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Tour d’horizon sur la cyberviolence et le cyberharcèlement avec Pr. Youssef Bentaleb


La cyberviolence et le cyberharcèlement évoluent, pratiquement à la même cadence, que les nouvelles technologies. Les Enfants victimes des « fléaux » numériques représentent 31%, selon une étude avant-covid, un chiffre assez important qui alerte.
C’est pour cela que dans le cadre du plan d’actions du projet « Espace Maroc Cyberconfiance », le Centre Marocain de Recherches Polytechniques et d’Innovation (CMRPI) a organisé, avec le soutien du Conseil de l’Europe, et en collaboration avec l’ensemble des institutions et organisations nationales, internationales, et des industriels du numérique concernés par la protection des enfants en ligne, la première édition de la campagne nationale anticyberviolence intitulée « Campagne nationale de prévention contre la cyberviolence et le cyberharcèlement ». Le slogan de l’édition est «Contribuons tous pour protéger nos enfants contre la cyberviolence et le cyberharcèlement ».
Avec le développement des nouvelles technologies d’information et de communication, d’internet, des appareils et applications mobiles, et des réseaux sociaux, la violence numérique, notamment le cyberharcèlement, est devenu une vraie problématique chez les enfants et les adolescents. C’est une pratique qui prend de plus en plus d’ampleur et présente une menace sur le climat de cyberconfiance, surtout avec le confinement imposé par la conjoncture liée à la pandémie Covid 19. L’hyper-connectivité des enfants à internet en tant qu’espace de communication et alternative d’apprentissage et de divertissement, n’a fait qu’empirer les choses.
Pour avoir d’amples informations sur la campagne, sur les risques encourus par les enfants et sur la nécessité d’une intervention alternée, nous avons contacté M. Youssef Bentaleb, Professeur-chercheur à l’Université Ibn Tofail de Kénitra. Il est également Président du Centre Marocain de Recherches Polytechniques et d’Innovation.



Entretien avec Pr. Youssef Bentaleb, Président du Centre Marocain de Recherches Polytechniques et d’Innovation

LODJ : Tout d’abord, donnez un petit aperçu sur le projet Espace Maroc Cyberconfiance ?

Pr. Youssef Bentaleb : L’Espace Maroc Cyberconfiance est une initiative du Centre Marocain de Recherches Polytechniques et d’Innovation, lancée le 09 février 2021. C’est un espace communautaire à but non lucratif au service des internautes au Maroc, en particulier, les enfants et les jeunes, qui constituent la catégorie la plus vulnérable aux risques et aux dangers du numérique. Et ce, à travers la plateforme www.cyberconfiance.ma.cyberconfiance.ma , un espace qui vise à accompagner les internautes dans le monde virtuel et à instaurer chez eux, la culture de cybersécurité et les valeurs de la citoyenneté numérique.
Plusieurs services leur sont offerts à travers le portail : assistance, prévention, éducation ainsi qu’une aide aux familles et aux éducateurs, afin de mieux se protéger contre les multiples dangers d’Internet et du numérique. C’est une manière de faire face au phénomène de la cybercriminalité en général, tout en consolidant leur confiance aux opportunités énormes des nouvelles technologies d’information et de communication. Et tout en restant dans l’esprit du respect et de la citoyenneté constructive via Internet, en l’occurrence dans les réseaux et médias sociaux. Cet Espace est d’ailleurs, le premier portail national de signalement des actes de cyberviolence et de cyberharcèlement au Maroc.

 
LODJ : Cette campagne nationale vient à point nommé, surtout dans ce contexte sanitaire. D’autant plus que l’espace virtuel devient une nécessité en matière d’apprentissage, de travail…surtout pour enfants et jeunes. Quels sont les risques ?

Pr. Y. B. : La pandémie Covid 19 a surpris tout le monde. L’ensemble des pays, y compris le Maroc, n’étaient pas assez préparés à cette transition brutale vers l’enseignement à distance et le télétravail. Certainement, le virtuel nous a permis d’assurer la continuité des activités pédagogiques pendant la crise sanitaire, mais dans cette panique, la cybercriminalité a gagné du terrain. Ainsi, toutes les conditions étaient réunies pour que le risque soit à son maximum, surtout que les utilisateurs d’internet ne sont dotés ni de formations ni de bonnes pratiques de cybersécurité. Avant le covid 19, l’étude du CMRPI sur les risques d’internet chez les enfants, a montré que 31% d’enfants marocains ont subi des actes de cyberviolence. Ou, du moins, ils ont été exposés à des contenus choquants et inappropriés sur internet. Certainement, les chiffres seront plus élevés au cours de cette pandémie.



