Réorganisation du CNP : conformité juridique ou réforme politique en demi-teinte ?
Le projet de loi 09.26, adopté par le Conseil de gouvernement, arrive dans un climat déjà chargé. Le précédent épisode, marqué par le retrait du décret-loi instituant une commission provisoire de gestion du secteur, a laissé des traces. Doute juridique, crispations professionnelles, malaise latent autour de la gouvernance du CNP. Mehdi Bensaïd assure aujourd’hui que les amendements opérés tiennent compte, strictement, des décisions de la Cour constitutionnelle, notamment la décision n° 261/26 du 22 janvier 2026.
Sur le papier, les ajustements sont clairs. Suppression de deux membres parmi les « éditeurs sages ». Introduction explicite d’un siège réservé aux femmes au sein de chaque organisation professionnelle. Adoption d’un principe de représentation proportionnelle pour la répartition des sièges. Ces corrections répondent, en partie, aux critiques formulées sur la légitimité démocratique et l’équilibre interne du Conseil.
Mais une interrogation persiste. La réforme corrige-t-elle réellement les déséquilibres structurels du CNP ou se limite-t-elle à un alignement juridique nécessaire pour éviter une nouvelle censure constitutionnelle ? Plusieurs éditeurs, rencontrés ces dernières semaines, parlent d’un texte « plus propre juridiquement, mais encore flou politiquement ». La question de l’indépendance réelle du Conseil, de sa capacité à arbitrer sans pression, reste en suspens.
Le ministre insiste sur la continuité du service public. Argument classique, presque administratif, mais qui prend ici un relief particulier. Carte de presse, gestion des fonctionnaires du Conseil, obligations financières : le gouvernement dit avoir évité le vide institutionnel. Sur ce point, difficile de contester l’urgence. L’autorégulation ne peut pas être mise entre parenthèses sans risque de chaos professionnel.
Sur le papier, les ajustements sont clairs. Suppression de deux membres parmi les « éditeurs sages ». Introduction explicite d’un siège réservé aux femmes au sein de chaque organisation professionnelle. Adoption d’un principe de représentation proportionnelle pour la répartition des sièges. Ces corrections répondent, en partie, aux critiques formulées sur la légitimité démocratique et l’équilibre interne du Conseil.
Mais une interrogation persiste. La réforme corrige-t-elle réellement les déséquilibres structurels du CNP ou se limite-t-elle à un alignement juridique nécessaire pour éviter une nouvelle censure constitutionnelle ? Plusieurs éditeurs, rencontrés ces dernières semaines, parlent d’un texte « plus propre juridiquement, mais encore flou politiquement ». La question de l’indépendance réelle du Conseil, de sa capacité à arbitrer sans pression, reste en suspens.
Le ministre insiste sur la continuité du service public. Argument classique, presque administratif, mais qui prend ici un relief particulier. Carte de presse, gestion des fonctionnaires du Conseil, obligations financières : le gouvernement dit avoir évité le vide institutionnel. Sur ce point, difficile de contester l’urgence. L’autorégulation ne peut pas être mise entre parenthèses sans risque de chaos professionnel.
Liberté de la presse et autorégulation : l’esprit constitutionnel à l’épreuve du réel
Le projet de loi 09.26 s’inscrit, selon le gouvernement, dans la droite ligne des articles 25, 27 et 28 de la Constitution. Liberté d’expression. Droit à l’information. Autorégulation des professions. Le cadre est noble, presque consensuel. Mais dans un secteur fragilisé économiquement, la liberté formelle ne suffit plus. Elle doit être soutenue, protégée, rendue viable.
C’est là que le débat se durcit. L’autorégulation, pour fonctionner, suppose des acteurs solides, indépendants financièrement, capables de résister aux pressions politiques, économiques ou algorithmiques. Or, le paysage médiatique marocain est aujourd’hui très polarisé. Quelques groupes structurés, dotés de moyens, face à une multitude de petites et moyennes entreprises de presse qui survivent, souvent, à flux tendu.
Mehdi Bensaïd reconnaît implicitement cette fracture lorsqu’il évoque le retard dans la mise en œuvre du soutien public. Les grandes entreprises ont déposé leurs dossiers. Les petites et moyennes, non. Procédures complexes, manque d’ingénierie administrative, fatigue financière. Le diagnostic est connu. La réponse, elle, reste partielle.
Le retour à l’ancienne formule de soutien, avec une enveloppe budgétaire plus conséquente, est accueilli avec un certain soulagement. Mais aussi avec scepticisme. Beaucoup se souviennent que cette formule, déjà, favorisait mécaniquement les structures les mieux organisées. La promesse d’un soutien plus inclusif devra se traduire par des critères clairs, lisibles, et surtout applicables sans parcours du combattant bureaucratique.
C’est là que le débat se durcit. L’autorégulation, pour fonctionner, suppose des acteurs solides, indépendants financièrement, capables de résister aux pressions politiques, économiques ou algorithmiques. Or, le paysage médiatique marocain est aujourd’hui très polarisé. Quelques groupes structurés, dotés de moyens, face à une multitude de petites et moyennes entreprises de presse qui survivent, souvent, à flux tendu.
Mehdi Bensaïd reconnaît implicitement cette fracture lorsqu’il évoque le retard dans la mise en œuvre du soutien public. Les grandes entreprises ont déposé leurs dossiers. Les petites et moyennes, non. Procédures complexes, manque d’ingénierie administrative, fatigue financière. Le diagnostic est connu. La réponse, elle, reste partielle.
