Sur le papier, la mesure répond à une fatigue très concrète des familles marocaines : celle de voir le cartable devenir, chaque septembre, une facture à tiroirs. Mais entre une circulaire et la réalité d’une classe, il y a souvent quelques cahiers de trop.
Fin juin, pendant que les enfants rangent déjà leurs affaires de l’année et que les parents essaient de respirer après les dépenses de l’Aïd, une autre inquiétude commence doucement à s’installer : la rentrée.
Elle revient toujours plus vite que prévu. Avec son uniforme, ses inscriptions, le transport, parfois la cantine, les cours de soutien, les photocopies demandées en urgence… et cette fameuse liste de fournitures qui arrive souvent trop tard, parfois griffonnée, parfois interminable, presque toujours coûteuse.
Cette année, le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports promet de changer la méthode. Les Académies régionales de l’éducation et de la formation devront transmettre plus tôt les listes officielles des manuels et fournitures. Les écoles devront se limiter aux besoins réellement pédagogiques. Les enseignants, eux, sont appelés à ne plus multiplier les demandes en cours d’année. Une évolution attendue, et même nécessaire.
Mais une question demeure : cette volonté administrative réussira-t-elle à atteindre la porte des classes, jusque dans les quartiers populaires, les villages, les périphéries urbaines, là où chaque cahier supplémentaire compte vraiment ?
Fournitures scolaires : la fin annoncée des listes sans fin
Il faut le dire simplement : la rentrée scolaire est devenue une épreuve budgétaire pour une grande partie des familles marocaines.
Dans beaucoup de foyers, septembre ne commence pas par le plaisir de voir son enfant grandir. Il commence par les calculs.
Combien pour les livres ?
Combien pour les cahiers ?
Combien pour les stylos, les feuilles, la blouse, les étiquettes, les protections plastiques, les accessoires parfois demandés sans que les parents en comprennent toujours l’utilité ?
Le plus irritant n’est pas forcément la dépense elle-même. Éduquer son enfant est une priorité que peu de parents contestent. Le malaise vient plutôt de l’impression de naviguer à vue. Une liste reçue tardivement. Une autre qui change à la rentrée. Puis une demande supplémentaire à la troisième semaine : un cahier grand format, une chemise de couleur précise, des feuilles spéciales, un support qui n’apparaissait nulle part au départ.
La circulaire annoncée pour la rentrée 2026-2027 entend justement mettre un terme à cette dérive. Les établissements sont invités à limiter les listes aux outils nécessaires, tandis que les enseignants devront respecter les fournitures prévues officiellement, sans ajouter au fil de l’année des exigences qui déséquilibrent le budget des ménages.
C’est une décision de bon sens. Elle aurait même dû être installée depuis longtemps.
Car une fourniture scolaire n’est jamais anodine pour une famille qui compte trois enfants scolarisés. Ce qui paraît minime sur une liste peut devenir lourd une fois multiplié par le nombre d’élèves, par les trajets, par les imprévus de la rentrée. À Rabat, Casablanca, Fès ou Oujda, le constat est le même. Dans les petites villes et les communes rurales, il est encore plus rude : l’offre est parfois limitée, les prix peuvent varier, et l’accès aux librairies ou papeteries n’a rien d’évident.
La décision du ministère a donc une portée sociale réelle. Elle reconnaît enfin, sans le dire frontalement, que le coût de la scolarité publique ne se réduit pas aux frais d’inscription. L’école publique est gratuite, certes. Mais pour de nombreux parents, elle a fini par coûter cher par la porte latérale.
Reste une vigilance indispensable. Une liste officielle plus courte ne doit pas devenir une liste théorique, remplacée discrètement par des demandes orales, des messages WhatsApp de dernière minute ou des recommandations à demi-obligatoires. On connaît le mécanisme : personne ne veut mettre l’enseignant en difficulté, personne ne veut que son enfant soit le seul sans matériel. Alors on achète, même quand on ne peut pas vraiment.
L’autorité éducative devra donc veiller au respect des nouvelles règles. Et les directions d’établissements devront être assez claires avec les familles : ce qui n’est pas prévu ne doit pas être imposé.
Rentrée scolaire 2026-2027 : anticiper pour éviter la cohue et les ruptures
Autre mesure annoncée : les listes de manuels et fournitures doivent parvenir aux familles avant la fin de l’année scolaire en cours.
À première vue, cela paraît banal. Pourtant, cette anticipation peut changer beaucoup de choses.
