La nouvelle est tombée via une dépêche de l'agence Reuters :
Le gel du projet de terminal gazier à Nador trouverait sa source dans un avis défavorable émis par la direction des Finances.
Si l'information a pu surprendre par son timing – à quelques jours de l'ouverture des plis – elle révèle en réalité une mécanique de gouvernance qui, loin d'être un dysfonctionnement, témoigne de la maturité des processus d'investissement public au Maroc.
Pour l'analyste, cet événement dépasse la simple actualité administrative.
Il illustre la nécessaire tension entre deux impératifs régaliens : l'ambition sectorielle, portée par le ministère de la Transition Énergétique qui doit sécuriser l'approvisionnement, et la prudence macro-financière, gardienne des équilibres budgétaires.
Une friction institutionnelle structurelle, pas politique
Il est essentiel de dépersonnaliser cette décision. Dans tout État moderne, les grands projets d'infrastructure – a fortiori en Partenariat Public-Privé (PPP) – sont soumis à une double validation.
Le ministère technique définit le besoin stratégique ("il nous faut du gaz pour sécuriser le réseau"), tandis que le ministère financier évalue le risque pour le bilan de l'État ("qui paie si la demande n'est pas au rendez-vous ?").
Les documents évoqués par la presse font état de réserves sur l'éligibilité procédurale au statut PPP et sur la répartition des risques.
Ce n'est pas une critique de la vision énergétique, mais un constat technique : le montage proposé exposait potentiellement l'État à des garanties jugées prématurées ou déséquilibrées. En activant ce levier de contrôle, l'administration financière ne s'oppose pas à l'énergie, elle joue son rôle de "tour de contrôle" des engagements souverains.
C'est une friction classique dans la vie des grands projets : le temps de l'infrastructure (qui demande de l'anticipation) se heurte au temps du budget (qui demande de la certitude).
Que ce mécanisme de régulation interne ait fonctionné avant la signature des contrats est, paradoxalement, une bonne nouvelle pour la crédibilité de la signature marocaine.
L'équation complexe de la bancabilité
Sur le fond, l'arbitrage pose la question centrale de tout projet gazier aujourd'hui : sa bancabilité.
Le dimensionnement évoqué pour Nador (5 milliards de m³/an) est ambitieux face à une demande nationale encore en construction (environ 1,2 milliard de m³).
Pour un investisseur privé, un tel écart implique un risque commercial majeur. Pour couvrir ce risque, l'opérateur demande généralement à l'État des garanties de revenus (clauses take-or-pay).
Or, accorder de telles garanties sans avoir verrouillé en face des acheteurs industriels ou électriciens solides revient à transférer un risque commercial sur le budget public.
La suspension permet donc de remettre l'équation à plat : soit la demande est confirmée et les acheteurs s'engagent, soit le projet doit être redimensionné ou phasé pour réduire l'exposition de l'État. C'est un principe de réalité économique qui s'impose à tous les acteurs, indépendamment de leurs agendas respectifs.
Le marché mondial comme juge de paix
Il serait réducteur de ne voir dans cette pause qu'une cause purement administrative.
Le contexte de marché valide, a posteriori, la pertinence d'une temporisation. Le marché mondial du GNL entre dans une phase de recomposition avec des prévisions de détente des prix à l'horizon 2026-2027.
Dans ce contexte, figer aujourd'hui des conditions contractuelles sur 15 ou 20 ans, sur la base de projections de risque élevées, ne serait pas optimal.
L'argument des "nouveaux paramètres" avancé par le ministère de l'Énergie reste donc valide : les conditions externes (marché GNL) et internes (cadre PPP, loi gazière) convergent pour justifier un reset.
Cette synchronisation involontaire entre le veto financier et la réalité du marché offre une opportunité : celle de ne pas verrouiller le Maroc dans un actif "trop grand, trop tôt".
La cohérence systémique avant la vitesse
Enfin, cette séquence rappelle que l'énergie est un système, pas une somme de projets. Le terminal de Nador doit s'insérer dans une architecture complexe comprenant le port (qui continue son développement), les réseaux de transport, le gazoduc Maghreb-Europe, et les futurs corridors atlantiques.
L'interrogation soulevée sur l'institution publique chargée de superviser le contrat est légitime. Qui de l'ONEE, de l'ONHYM ou d'une nouvelle entité doit porter ce risque ?
L'absence de réponse claire à ce stade n'est la faute de personne en particulier, mais le signe que le cadre institutionnel gazier est encore en chantier. Vouloir lancer l'infrastructure avant d'avoir fini de bâtir la régulation comportait un risque de désalignement.












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