des disparités persistantes
Plus au sud, les chiffres racontent une autre histoire. Le bassin de la Moulouya est à 32,5 % de remplissage avec 233,3 millions de m³, montrant une amélioration modérée mais continue. Le barrage Mohammed V est à 37 %, tandis que Mechraa Homadi dépasse 65 %.
Dans le Guir–Ziz–Rhéris, les réserves totalisent 302,1 millions de m³ (soit 56,2 %) grâce à l’apport du barrage Hassan Addakhil, qui approche 70 % de capacité. Cependant, le bassin du Drâa–Oued Noun, plus fragile, ne s’élève qu’à 29,6 % avec 310,5 millions de m³, et ses barrages Mansour Dahbi (35 %) et Agdez (34 %) reflètent une situation encore précaire.
Et puis, il y a les zones sous tension, comme l’Oum Er-Rbia, qui reste en dessous des attentes avec 15,7 % de remplissage (782,2 millions de m³), malgré de bonnes performances sur certains ouvrages secondaires; ou encore le bassin du Souss-Massa, à 41,7 %, où les barrages Moulay Abdallah (98 %) et Aoulouz (82 %) ne parviennent pas à effacer un déficit structurel de longue date.
Une embellie fragile et une leçon climatique
Ce tableau global montre une vérité nuancée. Oui, les pluies ont apporté un répit bienvenu. Oui, certains bassins sourient à nouveau. Mais ces améliorations rapides ne sauraient effacer des années de sécheresse, de surexploitation et de stress hydrique chronique, comme le confirment diverses analyses sectorielles. Il ne suffit pas d’une seule saison généreuse pour garantir la sécurité hydrique à moyen et long terme.
Ce que nous apprend cette progression rapide mais contrastée c’est la nécessité d’une gestion plus rationnelle de l’eau, d’une accélération des projets structurants (dessalement, interconnexions de bassins, réutilisation des eaux usées) et d’une adaptation proactive face au changement climatique. Des pistes déjà évoquées par les autorités, mais qui doivent maintenant se traduire en actes concrets durables.
Car si le Maroc a su tirer parti des pluies récentes, il reste encore des défis hydriques majeurs, tant pour l’agriculture que pour l’approvisionnement des villes défis qui appellent une vision intégrée, solidaire et orientée vers l’avenir.












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