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Ministres sur le terrain ? Non, ce n'est pas un fantasme, mais une nécessité


Par Aziz Boucetta.

Tout est politique, a-t-on coutume de dire… et on a raison de le répéter car dans une société organisée, il existe des règles et ces règles évoluent en fonction des réalités sociales et des revendications et besoins des populations. Et donc, de fait, tout ce qui se produit dans un territoire, un espace, une société quelconques, est forcément politique. Sauf au Maroc, semble-t-il… mais semble-t-il seulement…

Dans une déclaration à l’issue du Conseil de gouvernement de ce mercredi 11 février, le ministre de l’Eau et de l’Equipement Nizar Baraka a indirectement et élégamment répondu aux critiques sur l’absence des personnels et responsables politiques sur le terrain des inondations et des évacuations de populations dans le nord du royaume.

Il a dit ceci : « Notre ministère était pleinement mobilisé durant ces épisodes, et tous les responsables ont abondamment communiqué . (…) La situation nécessitait la présence des experts en première ligne et d’éviter toute interprétation politique : l’objectif est de fournir une information fiable et objective, sans polémique ».

Une réponse de technocrate.



Bien des supports médias, dont celui-ci, ont critiqué l’absence des dirigeants politiques aux côtés des populations sinistrées de Ksar el-Kébir.

M. Baraka, ministre de tutelle, chef du parti de l’Istiqlal et député de Larache, est donc triplement concerné, en sa qualité de ministre chargé de l’Eau et de l’Equipement, et donc du barrage voisin de Oued al-Makhazine, en sa qualité de député élu (même si son suppléant le remplace dans l’hémicycle), et en sa qualité de chef de parti.

Toute interprétation polémique de sa présence sur les lieux aurait été malvenue et d’une criante mauvaise foi.

Et quand bien même polémique il y aurait eu, Nizar Baraka aurait sans doute dû braver ce risque et aller au-devant des critiques, étant entendu qu’un homme politique de ce niveau et de son envergure doit prendre des risques, est amené à s’exposer. Sauf empêchement inconnu du grand public…

Il y a une différence entre une action/présence politique aux côtés des sinistrés et une parade spectaculaire devant les médias ; le calibrage des sorties publiques des personnels politiques fait, aussi, partie de leurs fonctions.


De là, posons la question : les élections sont-elles politiques ? On répondra invariablement, et logiquement, oui.

Ministres sur le terrain ? Non, ce n'est pas un fantasme, mais une nécessité
Or, la politique étant aussi la gestion des affaires publiques, comment dissocier les deux ? Comment expliquer, le jour de la campagne électorale venue, une absence à un moment aussi crucial que celui d’une évacuation face à un événement catastrophique ?

Il est vrai que les Marocains ne sont pas habitués à voir leurs responsables politiques en cas de survenue d’une tragédie, d’un drame ; mais c’est peut-être là la raison de leur désaffection électorale. Puisque c’est le ministère de l’Intérieur qui gère les affaires en cas de problème, pourquoi voter alors ? s’interrogent les populations.

On connaît la réponse, et cette réponse se reflète clairement dans les taux de participation électorale.

Il y avait une certaine satisfaction de voir le député-maire de Ksar el-Kébir Mohamed Simou arpenter les rues inondées de la ville pour exhorter les populations, ses administrés, à évacuer et à se conformer aux ordres des autorités allant dans ce sens.

Il est vrai qu’il est tombé dans le piège populiste et l’excès logorrhéique… encore une question de calibrage ! Mais malgré cela, on n’a pas assisté à une grosse polémique suite à la sortie de l’élu sur le terrain. Au contraire…


Ce qui vaut pour M. Baraka vaut aussi pour le chef du gouvernement Aziz Akhannouch qui, lui aussi, devait se déplacer sur le terrain.

En cas de malheur, les gens aiment bien voir des responsables ; cela rassure, cela peut consoler, cela doit commencer à s’installer dans les mœurs politiques, mais cela ne l’est absolument pas.

Le relever et le critiquer ne relève pas du fantasme, comme le dit mon ami et confrère Adnane Benchekroun de l’Istiqlal, mais du réalisme.

Prendre comme il le fait exemple sur les Etats-Unis est inexact car il s’agit d’une fédération où les Etats ont un rôle prééminent sur le fédéral ; en revanche, oui, on voit ou on a vu le ministre français de l’Eau se matérialiser sur les lieux des inondations du Pas-de-Calais en 2023, le premier ministre espagnol dans le sud du pays sous les eaux la semaine dernière, la première ministre italienne en Sicile en 2026 pour le glissement de terrain, le ministre italien des Infrastructures en 2023 pour les inondations en Emilie-Romagne, des ministres indiens, japonais, etc…
 

Considérer les reproches médiatiques à l’inacceptable absence des ministres et de leur chef sur le terrain comme un fantasme ou une versatilité éditoriale comme le fait le camarade Adnane Benchekroun relèverait plutôt d’une volonté désespérée de justifier l’injustifiable, d’imposer l’idée de la prééminence stratégique des ministres qui dirigent à partir de leurs bureaux rbatis, alors qu’on sait bien, qu’il sait bien que c’est le département d’Abdelouafi Laftit qui a la main sur la conduite des opérations de secours et d’évacuation.

Voir le wali de Rabat-Salé-Kenitra arpenter les lieux inondés et observer in situ les lits des fleuves n’est pas du « spectacle » ou du « bruit », mais de l’action utile combinée à la nécessaire communication.

On ignore la raison pour laquelle les ministres et leur chef se cramponnent à leurs bureaux dans la capitale, mais on sait qu’un politique qui ne prend pas de risque, qui ne s’expose pas, qui n’avance pas par moments à découvert, qui ne brave pas l’interdit ou le déconseillé… est un politique qui n’a pas la main sur son destin et sa destinée, espérant à l’infini ce qui pourrait hypothétiquement arriver un jour… 


En politique, veiller invariablement à éviter le faux-pas est un faux-pas.

Et, pour finir, reprenons cette expression de l’ami Adnane, « l’État n’est pas un influenceur. Le ministre n’est pas un figurant. Et une catastrophe naturelle n’est pas un plateau de débat ».


L’Etat n’est certes pas un influenceur mais sa conduite des événements influence ; les ministres sont, bien malheureusement dans notre pays et considérant leur comportement, de simples figurants face à leur collègue de l’intérieur ; et si la catastrophe n’est pas un lieu de débat, elle est un révélateur des engagements de nos politiques.

Aussi, après la colère des jeunes, face au manque de confiance dans les politiques, et considérant la transversalité de la société et sa séparation, sa quasi rupture avec la sphère politique… rendez-vous en septembre.
 

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA




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