Chaque rentrée connaît son petit théâtre national : des parents qui courent d’une librairie à l’autre, des manuels introuvables, des prix qui grimpent parce que la demande explose brutalement, des enfants qui commencent les cours sans livre, avec l’impression d’être déjà en retard avant même d’avoir ouvert leur premier cahier.
En demandant aux AREF et aux établissements de diffuser les listes suffisamment tôt, le ministère veut casser cette mécanique. Les familles pourront acheter progressivement, comparer, répartir les dépenses sur l’été, récupérer certains ouvrages d’occasion lorsque cela est possible. Ce n’est pas une révolution. C’est une forme de respect.
Dans les écoles pionnières du primaire, l’administration recommande notamment l’acquisition des deux volumes de manuels d’arabe et de mathématiques dès le début de l’année, afin d’éviter les ruptures de stock et les retards pédagogiques.
L’intention est compréhensible. Encore faut-il que l’information soit uniforme et accessible. Une circulaire envoyée à une académie ne suffit pas. Il faut que le parent la reçoive réellement : sur l’affichage de l’école, via les associations de parents, sur les plateformes numériques quand elles existent, et même par des canaux simples pour les familles qui ne consultent pas régulièrement Internet.
L’école marocaine doit cesser de fonctionner comme si tous les parents disposaient du même temps, du même revenu, du même accès à l’information et de la même mobilité. Ce n’est pas le cas. Le père qui travaille toute la journée, la mère qui gère seule la maison et les enfants, le parent vivant loin du centre-ville, celui qui ne maîtrise pas les outils numériques : tous doivent pouvoir préparer la rentrée sans être pénalisés.
L’État social, ce n’est pas seulement distribuer une aide quand la difficulté est déjà là. C’est aussi éviter que les obstacles se créent inutilement.
Fin juin, pendant que les enfants rangent déjà leurs affaires de l’année et que les parents essaient de respirer après les dépenses de l’Aïd, une autre inquiétude commence doucement à s’installer : la rentrée.
Elle revient toujours plus vite que prévu. Avec son uniforme, ses inscriptions, le transport, parfois la cantine, les cours de soutien, les photocopies demandées en urgence… et cette fameuse liste de fournitures qui arrive souvent trop tard, parfois griffonnée, parfois interminable, presque toujours coûteuse.
Cette année, le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports promet de changer la méthode. Les Académies régionales de l’éducation et de la formation devront transmettre plus tôt les listes officielles des manuels et fournitures. Les écoles devront se limiter aux besoins réellement pédagogiques. Les enseignants, eux, sont appelés à ne plus multiplier les demandes en cours d’année. Une évolution attendue, et même nécessaire.
Mais une question demeure : cette volonté administrative réussira-t-elle à atteindre la porte des classes, jusque dans les quartiers populaires, les villages, les périphéries urbaines, là où chaque cahier supplémentaire compte vraiment ?
Fournitures scolaires : la fin annoncée des listes sans fin
Il faut le dire simplement : la rentrée scolaire est devenue une épreuve budgétaire pour une grande partie des familles marocaines.
Dans beaucoup de foyers, septembre ne commence pas par le plaisir de voir son enfant grandir. Il commence par les calculs.
Combien pour les livres ?
Combien pour les cahiers ?
Combien pour les stylos, les feuilles, la blouse, les étiquettes, les protections plastiques, les accessoires parfois demandés sans que les parents en comprennent toujours l’utilité ?
Le plus irritant n’est pas forcément la dépense elle-même. Éduquer son enfant est une priorité que peu de parents contestent. Le malaise vient plutôt de l’impression de naviguer à vue. Une liste reçue tardivement. Une autre qui change à la rentrée. Puis une demande supplémentaire à la troisième semaine : un cahier grand format, une chemise de couleur précise, des feuilles spéciales, un support qui n’apparaissait nulle part au départ.
La circulaire annoncée pour la rentrée 2026-2027 entend justement mettre un terme à cette dérive. Les établissements sont invités à limiter les listes aux outils nécessaires, tandis que les enseignants devront respecter les fournitures prévues officiellement, sans ajouter au fil de l’année des exigences qui déséquilibrent le budget des ménages.
C’est une décision de bon sens. Elle aurait même dû être installée depuis longtemps.
