Pourquoi tant de destructions ? Je l'ignore.
Moi, enfant, j'ai rêvé devant l'Aquarium de la Grande Mosquée. Ouvert en 1962 pour révéler les mystères de l'océan aux petits Marocains. Détruit en 1987. La mer a perdu la parole.
Moi, enfant, j'ai vibré devant Abdelhalim Hafid aux Arènes de Casablanca qui pouvaient recevoir 12 000 spectateurs. Ray Charles, Brel, Dalida, Fairuz… ont foulé ses planches. Construites dans les années 20. Rasées en 1971. Un square les a remplacées. Le silence aussi.
L'Anfa Hôtel inauguré en 1910... ont abrité les accords d’Anfa. Ses murs art déco ont entendu Roosevelt, Churchill, de Gaulle et Mohammed V échanger les secrets du monde en janvier 43. La spéculation immobilière n'a pas d'oreilles ni de mémoire : il est rasé en 1964 malgré sa valeur historique.
La Piscine municipale, inaugurée en juillet 1934, était la plus longue du monde à son époque (480 mètres de longueur pour 75 mètres de large).
Et je ne vous parle même pas du Kon Tiki et des piscines voisines fantômes qui achèvent de pourrir en paix. Les Galeries Lafayette, Place de France (actuelle Place des Nations Unies). L'élégance parisienne en plein cœur de Casa. Art déco, chic, lumière.
Détruites pour élargir la place. Comme si l'Histoire pouvait se ranger sur le bas-côté. Je n’ai jamais été au Cinéma Vox, 1935-1975, qui était mitoyen des Galeries. Mais on raconte que c’était une référence architecturale.
Et avec lui, toute une époque : Lux, Colisée, l’Arc, Familia, Empire, Rialto, Triomphe, Monte Carlo... Ces salles qui nous ont appris à aimer le cinéma ont fermé les unes après les autres. Le générique de fin est tombé bien trop tôt.
Je pourrais continuer cette litanie funèbre.
Alors oui, aujourd'hui, des musées ouvrent. Des espaces d'art et de culture fleurissent :
Dar el Ala, Villa Carl Ficke-1er musée d’histoire de Casablanca-, Villa des Arts, Musée Abderrahman Slaoui, Musée du Judaisme marocain, petit musée Abdelwahab Doukkali… Des braises heureuses dans le grand incendie de l'oubli.
On construit des lieux pour abriter la mémoire. Peut-être parce qu'on a fini par comprendre, que les murs, eux, ne se reconstruisent pas. Finalement, on a la mémoire qu'on mérite.
Et Casablanca, l'éternelle blessée, apprend aujourd'hui à panser ses plaies de pierre.
Par Anissa MEKOUAR SENHADJI.












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