Je vais être direct.
Dès ma thèse de doctorat soutenue à la Sorbonne en 1998, j’ai proposé une rupture conceptuelle claire.
Face au paradoxe formulé par Robert Solow, j’ai montré que le problème n’était pas l’informatique elle-même, mais la manière dont on la pense. On la considérait comme un outil. Je l’ai pensée comme un système complexe.
Ce déplacement est décisif. Il consiste à considérer la solution informatique comme un ensemble d’interdépendances — techniques, organisationnelles, humaines, culturelles — dont les effets ne peuvent être ni isolés, ni linéaires, ni immédiatement mesurables.
Ce que l’économie classique ne voyait pas, ce n’était pas l’absence d’effet, mais l’incapacité à appréhender la nature systémique du phénomène. Mais un concept n’existe réellement que lorsqu’il peut être mis en œuvre.
C’est pourquoi j’ai associé à cette pensée systémique un modèle de représentation du système, permettant de rendre cette complexité intelligible et surtout opérationnelle.
Le modèle est un outil.
C’est une méthode : celle qui consiste à penser avant de produire. Aujourd’hui, les mots « système », « systémique », « écosystème », « architecture » sont omniprésents. Ils structurent les stratégies d’intelligence artificielle, les politiques publiques, les discours académiques, au Maroc comme ailleurs.
Mais ils sont utilisés sans mémoire, et souvent sans compréhension. Je n’ai jamais revendiqué être l’inventeur d’un mot. Je n’ai jamais dit : « j’ai inventé le modèle » ou « j’ai inventé le système ».
Pourquoi ? Parce que la posture du Maâlam est ailleurs. Le Maâlam construit, transmet et laisse les autres utiliser. Mais ne pas revendiquer ne signifie pas accepter l’effacement.
Car derrière ces mots aujourd’hui banalisés, il y a une architecture intellectuelle. Une manière de penser le numérique — et désormais l’intelligence artificielle — dans toute sa complexité.
Penser systémique, ce n’est pas empiler des technologies.
C’est exactement ce que j’ai posé dès 1998. Aujourd’hui, cette pensée est reprise, diffusée, simplifiée, parfois déformée. Elle est devenue un langage courant. Mais une idée banalisée sans être comprise devient une idée vide. La véritable question n’est donc pas : qui a inventé le modèle ?
La véritable question est : qui a construit une manière de penser capable de structurer notre compréhension de l’intelligence artificielle ?
Et surtout : que faisons-nous de cette manière de penser aujourd’hui ? Je ne revendique pas une reconnaissance personnelle. Je rappelle une exigence intellectuelle.
Car ce qui compte, ce n’est pas d’utiliser les mots.
C’est de comprendre ce qu’ils portent. Je formule un vœu simple : que cette pensée systémique soit pleinement comprise, et surtout mise en œuvre concrètement — au Maroc, en Afrique et ailleurs — dans la conception des systèmes d’intelligence artificielle.
Car une idée ne vaut que par ce qu’elle transforme. Et je terminerai par une question, que je pose sans détour.
Si l’on ne rappelle pas la paternité du système à son inventeur, est-ce parce qu’il est Wald Maâlam ? Ou parce qu’il est marocain ? Ou peut-être parce qu’il est les deux ? Et si Wald Maâlam était américain, sa paternité aurait-elle été oubliée ?
Par Dr Az-Eddine Bennani.












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