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​Faut-il repenser le rythme scolaire au Maroc ?


Rédigé par le Dimanche 22 Février 2026



La question du rythme scolaire revient régulièrement dans le débat public marocain, souvent à la marge, rarement au cœur des priorités. Horaires, durée des journées, volume des programmes, devoirs à domicile : autant d’éléments considérés comme techniques, presque secondaires. Pourtant, le rythme scolaire structure en profondeur l’expérience éducative. Il façonne la manière d’apprendre, de se concentrer, de se projeter. À l’heure où la fatigue scolaire devient un phénomène massif, repenser le rythme n’est plus un luxe, mais une nécessité.

Dans de nombreux établissements, la journée scolaire est longue et dense. Les élèves enchaînent les cours, souvent sans véritables temps de respiration. Les pauses sont courtes, parfois inexistantes dans les faits. À cela s’ajoutent les devoirs à domicile, qui prolongent la pression scolaire bien au-delà de l’école. L’élève n’a plus vraiment de frontière entre temps d’apprentissage et temps personnel. Cette continuité permanente favorise l’épuisement plutôt que l’assimilation.

Les rythmes biologiques des enfants et des adolescents sont rarement pris en compte. Les plus jeunes ont besoin de phases d’attention courtes, alternées avec des moments de repos. Les adolescents, quant à eux, connaissent des cycles de vigilance différents, souvent incompatibles avec des débuts de cours très matinaux. Ignorer ces réalités, c’est demander aux élèves d’apprendre à contretemps de leur propre développement.

La surcharge des programmes aggrave ce déséquilibre. La priorité est souvent donnée à la quantité plutôt qu’à la qualité. Il faut “finir le programme”, parfois au détriment de la compréhension réelle. Cette course permanente réduit le temps consacré à l’explication, à la reformulation, à l’appropriation des savoirs. Le rythme scolaire devient alors un facteur de stress, et non un cadre facilitateur.

Les enseignants subissent eux aussi ces contraintes temporelles. Ils doivent avancer, évaluer, corriger, souvent dans un temps limité. La pression du calendrier laisse peu de place à l’innovation pédagogique ou à l’adaptation aux besoins des élèves. Lorsque le rythme est imposé de manière rigide, il réduit la marge de manœuvre des enseignants et accentue leur propre fatigue.

Les familles, enfin, vivent les effets de ce rythme scolaire intensif. Les soirées sont consacrées aux devoirs, les week-ends à la récupération ou au rattrapage. L’école structure l’ensemble de la vie familiale, parfois au détriment des moments de repos, de loisirs ou de dialogue. Cette intrusion permanente nourrit tensions et épuisement, renforçant l’idée que la réussite scolaire se paie au prix fort.

Repenser le rythme scolaire ne signifie pas réduire les exigences ou abaisser le niveau. Il s’agit plutôt de réorganiser le temps éducatif pour le rendre plus efficace et plus humain. Mieux répartir les apprentissages, alléger certaines journées, introduire de véritables temps de pause, limiter la surcharge de devoirs : autant de pistes qui existent, mais qui restent peu explorées de manière globale.

Dans plusieurs pays, des expérimentations ont montré que des rythmes plus équilibrés favorisent la concentration, la motivation et la qualité des apprentissages. Ces approches ne suppriment pas l’effort, mais le rendent soutenable. Elles reconnaissent que l’apprentissage est un processus qui nécessite du temps, du repos et de la continuité, non une accumulation sous pression.

Au Maroc, la question du rythme scolaire est souvent éclipsée par d’autres urgences : infrastructures, effectifs, programmes, évaluations. Pourtant, le rythme traverse toutes ces dimensions. Un système éducatif peut être ambitieux sur le fond, mais inefficace s’il épuise ceux qu’il est censé former.

Poser la question du rythme, c’est accepter de regarder l’école non seulement comme un lieu de transmission, mais comme un environnement de vie. Un environnement qui doit être compatible avec le développement des enfants, la santé mentale des adolescents et l’équilibre des familles. C’est aussi reconnaître que la fatigue n’est pas un signe de sérieux, mais parfois un signal d’alerte.

Faut-il repenser le rythme scolaire au Maroc ? La question mérite mieux qu’un débat ponctuel. Elle appelle une réflexion de fond, articulée aux enjeux de qualité, d’égalité et de bien-être. Car une école qui respecte le temps de ceux qu’elle forme est une école qui se donne les moyens de réussir durablement.





Dimanche 22 Février 2026

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