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Sahara : le décalage croissant entre l’évolution du cadre onusien et le discours algérien


Par Said Temsamani

Le récent discours du président algérien Abdelmadjid Tebboune devant les deux chambres du Parlement, long de près de deux heures, s’inscrit dans une continuité bien établie concernant la question du Sahara.

En réaffirmant le soutien de l’Algérie au Front Polisario, le chef de l’État algérien a invoqué à plusieurs reprises le « droit international », le principe de l’« autodétermination » et la nécessité de « respecter la volonté des peuples », tout en affirmant que son pays ne poursuivrait « aucun intérêt territorial » dans ce dossier.

Or, cette rhétorique contraste de plus en plus avec l’évolution du cadre international de référence. Aujourd’hui, la communauté internationale, à commencer par le Conseil de sécurité des Nations unies, concentre ses efforts sur la mise en œuvre de la résolution 2797, qui consacre explicitement la primauté d’une solution politique réaliste, pragmatique, durable et fondée sur le compromis.

Ce cadre onusien actualisé marque une rupture nette avec les approches figées héritées de la guerre froide, auxquelles le discours algérien semble pourtant continuer de se rattacher.



La première limite du propos présidentiel réside dans une lecture sélective du droit international.

Celui-ci ne saurait être réduit au seul principe de l’autodétermination, invoqué de manière abstraite et décontextualisée.

Le droit international contemporain, tel qu’il est interprété par les Nations unies, articule désormais ce principe avec celui de l’intégrité territoriale des États et avec l’impératif de stabilité régionale.

C’est précisément dans cet esprit que la résolution 2797 s’inscrit, en encourageant les parties à s’engager de manière constructive dans un processus politique réaliste et orienté vers l’avenir.
 
Dans ce contexte, l’affirmation selon laquelle l’Algérie ne poursuivrait aucun intérêt régional apparaît de plus en plus difficile à soutenir.

L’implication politique, diplomatique et logistique constante d’Alger dans ce dossier, conjuguée à son refus persistant de reconnaître son statut de partie prenante, entretient une ambiguïté qui complique la dynamique de règlement plutôt qu’elle ne la facilite.

À mesure que le cadre onusien évolue, ce déni de réalité accentue l’isolement discursif de l’Algérie.
 
Le décalage est tout aussi manifeste lorsqu’il est question de la « liberté » des Sahraouis à choisir leur avenir.

La résolution 2797, comme les textes onusiens récents, insiste sur la nécessité d’un processus inclusif, crédible et conforme aux standards internationaux.

Or, les conditions dans lesquelles vivent les populations des camps de Tindouf continuent de soulever des interrogations sérieuses quant à la possibilité d’un choix libre, éclairé et pluraliste, incluant l’examen de toutes les options politiques disponibles.

En définitive, le contraste est saisissant entre une communauté internationale qui avance, en s’appuyant sur des résolutions actualisées et une approche pragmatique du règlement du conflit, et un discours algérien qui semble s’enliser dans des références dépassées, déconnectées des paramètres aujourd’hui reconnus par les Nations unies.

Cette divergence ne fait que retarder l’émergence d’une solution politique durable, fondée sur le compromis, la responsabilité et la coopération régionale.
 
À l’heure où le Conseil de sécurité appelle clairement à dépasser les postures idéologiques pour privilégier le réalisme politique, la persistance d’un discours figé risque de marginaliser davantage ceux qui s’y accrochent, au détriment de la stabilité régionale et des perspectives d’intégration maghrébine.

Par Said Temsamani



Vendredi 2 Janvier 2026



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