LODJ : Sur quelles statistiques vous-basez-vous pour assurer de la gravité de l’impact du cyberespace sur la catégorie jeune au Maroc ?
Pr. Y. B. : Le Maroc étant le premier consommateur d’Internet en Afrique, il est l’un des pays qui sont bien en avance sur les indicateurs de maturité en cybersécurité, selon le dernier rapport de l’Union International des Télécommunications, Quant à la question de la protection des enfants en ligne au Maroc, les chiffres sont relativement inquiétants, comme c'est le cas de la plupart des pays dans le monde.  La cyberviolence et le cyberharcèlement à l’encontre des enfants commence à prendre de plus en plus d’ampleur, du moins selon les indicateurs d’usage d’internet, publié en 2020 par l'UNESCO.
C’est une tendance qui est aussi confirmée en interne, du moins pour le CMRPI, d’après son enquête réalisée en 2019-2020, dans neuf régions du Maroc.  Elle a conclu qu’environ 31 % des enfants enquêtés ont été victimes d’actes de cyberviolence, dont seulement 25% ont eu recours à leurs parents,  après un évènement bouleversant sur internet. Certainement, ces chiffres vont changer avec l’impact de la pandémie Covid19, avec le confinement et le recours à l’enseignement à distance, comme seule alternative permettant d’assurer la continuité des activités pédagogiques.
Ce qui montre  qu’un effort supplémentaire de sensibilisation et de formation des internautes s’avère nécessaire, d’une façon continue et sans cesse, puisque la technologie est en évolution permanente et que les risques de la cybercriminalité suivent la même évolution.
Dans ce cadre, et depuis dix ans, le CMRPI, est penché sur le sujet. Il y travaille en coordination avec les institutions, à travers la recherche scientifique en cybersécurité et l’organisation de formations avancées au profit des responsables de la sécurité des systèmes d’information. Aujourd’hui, nous sommes convaincus que le Maroc est sur la bonne voie, et que toutes les conditions pour relever les défis de la sécurité des enfants en ligne, sont réunies, vu que cette catégorie vulnérable nécessite une attention particulière.

 
LODJ : La prévention reste donc le seul mécanisme contre les aléas de la cyberviolence. Comment procédez-vous lors de cette campagne ?
Pr. Y. B. : Avec nos partenaires, nous sommes convaincus que la prévention reste un moyen efficace et incontournable pour faire face à la violence numérique. Il est nécessaire que les internautes marocains soient conscients des dangers d’internet, et respectent, aussi, les bonnes pratiques élémentaires de cybersécurité. C’est pour cette raison que cette campagne adopte une stratégie basée sur la diffusion de l’éducation au numérique. Au fait, nous proposons d’impliquer tout d’abord le milieu de l’enfant dans cette stratégie, à savoir les parents, les tuteurs et les enseignants, à travers la formation sur les outils de prévention contre la cyberviolence aussi bien dans le milieu familial que le milieu scolaire.
En partenariat avec la Fédération nationale des associations des parents et tuteurs au Maroc, nous avons mis en place un plan de formation et de sensibilisation à leurs profits. De même que des ateliers régionaux de renforcement des capacités des enseignants en la matière, du Ministère de l’éducation nationale du préscolaire et des sports, couvrant l’ensemble des douze académies régionales. En février 2022, l’ensemble des enseignants formés vont à leur tour sensibiliser les élèves dans diverses écoles à travers le Royaume.
 

LODJ : En marge de la journée internationale de lutte contre la violence à l'égard des femmes, que pouvez dire sur cette forme de violence digitale ?
Pr. Y. B. : Pour une raison ou une autre, les femmes sont les plus ciblées par la cyberviolence. Il faut dire qu’internet a augmenté la violence à l’encontre des femmes. Sur le portail Espace Maroc Cyberconfiance, nous recevons beaucoup de signalements de la part de femmes qui sont cyberharcelées, ou qui se sont fait chanter (chantage) par leurs photos ou vidéos intimes.
Au fait, les réseaux sociaux ont permis aux auteurs d’attaquer les victimes, produisant un impact beaucoup plus important que la violence physique ou morale, que ce soit dans un cadre familial ou restreint par exemple. En un seul clic, les contenus, à savoir les photos, vidéos ou messages, sont propagés en masse, des milliers voire des millions de personnes participent à la violence faite aux femmes. C’est pour cette raison qu’à l’Espace Maroc Cyberconfiance, nous sommes conscients des cybervioelences faites aux femmes et nous intervenons auprès de nos partenaires internationaux, en particulier, les plateformes des réseaux sociaux, afin de supprimer les contenus de violence en ligne.
 

LODJ : Y-a-t-il des plans d'action "sécuritaires" qui accompagnent la Stratégie « Maroc Digital 2020 » ?
Pr. Y. B. : Le Maroc dispose d’un plan stratégique national de sécurité numérique. Depuis des années, la loi 05 -20 relative à la cybersécurité, traduit l’engagement de l’Etat et trace un encadrement pour la sécurité des organisations d’importance vitale, mais aussi, la sécurité des citoyens sur Internet. Il faut savoir qu’il n’y pas de limite entre la sécurité physique et la sécurité en ligne. Au CMRPI, nous accompagnons cette stratégie avec des plans d’actions sur le terrain. Depuis 2014, nous avons mis en place, avec les internautes, la campagne nationale de lutte contre la cybercriminalité. Aujourd’hui, nous avons un plan d’action basé sur la prévention mais aussi d’action, nous avons mis en place le premier portail national de saignement des images et des vidéos d’abus sexuel à l’encontre des enfants, et nous avons noué des partenariats avec les géants d’internet afin d’accompagner les éventuelles victimes de cyberviolence ou de cyberhacèlement. Enfin, nous avons constitué une taskforce d’organisation et de partenaires institutionnels pour agir efficacement : sensibiliser mais aussi accompagner et plaidoyer.





Journaliste professionnelle. 30 ans d'expérience à L'Opinion. Actuellement journaliste à Radio Web... En savoir plus sur cet auteur
Lundi 22 Novembre 2021