Cet échange exprimait à mes yeux une certaine conception du métier diplomatique :
Vingt-cinq années ont passé depuis . Hier, la déclaration de New York du 16 septembre 2026, par laquelle le Maroc et Israël sont convenus d’élever leurs relations au niveau d’ambassadeurs, donne aujourd’hui un relief et une forme institutionnelle à une relation dont les racines sont, en réalité, remontent à un très long passé.
Elle fait aussi résonner, avec le recul du temps et des événements la conversation que j’avais eue à Prague.
Il est évident que les Etats ne vivent pas seulement de traités, et d’intérêts.
C’est ici que la présence marocaine en Israël prend toute sa signification. Des centaines de nos compatriotes, des milliers d’hommes et de femmes issus de familles marocaines ont conservé, avec une fidélité particulière, le lien avec la terre de leurs parents et de leur lignée .
Des noms, des traditions, des mélodies, des chants, des saveurs, des coutumes, des récits familiaux, des lieux de mémoire et, chez beaucoup, une relation affective au Maroc qui n’a jamais cessé d’être vivante.
Cette fidélité n’a pas été créée par la diplomatie.
Une diplomatie peut établir des relations entre des États ; elle ne peut pas, à elle seule, créer une mémoire affective et commune. Dans le cas du Maroc et des Israéliens d’origine marocaine, elle est ancienne, familiale, culturelle et profondément humaine.
La relation entre Rabat et Tel-Aviv ne devrait donc pas être pensée comme une simple normalisation. Les ambassades en seront le cadre institutionnel ; elles ne devraient pas en constituer l’horizon.
La véritable question commence maintenant : que faire de cette relation ? Il y a lieu naturellement de construire et edifier des intérêts communs dans l’énergie, l’hydrogène vert, l’eau, l’agriculture, les technologies, la recherche, la cybersécurité et les infrastructures. Mais nous devrions aller au-delà de la coopération sectorielle.
Il faudra créer des passerelles universitaires, scientifiques et économiques, faciliter les échanges humains et permettre à cette relation de produire une réalité durable pour nos deux pays.
La communauté marocaine en Israël peut, dans cette perspective, constituer bien davantage qu’un héritage du passé.
Cette position lui confère une profondeur stratégique qui dépasse largement son environnement immédiat.
Israël dispose, de son côté, d’un potentiel scientifique, technologique et entrepreneurial reconnu.
La rencontre de ces deux rivages peut ouvrir des perspectives qui dépassent le seul environnement bilatéral entre Rabat et Tel-Aviv, notamment vers l’Afrique, où le Royaume du Maroc a construit au fil des années une présence économique commerciale culturelle et diplomatique singulière.
Nous sommes aujourd’hui dans un monde qui se recompose rapidement à une vitesse fulgurante, transformation des chaînes énergétiques, compétition technologique, montée en puissance de l’Afrique, nouvelles routes commerciales et redistribution progressive des équilibres entre puissances établies et puissances émergentes.
Dans ce nouvel environnement, la question n’est donc plus seulement de normaliser une relation, elle est de savoir comment inscrire cette relation pour le progrès et la prospérité.
C’est avec le recul de vingt-cinq années que je comprends aujourd’hui autrement la parole de Shimon Peres à Prague. Il avait compris quelque chose que la diplomatie oublie parfois :
Certaines relations se construisent bien avant que l’Histoire ne leur donne leur forme définitive.Vingt-cinq années séparent aujourd’hui ces deux moments.
En diplomatie, une génération peut sembler une éternité, mais dans l’Histoire, elle peut n’être qu’un temps de maturation, de dépassement de suspicion.
Car un véritable pont ne se construit pas seulement pour relier deux rives. Il se construit pour que les générations qui viennent puissent l’emprunter de part et d’autre.
OHC.












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