Car une fourniture scolaire n’est jamais anodine pour une famille qui compte trois enfants scolarisés. Ce qui paraît minime sur une liste peut devenir lourd une fois multiplié par le nombre d’élèves, par les trajets, par les imprévus de la rentrée. À Rabat, Casablanca, Fès ou Oujda, le constat est le même. Dans les petites villes et les communes rurales, il est encore plus rude : l’offre est parfois limitée, les prix peuvent varier, et l’accès aux librairies ou papeteries n’a rien d’évident.
La décision du ministère a donc une portée sociale réelle. Elle reconnaît enfin, sans le dire frontalement, que le coût de la scolarité publique ne se réduit pas aux frais d’inscription. L’école publique est gratuite, certes. Mais pour de nombreux parents, elle a fini par coûter cher par la porte latérale.
Reste une vigilance indispensable. Une liste officielle plus courte ne doit pas devenir une liste théorique, remplacée discrètement par des demandes orales, des messages WhatsApp de dernière minute ou des recommandations à demi-obligatoires. On connaît le mécanisme : personne ne veut mettre l’enseignant en difficulté, personne ne veut que son enfant soit le seul sans matériel. Alors on achète, même quand on ne peut pas vraiment.
L’autorité éducative devra donc veiller au respect des nouvelles règles. Et les directions d’établissements devront être assez claires avec les familles : ce qui n’est pas prévu ne doit pas être imposé.
Rentrée scolaire 2026-2027 : anticiper pour éviter la cohue et les ruptures
Autre mesure annoncée : les listes de manuels et fournitures doivent parvenir aux familles avant la fin de l’année scolaire en cours.
À première vue, cela paraît banal. Pourtant, cette anticipation peut changer beaucoup de choses.
Chaque rentrée connaît son petit théâtre national : des parents qui courent d’une librairie à l’autre, des manuels introuvables, des prix qui grimpent parce que la demande explose brutalement, des enfants qui commencent les cours sans livre, avec l’impression d’être déjà en retard avant même d’avoir ouvert leur premier cahier.
En demandant aux AREF et aux établissements de diffuser les listes suffisamment tôt, le ministère veut casser cette mécanique. Les familles pourront acheter progressivement, comparer, répartir les dépenses sur l’été, récupérer certains ouvrages d’occasion lorsque cela est possible. Ce n’est pas une révolution. C’est une forme de respect.
Dans les écoles pionnières du primaire, l’administration recommande notamment l’acquisition des deux volumes de manuels d’arabe et de mathématiques dès le début de l’année, afin d’éviter les ruptures de stock et les retards pédagogiques.
L’intention est compréhensible. Encore faut-il que l’information soit uniforme et accessible. Une circulaire envoyée à une académie ne suffit pas. Il faut que le parent la reçoive réellement : sur l’affichage de l’école, via les associations de parents, sur les plateformes numériques quand elles existent, et même par des canaux simples pour les familles qui ne consultent pas régulièrement Internet.
L’école marocaine doit cesser de fonctionner comme si tous les parents disposaient du même temps, du même revenu, du même accès à l’information et de la même mobilité. Ce n’est pas le cas. Le père qui travaille toute la journée, la mère qui gère seule la maison et les enfants, le parent vivant loin du centre-ville, celui qui ne maîtrise pas les outils numériques : tous doivent pouvoir préparer la rentrée sans être pénalisés.
L’État social, ce n’est pas seulement distribuer une aide quand la difficulté est déjà là. C’est aussi éviter que les obstacles se créent inutilement.
Écoles pionnières : une gratuité utile, mais un droit à élargir
La mesure la plus concrète concerne les établissements pionniers.
Dès la rentrée, les élèves du primaire et du collège relevant de ce dispositif doivent recevoir gratuitement les cahiers destinés au soutien pédagogique intensif. Dans les écoles pionnières du primaire, des cahiers d’activités pour l’enseignement de l’amazighe et les activités scientifiques sont également annoncés sans frais pour les familles.
C’est une bonne nouvelle, surtout parce qu’elle touche directement les apprentissages. Dans le modèle des établissements pionniers, le soutien aux élèves en difficulté est présenté comme un axe central, avec des outils différenciés et un accompagnement régulier pour éviter que les lacunes ne deviennent des décrochages silencieux.
Mais il faut poser la question sans détour : pourquoi cette gratuité devrait-elle être ressentie comme un privilège lié à un établissement plutôt que comme une garantie progressive pour tous les enfants de l’école publique ?
