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​Éducation et inégalités : ce que l’école corrige de moins en moins


Rédigé par le Dimanche 22 Février 2026



Pendant longtemps, l’école a été présentée comme le principal levier de réduction des inégalités sociales. Au Maroc, cette promesse a nourri des générations entières : apprendre pour s’élever, étudier pour changer de condition, réussir à l’école pour contourner les déterminismes sociaux. Aujourd’hui, ce récit vacille. Non parce que l’école serait inutile, mais parce qu’elle corrige de moins en moins les inégalités qu’elle est censée combattre.

Les écarts se creusent dès les premières années de scolarité. Accès à la maternelle, qualité des établissements, environnement familial, maîtrise des langues : les différences initiales pèsent lourdement sur les trajectoires. L’école accueille des élèves aux points de départ très inégaux, mais dispose de moyens limités pour compenser ces écarts. La promesse d’égalité des chances se heurte alors à la réalité des conditions d’apprentissage.

Le système éducatif marocain fonctionne de plus en plus comme un révélateur d’inégalités plutôt que comme un correcteur. Les élèves issus de milieux favorisés disposent d’un capital culturel, linguistique et relationnel qui facilite leur adaptation aux attentes scolaires. À l’inverse, ceux issus de milieux modestes doivent fournir un effort supplémentaire pour atteindre les mêmes résultats, souvent sans accompagnement adéquat.

La fracture entre école publique et école privée accentue cette dynamique. L’accès à des établissements mieux dotés, à des classes moins chargées et à un suivi plus individualisé reste largement conditionné par les ressources financières des familles. L’école, censée être un espace commun, devient un espace segmenté, où les trajectoires se dessinent en fonction du revenu plus que du mérite.

Les politiques de compensation existent, mais elles peinent à produire des effets structurels. Programmes de soutien ciblés, aides sociales, initiatives locales : ces dispositifs atténuent certaines difficultés sans remettre en cause les mécanismes profonds de production des inégalités. L’école agit en aval, rarement en amont. Elle tente de réparer sans toujours pouvoir prévenir.

Cette situation nourrit un sentiment d’injustice chez de nombreux élèves. L’idée que “tout le monde a sa chance” perd en crédibilité lorsque les conditions de réussite apparaissent aussi différenciées. Ce sentiment n’est pas seulement individuel ; il est collectif. Il fragilise la confiance dans l’institution scolaire et, plus largement, dans le contrat social.

Les enseignants sont souvent conscients de ces écarts, mais se trouvent démunis. Gérer des classes hétérogènes, répondre à des besoins multiples, compenser des fragilités sociales : la mission est lourde, parfois irréaliste sans moyens adaptés. L’engagement individuel des enseignants permet de limiter les dégâts, mais ne peut remplacer une stratégie globale de réduction des inégalités.

Les familles, quant à elles, développent des stratégies différenciées. Certaines investissent massivement dans l’éducation pour sécuriser l’avenir de leurs enfants. D’autres, faute de moyens, subissent le système plus qu’elles ne le choisissent. Cette divergence renforce la reproduction sociale et enferme les trajectoires dans des cercles difficiles à briser.

Le problème n’est pas que l’école crée les inégalités. Elles existent bien avant l’entrée en classe. Le problème est que l’école n’arrive plus à les neutraliser. En se concentrant sur la performance mesurable et la sélection, elle laisse de côté sa fonction redistributive. L’égalité formelle des règles masque une inégalité réelle des conditions.

Repenser le rôle de l’école face aux inégalités suppose un changement de perspective. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter les moyens, mais de les redistribuer de manière ciblée. Donner plus à ceux qui partent avec moins, reconnaître la diversité des parcours, adapter les pratiques pédagogiques aux réalités sociales. Autant de choix politiques et éducatifs qui engagent une vision de la société.

Si l’école marocaine corrige de moins en moins les inégalités, ce n’est pas par renoncement, mais par saturation. On lui demande de faire beaucoup, parfois sans lui donner les outils nécessaires. Reposer cette question est essentiel, non pour désigner des coupables, mais pour réaffirmer une ambition : faire de l’éducation un levier réel de justice sociale, et non un simple miroir des inégalités existantes.





Dimanche 22 Février 2026

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