Le constat est implacable.
Ses conséquences sont déjà visibles. En cinq ans, près de 40 000 hectares d’agrumes ont été perdus. La pression sur le cheptel s’est intensifiée, les coûts des aliments pour bétail ont flambé et les prix ont suivi la même trajectoire ascendante.
Mais le diagnostic le plus préoccupant concerne les nappes phréatiques. Les prélèvements annuels atteignent 5,4 milliards de m³, alors que la capacité d’exploitation durable ne dépasse pas 2,2 milliards.
Nous consommons donc près de deux fois et demie le rythme naturel de renouvellement. Cette surexploitation n’est pas seulement un indicateur technique : elle constitue un signal d’alarme stratégique.
Et pourtant, le Maroc vient de vivre un spectaculaire retournement hydrique.
En l’espace de quatre ans, le pays est passé d’un déficit de 85 % à un excédent de 130 %. Cette alternance brutale entre pénurie et abondance marque l’entrée du Maroc dans l’ère des phénomènes climatiques extrêmes.
Les infrastructures ne sont plus seulement appelées à gérer la rareté, mais aussi les crues et les excès. La planification agricole, quant à elle, doit désormais composer avec une incertitude structurelle.
Dans ce contexte, les orientations royales en matière de politique de l’eau (2022–2024) prennent toute leur dimension :
La souveraineté alimentaire ne peut plus être confondue avec l’autosuffisance intégrale. Elle doit être pensée comme une capacité stratégique d’adaptation. Cela suppose une hiérarchisation lucide :
Sécuriser la production nationale des produits vitaux, adopter un modèle mixte pour les produits semi-stratégiques combinant transformation locale et importations encadrées, et maintenir une ouverture maîtrisée pour les produits non essentiels.
Il faut également aligner sans délai la politique agricole sur la contrainte hydrique :
Au fond, la démonstration du ministre était limpide : la souveraineté alimentaire commence par la souveraineté hydrique. Maîtriser l’eau, c’est maîtriser la capacité du pays à nourrir sa population, à stabiliser ses équilibres sociaux et à préserver son indépendance stratégique.
Ce Ftour-débat n’aura pas seulement éclairé les enjeux du moment. Il aura acté une vérité désormais incontournable : dans le Maroc du XXIe siècle, l’eau est la première frontière de la souveraineté.
Par Said Temsamani.












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