L'ODJ Média

lodj





Réformer jusqu’à la dernière minute ou distribuer les signes d’une campagne avant l’heure ?


Rédigé par le Mardi 30 Juin 2026



À l’approche des législatives du 23 septembre, le gouvernement marche sur une ligne étroite : poursuivre des réformes sociales attendues, sans donner le sentiment de les découvrir à l’instant même où les urnes se rapprochent. Car une évidence s’impose : lorsqu’une mesure touche au portefeuille, au cartable des enfants, au salaire ou à la pompe, elle cesse d’être une abstraction administrative. Elle devient politique. Et, à quelques semaines d’une élection, elle devient forcément électorale.

Il faut d’abord rendre justice aux faits. Tout ne relève pas du « chèque électoral », cette expression un peu commode qui finit parfois par disqualifier toute intervention publique.

Les aides sociales directes, par exemple, ne sont pas une invention de campagne. Elles découlent d’un chantier structurant, organisé autour du Registre social unifié et de l’Agence nationale du soutien social. En février dernier, l’ANSS indiquait que près de 3,9 millions de familles, soit plus de 12,5 millions de personnes, bénéficiaient du programme, avec des aides mensuelles comprises entre 500 et 1.350 dirhams selon les situations.

La revalorisation progressive de ces aides était, elle aussi, programmée. Les barèmes officiels prévoient notamment, à partir de 2026, 300 dirhams par enfant scolarisé de 6 à 20 ans pour les trois premiers enfants dans les ménages éligibles, contre 250 dirhams en 2025. Pour les mères veuves, le montant peut atteindre 400 dirhams par enfant scolarisé dans cette même tranche. La hausse relève donc d’un calendrier annoncé, non d’une improvisation de dernière minute.

Mais la politique ne se résume jamais à l’intention initiale. Elle se joue aussi dans le moment où les citoyens perçoivent réellement l’effet d’une décision. Or, en 2026, les mesures deviennent visibles à une période où la campagne officielle doit démarrer le 10 septembre, pour un scrutin fixé au 23 septembre. Voilà le nœud du débat : non pas l’illégitimité de l’action sociale, mais son usage possible comme preuve de proximité, comme argument de bilan, comme manière de dire aux ménages : « regardez ce qui a changé dans votre vie quotidienne ».

La rentrée scolaire est sans doute le terrain le plus emblématique de cette stratégie. Chaque année, elle met les familles sous tension. Les listes de fournitures s’allongent, les manuels se font attendre, certains cahiers sont demandés après coup, et les petits achats deviennent une grande facture. Quand l’État promet d’encadrer davantage les listes, de mieux anticiper les besoins et de rendre gratuits certains supports dans les établissements pionniers, il répond à une difficulté concrète. Ce n’est pas une révolution, mais c’est une intervention qui parle immédiatement au parent devant une librairie.

L’État social ne se mesure pas seulement à ses milliards inscrits dans la loi de finances. Il se mesure aussi à ce genre de détail : un cahier qui ne doit plus être acheté, une liste qui ne doit plus changer, un manuel disponible à temps, une rentrée qui cesse d’être une épreuve logistique et financière. Le problème est que la proximité de l’échéance électorale transforme chaque amélioration, même sincère, en message politique. Et le gouvernement le sait.

Il y a donc deux lectures possibles, et elles ne s’excluent pas forcément. La première est bienveillante : l’exécutif termine son mandat en accélérant des réformes qu’il avait engagées, afin que les promesses ne restent pas des tableaux PowerPoint ou des communiqués de Conseil de gouvernement. Après tout, un gouvernement n’a pas à suspendre son action sociale parce qu’une campagne approche. Il serait même étrange qu’il cesse de décider au prétexte que les électeurs vont bientôt juger son bilan.