Le retour à l’ancienne formule de soutien, avec une enveloppe budgétaire plus conséquente, est accueilli avec un certain soulagement. Mais aussi avec scepticisme. Beaucoup se souviennent que cette formule, déjà, favorisait mécaniquement les structures les mieux organisées. La promesse d’un soutien plus inclusif devra se traduire par des critères clairs, lisibles, et surtout applicables sans parcours du combattant bureaucratique.
Soutien aux entreprises de presse : aide stratégique ou pansement conjoncturel ?
L’annonce d’une nouvelle formule de soutien, décidée conjointement avec le ministère de l’Économie et des Finances, était attendue. Le chiffre avancé pour les droits moraux des journalistes, environ 30 millions de dirhams, a marqué les esprits. Le ministre insiste : il ne s’agit pas d’une rémunération, mais d’un droit. Une nuance juridique importante, mais qui n’efface pas toutes les interrogations.
La répartition annoncée, 30 % pour les entreprises détenant les droits d’auteur, pose une question sensible. Dans un contexte où beaucoup de rédactions peinent à payer régulièrement leurs journalistes, ce mécanisme peut-il réellement améliorer la situation socio-professionnelle ? Ou risque-t-il de créer de nouvelles tensions internes, entre journalistes, directions et structures intermédiaires ?
L’appel à adhérer au Bureau marocain du droit d’auteur et des droits voisins est, sur le fond, cohérent. Structurer la gestion des droits, professionnaliser les pratiques, inscrire la presse dans une économie créative plus mature. Sur le terrain, toutefois, nombre de journalistes indépendants ou précaires expriment une inquiétude : l’accès réel à ces droits sera-t-il simple, transparent, équitable ?
Oui, on peut dire que le soutien public arrive tard, après des années de fragilisation accélérée par la crise sanitaire, la chute de la publicité classique et la concurrence des plateformes numériques. Mais, il faut reconnaître que le ministère tente de remettre de l’ordre, de sécuriser juridiquement le secteur et de réintroduire des mécanismes de protection sociale et morale longtemps négligés.
La répartition annoncée, 30 % pour les entreprises détenant les droits d’auteur, pose une question sensible. Dans un contexte où beaucoup de rédactions peinent à payer régulièrement leurs journalistes, ce mécanisme peut-il réellement améliorer la situation socio-professionnelle ? Ou risque-t-il de créer de nouvelles tensions internes, entre journalistes, directions et structures intermédiaires ?
L’appel à adhérer au Bureau marocain du droit d’auteur et des droits voisins est, sur le fond, cohérent. Structurer la gestion des droits, professionnaliser les pratiques, inscrire la presse dans une économie créative plus mature. Sur le terrain, toutefois, nombre de journalistes indépendants ou précaires expriment une inquiétude : l’accès réel à ces droits sera-t-il simple, transparent, équitable ?
Oui, on peut dire que le soutien public arrive tard, après des années de fragilisation accélérée par la crise sanitaire, la chute de la publicité classique et la concurrence des plateformes numériques. Mais, il faut reconnaître que le ministère tente de remettre de l’ordre, de sécuriser juridiquement le secteur et de réintroduire des mécanismes de protection sociale et morale longtemps négligés.
Entre espoir prudent et vigilance citoyenne
Il serait injuste de nier les avancées. La prise en compte explicite des décisions de la Cour constitutionnelle. L’effort de féminisation des instances professionnelles. La reconnaissance juridique du droit moral des journalistes. Ces éléments vont dans le sens d’un secteur plus mature, plus conforme aux standards démocratiques.
Mais il serait tout aussi naïf de crier victoire. La presse marocaine ne souffre pas seulement d’un problème de textes ou de dispositifs financiers. Elle affronte une crise de modèle. De confiance. De rapport au public. Réorganiser le CNP et ajuster les aides ne suffira pas si une réflexion plus large n’est pas engagée sur la transformation numérique, la formation, la gouvernance éditoriale et l’indépendance économique.
La balle est désormais partagée. Au gouvernement de prouver, dans l’application, que ces réformes ne sont pas de simples corrections techniques. Aux entreprises de presse de jouer le jeu de la transparence et de la professionnalisation. Aux journalistes de s’organiser, de défendre leurs droits sans céder au découragement. Et au public, enfin, de soutenir une presse libre, responsable, consciente de ses devoirs autant que de ses droits.
L’alerte est là. L’espoir aussi, à condition de ne pas confondre réorganisation administrative et refondation réelle. Le Maroc a besoin d’une presse forte, pluraliste, économiquement viable. Le chantier est ouvert. Il reste immense.
Mais il serait tout aussi naïf de crier victoire. La presse marocaine ne souffre pas seulement d’un problème de textes ou de dispositifs financiers. Elle affronte une crise de modèle. De confiance. De rapport au public. Réorganiser le CNP et ajuster les aides ne suffira pas si une réflexion plus large n’est pas engagée sur la transformation numérique, la formation, la gouvernance éditoriale et l’indépendance économique.
La balle est désormais partagée. Au gouvernement de prouver, dans l’application, que ces réformes ne sont pas de simples corrections techniques. Aux entreprises de presse de jouer le jeu de la transparence et de la professionnalisation. Aux journalistes de s’organiser, de défendre leurs droits sans céder au découragement. Et au public, enfin, de soutenir une presse libre, responsable, consciente de ses devoirs autant que de ses droits.
L’alerte est là. L’espoir aussi, à condition de ne pas confondre réorganisation administrative et refondation réelle. Le Maroc a besoin d’une presse forte, pluraliste, économiquement viable. Le chantier est ouvert. Il reste immense.












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