L'ODJ Média

lodj






Sahara–Sahel : la ligne rouge iranienne qui force Washington à requalifier le conflit


Par Said Temsamani

Il y a des moments où un dossier longtemps cantonné aux marges de la diplomatie change brutalement de statut. Le Sahara et le Sahel sont en train de vivre ce basculement. Ce qui n’était, il y a encore quelques années, qu’un faisceau d’alertes sécuritaires se transforme désormais en débat stratégique assumé au sein du Congrès américain.

La question n’est plus de savoir si l’Iran s’implante en Afrique du Nord, mais jusqu’où il est prêt à aller et avec quels relais.

À Washington, une conviction gagne du terrain : Téhéran cherche à reproduire en Afrique un schéma qu’il maîtrise au Moyen-Orient — celui de la guerre par procuration. Après le Liban, le Yémen et l’Irak, le Sahel pourrait devenir le prochain théâtre de cette stratégie asymétrique. Et le Front Polisario, longtemps perçu comme un acteur figé d’un conflit régional, apparaît désormais comme un vecteur potentiel de cette projection iranienne.



Du séparatisme au “proxy” : un changement de nature

Le cœur du débat américain repose sur une requalification du Polisario. Non plus comme un simple mouvement séparatiste, mais comme une structure de plus en plus imbriquée dans des réseaux transnationaux mêlant milices idéologiques, trafics et groupes jihadistes.

Les auditions récentes au Congrès ont mis en lumière des éléments troublants : transferts de drones, circulation d’armes à travers les routes sahariennes, porosité croissante avec des groupes armés opérant au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Plus déterminant encore, le rôle attribué au Hezbollah libanais marque un seuil critique.

L’encadrement militaire, la formation aux tactiques de guerre asymétrique et aux techniques de tunnels signalent une mutation doctrinale.

Ce n’est plus une logique de pression politique, mais une logique d’enracinement militaire durable, calquée sur des modèles déjà éprouvés par l’Iran.

Le Maroc, sentinelle précoce d’un risque global

Dans ce contexte, la rupture marocaine avec l’Iran en 2018 apparaît aujourd’hui sous un jour nouveau. Ce choix, souvent minimisé à l’époque, s’inscrivait en réalité dans une lecture stratégique avancée.

Rabat avait identifié très tôt la tentative iranienne de créer une tête de pont sur la façade atlantique africaine, via une coordination directe entre réseaux diplomatiques iraniens et cadres du Hezbollah, avec des livraisons d’armes sophistiquées au Polisario.

Cette anticipation marocaine n’était pas seulement défensive. Elle reposait sur une compréhension fine d’un risque plus large : voir le Sahara devenir un espace de convergence entre séparatisme armé, idéologie radicale et criminalité transfrontalière — le cocktail le plus déstabilisateur pour une région déjà fragilisée.

La bataille silencieuse du religieux

Car l’offensive iranienne ne se limite pas aux armes. Elle investit aussi le champ idéologique. La diffusion d’un « chiisme politique » dans des zones historiquement structurées par le rite malékite constitue une tentative de rupture des équilibres religieux et sociaux.

Dans les camps de Tindouf comme dans certaines poches sahéliennes, l’endoctrinement accompagne l’entraînement, selon un schéma désormais bien connu.

Cette dimension est centrale : elle inscrit le dossier saharien dans une logique de sécurité globale, où la stabilité religieuse devient un enjeu stratégique au même titre que le contrôle territorial.

Le Congrès face à une décision structurante

C’est dans ce cadre que l’idée d’inscrire le Front Polisario sur la liste américaine des organisations terroristes étrangères prend tout son sens. Une telle décision ne serait pas symbolique : elle assécherait les financements, criminaliserait les réseaux de soutien et isolerait politiquement le mouvement.

Surtout, elle placerait ses parrains devant leurs responsabilités. L’Algérie se retrouverait alors sous une pression inédite.

Continuer à soutenir un acteur classé terroriste exposerait Alger à des conséquences juridiques et diplomatiques lourdes, dans un contexte international où la tolérance à l’ambiguïté stratégique se réduit rapidement.

Autonomie ou chaos : le retour du choix politique

Par effet de ricochet, cette recomposition sécuritaire redonne une centralité nouvelle à la proposition marocaine d’autonomie. Non pas comme un compromis diplomatique parmi d’autres, mais comme une réponse politique à un risque sécuritaire majeur.

En requalifiant le conflit comme une confrontation avec un proxy iranien, Washington disposerait d’un cadre clair pour soutenir une solution qui combine souveraineté, stabilité et gouvernance locale.

La transformation du Polisario en une version sahélienne des Houthis constitue désormais une ligne rouge stratégique.