La seconde lecture est plus sceptique : l’exécutif cherche à rendre son bilan tangible avant le vote. Les aides, les revalorisations, les dispositifs de soutien, l’encadrement des dépenses de rentrée ou les annonces liées au coût de la vie forment un paysage politique cohérent. Ce ne sont pas nécessairement des cadeaux improvisés. Mais leur concentration et leur mise en visibilité donnent l’impression d’une campagne déjà commencée, avant même l’ouverture légale de la campagne.

C’est ici que la frontière entre réforme et communication devient délicate. Une aide sociale doit réduire la vulnérabilité, non fabriquer de la gratitude électorale. Une hausse de salaire doit répondre au pouvoir d’achat, non devenir le reçu d’un vote attendu. Une réforme scolaire doit viser l’égalité des chances, non servir de décor à une tournée ministérielle. La différence se joue dans la durée, dans l’équité territoriale, dans la transparence des critères et dans la capacité de l’État à garantir les mêmes droits après le 23 septembre qu’avant.

Le vrai test sera donc simple. Les mesures annoncées survivront-elles au calendrier électoral ? Les établissements non pionniers bénéficieront-ils demain de la même attention que les établissements vitrines ? Les familles les plus fragiles verront-elles leurs droits consolidés, même lorsque les caméras seront passées à autre chose ? Les allocations sociales continueront-elles d’être pensées comme un levier d’autonomie, ainsi que l’affirme l’ANSS, plutôt que comme une mécanique de dépendance ?

Et puis il y a l’heure. Une heure, au sens propre. Le 20 septembre 2026, à deux heures du matin, le Maroc doit revenir définitivement à GMT, abandonnant le GMT+1 permanent appliqué depuis 2018. La décision, annoncée le 25 juin à l’issue du Conseil de gouvernement, interviendra exactement trois jours avant les législatives du 23 septembre. Difficile, dans ces conditions, de considérer le calendrier comme politiquement neutre.

Car le retour à GMT ne concerne ni une catégorie sociale ni un secteur professionnel. Il entre dans toutes les maisons : dans le réveil des enfants, les trajets vers l’école, les horaires des parents, les transports, le rythme des administrations, les habitudes de travail et, surtout, dans une irritation collective accumulée depuis des années. Le gouvernement répond à une demande populaire ancienne, souvent relayée par les familles, les enseignants et les salariés. Il peut donc légitimement soutenir qu’il corrige une décision devenue impopulaire.

Mais là encore, la lecture politique s’impose. Après les aides sociales, les revalorisations de revenus et une rentrée présentée comme moins coûteuse, le retour à GMT ajoute un geste à forte portée symbolique : celui d’un exécutif qui prétend écouter enfin ce que les citoyens vivent au quotidien. Ce n’est pas un chèque versé sur un compte bancaire. C’est un “chèque de temps”, une mesure qui ne distribue pas des dirhams mais promet de rendre aux familles une heure plus conforme à leur rythme de vie.

Le risque est évident : à force de concentrer les correctifs sociaux et les décisions populaires à la veille du scrutin, le gouvernement nourrit lui-même le soupçon d’une campagne anticipée. Pourtant, la vraie question ne devrait pas être de savoir si le retour à GMT est électoraliste. Il répond à une revendication réelle. La question est plutôt de savoir pourquoi il a fallu attendre les derniers mois du mandat pour la reconnaître.

Le gouvernement peut défendre son droit à réformer jusqu’au dernier jour. C’est même son devoir. Mais il doit accepter que les citoyens, eux, regardent l’horloge. En septembre, ils ne jugeront pas seulement les annonces. Ils jugeront la cohérence entre les promesses d’hier, les gestes d’aujourd’hui et la crédibilité de demain.

Car au fond, un État social ne se reconnaît pas à la multiplication des chèques. Il se reconnaît à une chose plus difficile : sa capacité à faire en sorte qu’une famille n’ait plus besoin d’attendre une élection pour respirer.





Mardi 30 Juin 2026

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Bannière Réseaux Sociaux



Bannière Lodj DJ






LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html
















Vos contributions
LODJ Vidéo