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Un Festival Gnaoua comme les autres, mais pas vraiment comme les autres...


Par Aziz Boucetta.

Plus d’un quart de siècle, 27 ans très précisément, que cela dure, et la magie opère à chaque fois, encore plus fort qu’avant ! Le temps du festival Gnaoua et Musiques du monde, Essaouira, 82.000 habitants en temps normal, s’ouvre, engloutit 250 à 300.000 festivaliers, et se referme sur elle-même, sur son air de fête, sur sa nostalgie, sur sa magie. Cette fois encore, les scènes de rue, les scènes tout court, la scénographie et l’apport des mécènes (ou sponsors) ont frappé… les cœurs, les esprits et les imaginations ! Une édition qui suit les autres, mais pas vraiment comme les autres...



Tout a été dit et, en même temps, tout reste à dire sur cette véritable maestria dans les choix artistiques, les orientations musicales et les fusions culturelles :

Dont les organisateurs de l’évènement font preuve. L’engagement de Neila Tazi, la fondatrice et directrice du Festival, avec son compère et complice Lmaâlem Abdeslam Alikane a cette fois encore atteint son objectif.

Les gnaouis en position centrale, leurs rythmes et leurs instruments en avant, et Essaouira entre dans son charme et déploie son envoûtement habituel.

Un festival Gnaoua et Musiques du monde, dans un festival de couleurs, de rythmes, de coiffures et d’instruments chaque année plus audacieux, chaque édition plus riches, chaque fois plus attrayants.

L’avantage du Festival est qu’il surprend même les plus rétifs à la culture musicale spirituelle et à l’audace des rencontres, par la grâce des fusions. De l’entame de ces trois jours, avec Mehdi Nassouli, l’Indienne Ganavya, les danseurs chamarrés rwandais I Buhoro et l’envoûtante Asmaa Moullblad à la clôture avec un dialogue aussi magique qu’osé entre le maître gnaoui Hamid El Kasri et le percussionniste brésilien Carlinhos Brown, en passant par la fusion du Maâlem Hassan Boussou avec le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart, le bassiste Cheikh Ndoye, le batteur Karim Ziad, et la chanteuse Meryem Assid…

Tout a été fait pour maintenir le Festival à son très haut niveau, et même à le rehausser un peu plus, avec la culture gnaoui qui reçoit les différents champs artistiques, les absorbe dans son univers, rythme leurs rythmes, adapte leurs sons…

Pendant ce temps, en ville, dans les rues et les ruelles, les places et les parcs, tout n’était que fête et rires, convivialité et bonne humeur. Essaouira, le temps du festival Gnaoua et Musiques du monde, montre la société marocaine, les Marocains dans leur véritable nature, heureuse et rieuse, insouciante et exigeante.

Le Festival n’est cependant pas uniquement cela, car comme chacun sait désormais, les neurones et l’intellect ont également leur place.

Un Festival Gnaoua comme les autres, mais pas vraiment comme les autres...
Cette année, en effet, le Forum des droits de l’Homme, co-organisé avec le Conseil des communautés marocaines à l’étranger (CCME) ont choisi le thème de l’année, et même de la décade à venir, autour des jeunes et de la jeunesse en l’occurrence, avec ce thème porteur à lui seul de tant de signification :

« Jeunesses du monde : liberté, identité, avenir » ; un thème qui a déchaîné penseurs et chercheurs, artistes et activistes, acteurs politiques et/ou civiques.

Petit clin d’œil à la politique car, on le sait bien, tout est politique… et Neila Tazi et Driss El Yazami (patron du CCME) sont politiques. Et en effet, quand on parle jeunesse dans ce pays – et dans bien d’autres –, on ne peut s’empêcher à la GenZ, ces jeunes nés au début du siècle et qui inscriront ce même siècle sous le signe de leur être, ambition et révolte, colère et envie de vivre, exigence et (im)patience…

Il n’était pas inintéressant de constater que la majeure partie de l’assistance était formée d’ex-jeunes, montrant l’intérêt croissant pour cette catégorie de la population qui a exprimé cette année, à sa manière, son mal-être et ses malaises… et qui attend encore, qui attend toujours, mais qui n’attendra pas indéfiniment.

Le moment phare de ce Forum était bien évidemment le dialogue entre Mehdi Bensaïd et Najat Vallaud Belkacem, l’actuel ministre au Maroc et l’ancienne ministre en France, tous deux étant ou ayant été en charge des jeunesses de leurs pays respectifs (photo). Ils savent de quoi ils parlent, ils savent en parler, et au Festival on a beaucoup parlé ensuite de leur prestation et argumentation.

Deux « petites phrases » relevées de cet échange de près d’une heure trente : quand Mehdi Bensaïd dit que « les jeunes doivent investir les espaces de décision et faire entendre leur voix dans les institutions », Najat Vallaud Belkacem répond qu’ « il n'est jamais agréable pour les pouvoirs publics de voir la jeunesse descendre dans la rue ». Tout est dit, la messe aussi !

Les jeunes doivent être écoutés et non écartés, impliqués et non maltraités ; demain, ils seront l’avenir du pays si aujourd’hui, on fait le nécessaire pour les retenir au pays et les attirer dans la sphère politique. Il faudrait juste que ladite sphère cesse ses jeux et comprenne mieux les enjeux… Las.

Au final, du philosophe Souleymane Bachir Diagne à Driss el Yazami, en passant par les différents intervenants au Forum, les discussions ont prospecté la jeunesse dans ses différents concepts et conceptions, les questions de liberté dans ses diverses approches, et le rôle de la culture dans la transmission, l’adaptation et l’enrichissement de l’identité.

Des débats terriblement actuels quand on sait que chez nous, au Maroc, nous sommes en pleine phase de relève générationnelle, dans l’ensemble des secteurs et des champs d’activité.

Aller à Essaouira le temps du festival Gnaoua et Musiques du monde est donc un passage obligé, une pause obligatoire pour retrouver ses sens et caresser ses neurones.

C’est l’occasion idéale, et peut-être unique dans le royaume, de voir son pays comme il devrait être et, si on écoute la jeunesse, comme il sera. C’est ce qui fait l’originalité et même l’unicité de ce Festival.

Bravo encore à Neila Tazi et ses équipes, ses complices et tous les gens en coulisses.

PAR AZIZ BOUCETTA/PANORAPOST.MA



Jeudi 2 Juillet 2026

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