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​École publique, école privée : la fracture éducative marocaine


Rédigé par le Jeudi 26 Février 2026



Au Maroc, le choix de l’école n’est plus seulement une décision pédagogique. Il est devenu un marqueur social, parfois même un révélateur brutal des inégalités. Derrière la coexistence officielle de l’école publique et de l’école privée se dessine une fracture éducative de plus en plus visible, qui structure les trajectoires scolaires et, à terme, les destins sociaux.

L’école publique demeure le pilier historique du système éducatif. Elle accueille la majorité des élèves et porte une mission d’intérêt général essentielle. Pourtant, dans l’imaginaire collectif, elle est souvent associée à des classes surchargées, à un suivi limité et à des performances inégales. Cette perception, qu’elle soit toujours juste ou non, alimente un mouvement de contournement massif par les familles qui en ont les moyens.

L’école privée, de son côté, s’est imposée comme une alternative valorisée. Elle promet encadrement, effectifs réduits, stabilité pédagogique, maîtrise des langues étrangères. Pour de nombreuses familles urbaines, elle n’est plus un choix, mais une nécessité perçue. Le privé devient alors moins un luxe qu’un investissement contraint, souvent lourd financièrement, mais jugé indispensable pour sécuriser l’avenir des enfants.

Cette dualisation du système produit des effets cumulatifs. Les élèves du privé bénéficient plus fréquemment d’un environnement propice à la réussite scolaire : temps pédagogique mieux maîtrisé, suivi individualisé, continuité dans les programmes. À l’inverse, l’école publique, confrontée à des contraintes structurelles, peine à offrir les mêmes conditions d’apprentissage. La comparaison devient inévitable, et souvent défavorable au public.

La fracture ne se limite pas aux moyens. Elle est aussi symbolique. L’école fréquentée devient un indicateur de statut social. Dire où son enfant est scolarisé, c’est parfois dire qui l’on est. Cette logique alimente une hiérarchisation implicite des élèves, bien avant l’entrée dans le monde du travail. L’école, censée réduire les inégalités, se transforme alors en espace de reproduction sociale.

Pour les familles aux revenus modestes, cette situation est particulièrement douloureuse. Beaucoup aspirent à inscrire leurs enfants dans le privé, sans toujours en avoir les moyens. Certains consentent des sacrifices importants, s’endettent, renoncent à d’autres dépenses essentielles. D’autres restent dans le public, mais avec un sentiment d’injustice ou de déclassement anticipé. Dans les deux cas, la pression est forte, et l’école devient une source d’angoisse plutôt que de confiance.

L’école publique, pourtant, n’est pas homogène. Elle compte des établissements performants, des enseignants engagés, des réussites remarquables. Mais ces réussites sont souvent localisées, dépendantes du contexte géographique, de l’implication des équipes, voire de l’investissement informel des familles. Cette inégalité interne renforce l’impression d’un système à plusieurs vitesses.

Les conséquences de cette fracture dépassent le cadre scolaire. Elles influencent l’accès à l’enseignement supérieur, aux grandes écoles, puis au marché du travail. À terme, elles contribuent à rigidifier la société, en limitant la mobilité sociale et en nourrissant un sentiment de frustration chez ceux qui se sentent exclus du “bon circuit” dès le plus jeune âge.

Face à cette réalité, les discours officiels sur l’égalité des chances peinent à convaincre. Tant que les conditions d’apprentissage resteront aussi différenciées, la promesse d’une compétition équitable apparaîtra fragile. Le problème n’est pas l’existence du privé en soi, mais l’écart croissant entre les deux systèmes, vécu comme une injustice structurelle.

La question centrale n’est donc pas de choisir entre public et privé, mais de savoir quel rôle on assigne à chacun. L’école publique peut-elle redevenir un espace de confiance, capable d’offrir à tous des conditions d’apprentissage dignes et efficaces ? Le privé doit-il rester un simple correctif aux défaillances du public, ou être intégré dans une réflexion globale sur l’éducation nationale ?

Sans réponse claire, la fracture éducative continuera de s’élargir. Et avec elle, le risque de voir l’école marocaine s’éloigner de sa mission première : être un levier d’égalité, et non un miroir des inégalités sociales existantes.





Jeudi 26 Février 2026

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