Les écoles pionnières constituent un laboratoire important. Elles testent de nouvelles approches, renforcent le suivi, cherchent à redonner confiance aux élèves en difficulté. Très bien. Mais l’école marocaine ne pourra pas se satisfaire longtemps d’un modèle où certains enfants bénéficient d’outils gratuits et structurés tandis que d’autres continuent à subir les mêmes fragilités dans des établissements ordinaires.
Le risque serait de créer une école publique à plusieurs vitesses, avec d’un côté des établissements accompagnés, visibles, équipés, et de l’autre des écoles qui attendent encore leur tour.
Il ne s’agit pas de contester l’effort engagé. Au contraire. Il faut l’encourager, le sécuriser, l’évaluer honnêtement, puis l’étendre avec méthode. Une réforme éducative n’a de sens que lorsqu’elle arrive aussi chez l’élève discret du douar, chez la collégienne de la périphérie, chez l’enfant dont les parents n’ont ni réseau, ni moyens, ni voix médiatique.
La rentrée scolaire 2026-2027 peut donc devenir un petit tournant. Pas parce qu’elle fera disparaître toutes les difficultés de l’école marocaine. Personne ne doit vendre cette illusion. Les classes surchargées, les inégalités territoriales, les écarts de niveau et la pression sur les enseignants ne se règlent pas avec une liste de cahiers mieux calibrée.
Mais parce qu’elle introduit un principe sain : l’école doit protéger les familles des dépenses inutiles au lieu de les y exposer.
Au fond, le cartable d’un enfant ne devrait jamais refléter le niveau de revenu de ses parents. Il devrait contenir ce dont il a besoin pour apprendre, rien de moins. Et certainement rien de trop.
La promesse est désormais sur la table. Aux académies, aux directions, aux enseignants et au ministère de faire en sorte qu’elle ne reste pas coincée dans une circulaire, entre deux tampons administratifs.
Dès la rentrée, les élèves du primaire et du collège relevant de ce dispositif doivent recevoir gratuitement les cahiers destinés au soutien pédagogique intensif. Dans les écoles pionnières du primaire, des cahiers d’activités pour l’enseignement de l’amazighe et les activités scientifiques sont également annoncés sans frais pour les familles.
C’est une bonne nouvelle, surtout parce qu’elle touche directement les apprentissages. Dans le modèle des établissements pionniers, le soutien aux élèves en difficulté est présenté comme un axe central, avec des outils différenciés et un accompagnement régulier pour éviter que les lacunes ne deviennent des décrochages silencieux.
Mais il faut poser la question sans détour : pourquoi cette gratuité devrait-elle être ressentie comme un privilège lié à un établissement plutôt que comme une garantie progressive pour tous les enfants de l’école publique ?
Les écoles pionnières constituent un laboratoire important. Elles testent de nouvelles approches, renforcent le suivi, cherchent à redonner confiance aux élèves en difficulté. Très bien. Mais l’école marocaine ne pourra pas se satisfaire longtemps d’un modèle où certains enfants bénéficient d’outils gratuits et structurés tandis que d’autres continuent à subir les mêmes fragilités dans des établissements ordinaires.
Le risque serait de créer une école publique à plusieurs vitesses, avec d’un côté des établissements accompagnés, visibles, équipés, et de l’autre des écoles qui attendent encore leur tour.
Il ne s’agit pas de contester l’effort engagé. Au contraire. Il faut l’encourager, le sécuriser, l’évaluer honnêtement, puis l’étendre avec méthode. Une réforme éducative n’a de sens que lorsqu’elle arrive aussi chez l’élève discret du douar, chez la collégienne de la périphérie, chez l’enfant dont les parents n’ont ni réseau, ni moyens, ni voix médiatique.
La rentrée scolaire 2026-2027 peut donc devenir un petit tournant. Pas parce qu’elle fera disparaître toutes les difficultés de l’école marocaine. Personne ne doit vendre cette illusion. Les classes surchargées, les inégalités territoriales, les écarts de niveau et la pression sur les enseignants ne se règlent pas avec une liste de cahiers mieux calibrée.
Mais parce qu’elle introduit un principe sain : l’école doit protéger les familles des dépenses inutiles au lieu de les y exposer.
Au fond, le cartable d’un enfant ne devrait jamais refléter le niveau de revenu de ses parents. Il devrait contenir ce dont il a besoin pour apprendre, rien de moins. Et certainement rien de trop.
La promesse est désormais sur la table. Aux académies, aux directions, aux enseignants et au ministère de faire en sorte qu’elle ne reste pas coincée dans une circulaire, entre deux tampons administratifs.












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