Le Maroc s’est réveillé au ralenti.
La nuit avait été longue. Une nuit de tension, d’attente et d’émotions où les hypertendus ont probablement surveillé leur tension plus que le tableau d’affichage, les plus prévenants se sont munis d’un surplus de bétabloquants, tandis que les plus anxieux auraient difficilement refusé quelques milligrammes de sérénité. Les autres n’avaient qu’une solution : vivre le match jusqu’au bout.
Il est des rencontres qui dépassent le simple résultat sportif. Celle face aux Pays-Bas appartient déjà à cette catégorie. Elle a replongé toute une génération dans une époque où le football mondial ressemblait encore à une aventure lointaine.
Du Mexique de 1970 à celui de 2026
La Coupe du monde de 1970 constituait un évènement à plus d’un titre. Première édition retransmise en mondovision, elle ouvrait une fenêtre inédite sur le sport planétaire, à une époque où posséder un téléviseur relevait encore du privilège. Les voisins se réunissaient autour d’un même écran.
Les cafés n’étaient pas encore de la fête. Le football mondial devenait un spectacle partagé à travers une petite lucarne magique . Le Maroc y faisait alors ses premiers pas. Deuxième nation africaine à disputer une phase finale après une participation égyptienne qui remontait à l’antiquité, 1934, il écrivait déjà une première page de son histoire.
Cette campagne allait offrir ses premiers exploits : un nul contre la Bulgarie grâce à un but de Ghazouani, et auparavant, à une époque où il y avait encore deux Germanie, une ouverture du score mémorable par Hoummane face à la redoutable Allemagne de l’Ouest du mythique Franz Beckenbauer et de Gerd Müller, futur meilleur buteur du tournoi avec 10 buts.
Une génération forgée par les rêves
Puis, au lendemain des matchs, les discussions se poursuivaient autour d’un thé et de quelques sfenj au café Tanjaoui, avant de rejoindre la plage de Rabat.
Sur son sable humide, chacun devenait Pelé, Beckenbauer ou Bamouss le temps d’une partie improvisée. Les vocations étaient nombreuses.
Les carrières internationales beaucoup moins. Mais les rêves, eux, étaient bien réels. Les Lions de l’Atlas, qui ne portaient pas encore ce nom, éliminés, on a jeté notre dévolu sur les artistes brésiliens de Pelé.
Leurs victoires devenaient les nôtres et leur troisième coupe du monde on l’a faite notre. C’est ainsi que s’est construite une génération entière de passionnés, convaincue ou espérant que le football marocain finirait un jour par franchir les frontières qui semblaient alors infranchissables.
Une tournée générale
Premier qualifié, premier vainqueur d’un groupe, premier à atteindre certains sommets, jusqu’à l’exploit historique du Coupe du monde de la FIFA 2022 avec une place en demi-finale, jamais atteinte auparavant par une sélection africaine. Le Mondial nord-américain prolonge cette trajectoire.
Les Lions de l’Atlas ne jouent plus seulement pour participer. Ils avancent avec l’ambition assumée d’écrire un nouveau chapitre de leur histoire et, peut-être, d’en repousser une nouvelle fois les frontières.
L’enthousiasme est immense. Il serait pourtant prématuré d’y voir une destination. Les sélectionneurs aiment rappeler qu’une Coupe du monde se construit « match après match ». La formule est devenue un lieu commun.
Elle n’en demeure pas moins juste. Le duel face aux Pays-Bas a déjà offert au pays sa part d’émotion, de souvenirs retrouvés et une tournée générale de nuit blanche. Il appartient désormais aux Lions de l’Atlas d’en faire le premier acte d’une aventure que tout un peuple espère encore plus grande.
PAR NAIM KAMAL/QUID.MA












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