Une adjudication ciblée, révélatrice des arbitrages du Trésor
Entre le 31 décembre 2025 et le 7 janvier 2026, le Trésor a levé 4,1 milliards de dirhams, soit 62 % du montant initialement proposé, estimé à 6,6 milliards de dirhams. Particularité notable : l’intégralité de la levée a porté sur l’échéance à deux ans, avec un taux limite arrêté à 2,569 %. Ce niveau traduit une hausse de 3,5 points de base du taux primaire, signal modéré mais révélateur d’un léger ajustement des conditions de financement.
Selon BMCE Capital Global Research (BKGR), cette première adjudication de l’année confirme une approche sélective. Le Trésor semble privilégier la flexibilité qu’offre le moyen terme, tout en évitant d’alourdir excessivement le coût de la dette. Dans les salles de marché, ce choix n’a surpris personne. « Le deux ans reste aujourd’hui la zone de confort : visibilité suffisante, risque maîtrisé », confiait récemment un gestionnaire obligataire casablancais.
Un marché secondaire orienté à la hausse, sauf sur le très court terme
En parallèle, le marché secondaire a affiché une évolution globalement positive. Les rendements ont progressé sur plusieurs maturités clés :
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+12,86 points de base sur la ligne 15 ans,
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+10,72 points de base sur les 52 semaines,
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+8,75 points de base sur les 2 ans.
Seule exception : la maturité très courte de 13 semaines, qui a enregistré une baisse de 1,59 point de base. Cette configuration traduit un repositionnement progressif des investisseurs vers des horizons un peu plus longs, dans un climat où l’incertitude n’a pas disparu mais reste contenue.
BKGR anticipe, après cette première opération, une relative stabilité du marché obligataire à court terme, avec des ajustements limités, principalement dictés par le calendrier de financement du Trésor.
Liquidité bancaire : un facteur de soutien non négligeable
Cette dynamique s’inscrit dans un environnement monétaire plus souple. La liquidité bancaire s’est améliorée, avec un déficit moyen en recul autour de 137,7 MMDH, tandis que les avances à sept jours de Bank Al-Maghrib ont progressé à 70,9 MMDH. Le Taux Moyen Pondéré évolue autour de 2,25 %, et l’indice MONIA reste proche de 2,24 %, confirmant un marché monétaire relativement équilibré.
Cette amélioration n’est pas anodine. Elle soutient la demande sur les titres du Trésor et limite les tensions sur la courbe des taux. Autrement dit, l’État emprunte dans un contexte plus serein, sans pression excessive sur les conditions de financement.
Des besoins de financement élevés mais maîtrisés
Pour le mois de janvier 2026, les besoins prévisionnels du Trésor sont estimés à 15,5 MMDH, notamment pour faire face à des tombées de dette avoisinant 8 MMDH. Un volume conséquent, mais jugé soutenable au regard de la liquidité disponible et de la demande régulière observée sur le marché.
Dans ce contexte, la courbe des taux devrait rester globalement inchangée, avec seulement des ajustements techniques. Le message envoyé par cette première adjudication est clair : le Trésor avance prudemment, sans précipitation, tout en s’appuyant sur un marché domestique solide.
Une lecture prudente, mais sans signal d’alerte
Pour les investisseurs marocains, cette ouverture de l’année 2026 ne constitue ni un choc ni une rupture. Elle confirme plutôt une tendance : une gestion fine de la dette publique, attentive aux coûts, aux maturités et aux équilibres macroéconomiques. Dans un environnement international encore incertain, cette approche graduelle apparaît comme un choix de stabilité.
En concentrant sa première levée sur le moyen terme, le Trésor marocain envoie un signal de continuité et de maîtrise. Le marché obligataire, lui, reste attentif, mais confiant. Les prochaines adjudications diront si cette prudence calculée suffit à accompagner sereinement les besoins de financement du Royaume tout au long de 2026.
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