Car laisser ce scénario prospérer reviendrait à accepter l’émergence d’un nouveau foyer de déstabilisation incontrôlable aux portes de l’Europe et sur les routes atlantiques.

À ce stade, le statu quo n’est plus une option neutre. Il devient un risque. Et dans ce nouveau paysage, la souveraineté marocaine sur son Sahara, adossée à une autonomie crédible, apparaît de plus en plus comme un choix de stabilité face à l’alternative d’un chaos importé.

Par Said Temsamani 



Vendredi 6 Février 2026

La rédaction

Dans la même rubrique :
< >

Billet | Billet 2026 | Chroniqueurs invités | Experts invités | Deep Think | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Documentaires IA


Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

L’ODJ Média

Les chroniqueurs et experts invités de L’ODJ

Par ordre alphabétique. Retrouvez les articles de chaque auteur : FR en français, AR en arabe.

  • Abdallah BenzekriFR
  • Abdelaziz KoukasFRAR
  • Abdelfettah EssadikiAR
  • Abdelghani El ArrasseFR
  • Abdeslam SeddikiFRAR
  • Abdessamad AlhyanFRAR
  • Adel GhallabFR
  • Adil BenhamzaFRAR
  • Adnan DebbarhFR
  • Ali BouallouFRAR
  • Ali TounsiAR
  • Anissa Mekouar SenhadjiFR
  • Ayoub MechmoumAR
  • Aziz BoucettaFRAR
  • Aziz DaoudaFRAR
  • Aziz RabbahFRAR
  • Aziza BenkiraneFRAR
  • Badr Ben AllachAR
  • Badreddine AitlekhouiAR
  • Bargach LarbiFR
  • Dr Anwar CherkaouiFRAR
  • Dr Az-Eddine BennaniFR
  • Dr Hassan BennaniFR
  • Dr Idriss QorichAR
  • Dr Khalid FathiFRAR
  • Dr Mustapha BelaouniAR
  • Dr Zakaria Benomar FarèsFR
  • El Montacir BensaidFRAR
  • Fawzia Talout MeknassiFR
  • Hassan AbdelkhalekFRAR
  • Hicham El AadnaniFRAR
  • Lahcen HaddadFRAR
  • Marwane El BouzdainiFR
  • Mohamed El OuardiFRAR
  • Mohamed Yasser MoulineFRAR
  • Mustapha SehimiFRAR
  • Naïm KamalFRAR
  • Najib MikouFRAR
  • Omar HasnaouiFR
  • Rachid BoufousFRAR
  • Saâd FaouziFR
  • Saïd TemsamaniFRAR
  • Souad MekkaouiFR
  • Taoufiq BoudchicheFRAR
  • Yasser DerkouliFR
  • Younes AmimiAR
  • Zakaria BeralaFR


Bannière Lodj DJ

Avertissement éditorial — L’ODJ

Avertissement éditorial

Les textes publiés dans les rubriques « Quartier libre », « Chroniqueurs invités », « Coup de cœur » et « Communiqué de presse » doivent respecter la charte de L’ODJ ainsi que les règles suivantes.

  1. Un espace de libre expression. L’ODJ ouvre cet espace aux internautes et aux confrères invités, avec leur accord, afin qu’ils puissent s’exprimer sur les sujets de leur choix, dans le respect de sa charte éditoriale.
  2. Une publication soumise à modération. La rédaction de lodj.ma examine les contributions avant leur publication et veille à leur conformité avec la charte de L’ODJ.
  3. Des opinions qui engagent leurs auteurs. Les auteurs assument la responsabilité des propos et des informations contenus dans leurs contributions. Leur publication ne signifie pas que la rédaction de lodj.ma adhère aux opinions exprimées. Cette règle s’applique sans préjudice des responsabilités prévues par la législation applicable.
  4. Aucun contenu illicite ou abusif. Les propos diffamatoires, menaçants, abusifs ou obscènes, ainsi que tout contenu contraire à la loi, sont refusés.
  5. Aucune discrimination. Les propos racistes, sexistes ou portant atteinte à une personne ou à un groupe en raison de sa religion, de son origine, de son genre ou de son orientation sexuelle ne sont pas admis.
  6. Le respect du travail d’autrui. Toute forme de plagiat est proscrite. Les contributions doivent respecter les droits d’auteur et mentionner les sources des citations ou des contenus repris.
  7. Une rédaction à votre écoute. Vous pouvez nous signaler tout manquement éventuel à la charte éditoriale de L’ODJ Média en écrivant à radio.lodj@gmail.com. Merci de préciser le texte concerné et les raisons de votre signalement afin de permettre à la rédaction de l’examiner.







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html









Vos contributions
LODJ Vidéo